“ Maintenant je ne serai plus le jouet du hasard et du vent qui souffle ; maintenant l’inspiration me viendra à mes heures, je serai poëte à mes heures. Je dirai comme Horace : L’indépendance est le plus précieux des biens ; et je me plongerai dans ma douce paresse. Adieu donc, ma vie passée, et même adieu la gloire ! Ma gloire désormais, désormais mon bonheur, désormais ma fortune, C’est Marcella ! Je quittai Rome comme en triomphe. J’y étais arrivé pauvre, seul et nu, victime consacrée à la poésie : j’en sortais riche, et marié avec une charmante femme de cœur. ”
Jules Janin
Élements biographiques
Jules Janin (1804-1874), critique littéraire, journaliste et romancier français, occupe une place centrale dans l’histoire de la critique dramatique et de la prose narrative du XIXe siècle. Élu à l’Académie française en 1870, il marqua son époque par une œuvre variée, oscillant entre romans satiriques (L’Âne mort et la femme guillotinée), récits fantastiques (Les Catacombes) et essais historiques (Histoire de la littérature dramatique).
Son style, à la fois tranchant et poétique, explore les paradoxes de la condition humaine, la vanité des ambitions et la fragilité des illusions, reflétant une conscience aiguë des enjeux sociaux et culturels de son temps.
Citations de Jules Janin
Jules Janin,
La Semaine des trois jeudis, par M. Jules Janin
(1862)
“ Pas une idée ne lui était venue du monde extérieur. Il avait bu de l'eau, il avait mangé du pain; il avait fermé les yeux pour dormir, il les avait ouverts quand il s'était réveillé; voilà tout. Pour lui, il n'y avait ici-bas nuit ni jour, clarté ni ténèbres, froid ni chaud, faim ni soif, haine, amitié, beau soleil ou pâle clarté de la lune ! Il échappe à l'étoile resplendissante, au vert printemps, au tiède été qui mûrit les fruits, à l'automne envahissant qui fait jaillir le vin dans les cuves; il échappe à l'hiver qui jette en tous lieux, partout, son manteau de neige et de frimas. ”
Jules Janin,
Les Chants du soir, par Chéri Pauffin…
(1844)
“ Si vous veniez me voir, ah! vous ririez encore De pitié. Mon soleil retombe et se dédore : Ah! que l'homme est petit sous les coups du destin ! Le cri de ma douleur au loin s'est fait entendre : Un front qui fut riant s'est courbé dans la cendre ; Ici-bas rien ne manque à mon grave malheur : Un cœur aimant toujours doit s'attendre à la haine; Hélas! j'en ai connu qui, dans ma lourde peine, Au doute livrant tout, ont suspecté mon cœur ! Heureux les passagers, au soleil, quand il brille, Qui rompent, sur la nef, un pain noir en famille, Qui, si l'onde est mauvaise acceptent l'aviron! ”
