“ Paul et Antoinette, émus, s’étaient embrassés, tandis que Boisgelin, qui n’écoutait pas, regardait ce parc, son ancien domaine d’un air morne où il n’y avait même plus d’amertume, tellement le monde nouveau le bouleversait et l’hébétait. Et la promenade continua par les allées ombreuses, Luc et Suzanne se taisant n’échangeant plus que des sourires de délicieuse joie. Mais l’avenir, déjà, se réalisait un peu plus chaque jour. Et comme tous rentraient à la Guerdache, ils s’arrêtèrent un moment devant la façade, à gauche du perron, sous les fenêtres mêmes de la chambre où M. Jérôme était mort. ”
Émile Zola
Résumé
Émile Zola, dans Travail, explore les tensions sociales et industrielles à travers le destin de personnages comme Luc, Josine et Ragu, liés à la Crêcherie, un haut fourneau symbolisant l’oppression subie par les ouvriers. L’œuvre dépeint la lutte des classes, la souffrance du travail salarié et l’espoir d’une fraternité universelle.
Les citations soulignent la recherche de justice, la critique des déséquilibres et la vision d’une société fondée sur l’amour et la solidarité, dans un cadre où l’abîme de la misère menace de tout détruire. Zola y mêle récit et engagement, illustrant son désir de transformer l’humanité par une conscience collective.
Citations de Travail (Émile Zola)
“ C’était même, à la Crêcherie, à ce haut fourneau d’une noblesse sauvage, où pas un ouvrier ne se plaignait, le long effort humain comme frappé d’anathème, immobilisé en son éternelle douleur, sans l’espoir de l’affranchissement total de la race, délivrée enfin de l’esclavage, entrée toute dans la Cité de justice et de paix. Et il avait vu, il avait entendu Beauclair craquant de partout, car la lutte fratricide n’était pas qu’entre les classes, le ferment destructeur avait gagné les familles, un vent de folie et de haine passait, enrageait les cœurs. ”
“ Cependant, Luc s’agitait, dans un nouveau besoin d’action. Il était retourné à la fenêtre, regardant le grand ciel bleu luire sur les toitures de la Crêcherie. Et il en revint, répétant son cri une fois de plus : « Ah ! ils n’aiment pas ! Le jour où ils aimeront, tout sera fécondé, tout poussera et triomphera sous le soleil ! » Sœurette, qui s’était approchée affectueusement de lui, dit alors avec un dernier frémissement de sa triste chair domptée : « Et il faut aimer, sans vouloir qu’on vous aime, car l’œuvre ne peut commencer à être que pour l’amour des autres. » ”
