Émile Zola

Émile Zola

Résumé

Portrait de Émile Zola Émile Zola Lourdes

Marie et son père venaient de frémir devant cet appétit de la mort, cette faim goulue du néant, que montrait le Commandeur. Ah ! dormir, dormir sans rêve, dans l’infini des ténèbres, éternellement, rien ne pouvait être si doux au monde ! Ce n’était point l’espoir d’une autre vie meilleure, le désir d’être heureux enfin, dans un paradis d’égalité et de justice ; c’était le seul besoin de la nuit noire, du sommeil sans fin, la joie de ne plus être, à jamais. Et le docteur Chassaigne avait eu un frisson, car lui aussi ne nourrissait qu’une pensée, la félicité de la minute où il partirait.
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Portrait de Émile Zola Émile Zola Lourdes

Le docteur Chassaigne, justement, avant de quitter la chambre, s'écriait:
—Et c'est ici qu'il faut croire, mon cher enfant. Voyez-vous ce trou obscur, songez-vous à la Grotte resplendissante, à la Basilique triomphante, à toute la ville bâtie, à ce monde créé, à ces foules accourues! Mais si Bernadette n'était qu'une halluciné, une folle, est-ce que l'aventure ne serait pas plus étonnante, plus inexplicable encore? Comment! le rêve d'une folle aurait suffi pour remuer ainsi les nations!... Non, non! un souffle divin a passé, qui seul peut expliquer le prodige.
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Portrait de Émile Zola Émile Zola Lourdes

Mais un soupir douloureux de madame Vêtu les ramena à l’heure présente. Il se pencha, jeta un coup d’œil sur la malade, qui n’avait pas bougé. La salle gardait sa grande paix frissonnante, troublée seulement par la voix claire de madame Désagneaux, en train de compter le linge.
Étouffé d’émotion, il reprit, plus bas :
— Ah ! ma sœur, je puis vivre cent ans, je puis connaître toutes les joies, toutes les tendresses, jamais je n’aimerai une autre femme comme je vous aime !
Alors, sœur Hyacinthe, sans confusion pourtant, baissa la tête, se remit à coudre.
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