“ Salvat, ô justice ! l’homme était Salvat ! C’était Salvat qu’ils avaient vu galoper par le Bois comme un sanglier que force une meute ! C’était Salvat qui était là, ce paquet immonde, ce vaincu de misère et de révolte ! Et Pierre, dans son angoisse, eut une fois encore la vision brusque du petit trottin, là-bas, sous le porche de l’hôtel Duvillard, l’enfant blonde et jolie, dont la bombe avait ouvert le ventre. Dupot et Mondésir, vivement, triomphaient avec Gascogne. L’homme, pourtant, n’avait opposé aucune résistance, s’était laissé prendre, d’une douceur de mouton. ”
Salvat
Définition et enjeux
Citations sur “Salvat”
“ Et quelle révolte d’humanité et de justice chez Guillaume, qui connaissait le vrai Salvat, ce tendre et ce mystique, cet esprit chimérique et passionné, jeté dans la vie sans défense, écrasé toujours, exaspéré par l’acharnée misère, aboutissant au rêve de faire renaître l’âge d’or, en détruisant le vieux monde ! ”
“ Vive l'anarchie!C'était Salvat qui avait crié. Mais la voix, changée, étranglée, se déchirait dans le grand silence. Les quelques personnes présentes blêmissaient, la foule semblait morte, au loin. Au milieu du large espace vide, on entendit s'ébrouer le cheval d'un garde.Alors, ce fut une bousculade immonde, une scène d'une brutalité et d'une ignominie sans nom. Les aides se ruèrent sur Salvat, qui arrivait lentement, le front haut. Deux lui saisirent la tête, n'y trouvèrent que de rares cheveux, ne purent l'abaisser qu'en se pendant à la nuque ”
“ Puis, dans ce grand cœur que l’idée de la misère bouleversait, que l’injuste souffrance des petits et des pauvres exaspérait, l’aventure tragique de Salvat venait de tomber comme un ferment de suprême révolte. Pendant de longues semaines, il avait vécu les mains fiévreuses, la gorge serrée d’une angoisse croissante : cette bombe de Salvat dont l’ébranlement le secouait encore, les journaux d’une cupidité sans pardon qui s’étaient acharnés sur le misérable ainsi que sur une bête enragée, l’homme traqué, chassé au Bois, galopant, tombant aux mains de la police, boueux et mourant de faim ”
“ Puis, lorsqu’ils furent tous deux seuls, et qu’il lui eut conté son après-midi, Salvat soupçonné, le juge d’instruction mis sur la bonne piste, Guillaume fut repris d’une fièvre intense, la tête dans l’oreiller, les yeux clos, bégayant en une sorte de cauchemar : — Allons, c’est la fin... Salvat arrêté, Salvat questionné... Ah ! tant de travail, tant d’espoir qui croule ! ”
“ Massot le tira par le bras, indigné, bien qu’il se moquât de tout. — Vous n’avez rien vu, mon cher. Salvat est mort très bravement, c’est bête à la fin de salir ce pauvre bougre jusque dans la mort ! Mais cette idée de la mort lâche de Salvat faisait plaisir à trop de monde. Et c’était comme un dernier holocauste qu’on mettait aux pieds de Monferrand, afin de lui être agréable. Il continuait de sourire de son air paisible, en brave homme qui cède aux seules nécessités. ”
“ Et, enfin, Salvat fut introduit, dans le gros bruit de bottes des gendarmes, soulevant une curiosité si passionnée, que toute la salle se mit debout. Il avait encore la casquette et le grand paletot flottant que Victor lui avait procurés, et ce fut une surprise pour tous de lui voir ce grand visage décharné, doux et triste, aux rares cheveux roux qui grisonnaient, aux beaux yeux bleus de tendresse, rêveurs et brûlants. Il jeta un regard sur le public, sourit à quelqu’un qu’il reconnaissait, Victor sans doute, peut-être Guillaume. Puis, il ne bougea plus. ”
“ Puis, avec un grand geste, il revint à la nécessité de l’acte. — Et, d’ailleurs, Salvat m’a légué l’acte de justice à poursuivre. Si j’ai cru l’élargir encore, en lui ajoutant une signification, en m’en servant pour hâter la fin de la guerre, c’est que je suis un intellectuel, un savant. Peut-être aurait-il mieux valu n’être qu’un simple d’esprit et passer comme le volcan qui change le sol, en laissant à la vie le soin de refaire une humanité. Le bout de bougie diminuait, et Guillaume se leva de la pierre, d’où il n’avait pas bougé. ”
“ Et Amadieu, ayant par devoir assisté à l’exécution, répondait, heureux de cette dernière importance, résolu à détruire ce qu’il appelait la légende de la mort héroïque de Salvat. Selon lui, ce scélérat n’avait eu aucun vrai courage, tenu debout par son seul orgueil, si livide, si étranglé d’épouvante, qu’il était mort avant d’arriver sous le couteau. — Ah ! ça, c’est la vérité, cria Dutheil. J’y étais. ”
Émile Zola,
Oeuvres complètes illustrées de Émile Zola…
(1906)
“ Et Salvat resta seul dans la chambre de pauvreté et de souffrance, d'injustice et de colère, sans feu, sans pain, hanté de son rêve ardent, les yeux de nouveau fixés sur le sac, comme s'il y avait eu là, avec les outils, la guérison du monde. En effet, il fallut gravir quelques marches; et, derrière madame Théodore et Céline, Pierre se trouva dans une sorte d'étroit grenier, sous le toit, une soupente de quelques mètres carrés, où l'on ne pouvait se tenir debout. Le jour n'entrait que par une lucarne à tabatière ”
Émile Zola,
Oeuvres complètes illustrées de Émile Zola…
(1906)
“ Moi, tout de suite, j'ai pensé à Salvat. Mais je ne dénonce personne. Il a mon livre d'embauchage, j'ai répondu simplement sur Salvat qu'il était resté près de trois mois à l'usine, l'automne dernier, puis qu'il avait disparu. Qu'il le cherche !... Ah ! ce juge, un petit homme blond, très soigné, l'air mondain, qui frétille dans cette affaire, avec des yeux de chat. — N'est-ce pas monsieur Amadieu ? demanda Pierre. — Oui, c'est cela même, un homme certainement ravi du cadeau que ces bandits d'anarchistes lui ont fait, avec leur attentat. Angoissé, le prêtre écoutait ”
“ Mais, justement, rendu prudent par ces premiers succès, qui payaient à peine des années d’effort, il s’était fait sévère, avait congédié quelques ouvriers entachés d’anarchisme, ne voulant pas que la déplorable affaire de Salvat, autrefois embauché chez lui, jetât un soupçon défavorable sur sa maison. Et, s’il avait gardé Toussaint et son fils Charles, le premier beau-frère de l’accusé, le second soupçonné d’être sympathique à celui-ci, c’était que tous deux travaillaient là depuis vingt ans. Il fallait bien vivre. ”
“ Et il se redressa, et il marcha encore, cherchant toujours. Alors, un incident se produisit qui acheva d’émotionner Pierre. Un homme grand et fort, débouchant de la rue Caumartin, venait d’apercevoir et d’aborder Salvat. Et le prêtre, après une hésitation, reconnut son frère Guillaume, au moment où il serrait sans honte la main de l’ouvrier. ”
“ Pierre promit de répéter à Guillaume ces paroles textuelles, afin de lui enlever toute crainte. Ensuite, lorsqu’il essaya de sonder Thomas, pour savoir où en étaient les choses, et ce qu’on pensait à l’usine de la trouvaille du poinçon, et si Salvat commençait à y être soupçonné, il le trouva muet de nouveau, répondant par des monosyllabes. La police n’était donc pas venue ? Non. Mais les ouvriers avaient bien prononcé le nom de Salvat ? Oui, naturellement, à cause de ses idées anarchistes, connues de tous. Et Grandidier, le patron, qu’avait-il dit, à son retour de chez le juge d’instruction ? ”
“ —C'est une des vôtres que vous avez frappée, c'est une ouvrière, une pauvre enfant qui aidait sa vieille grand'mère à vivre, avec ses quelques sous de gain.La voix de Salvat s'étrangla.—Ça, c'est vraiment la seule chose que je regrette... Certainement que ma bombe n'était pas pour elle; et que tous les travailleurs, que tous les meurt-de-faim se souviennent, si elle a donné son sang, comme je donnerai le mien! ”
Armand Carrel,
Oeuvres de P.-L. Courier. précédées de sa vie
(1868)
“ Te dire les conversations d'elle à moi, les spropositi, les sottises qui ne finissent point ou finissent par des risate sbudellate sgangherate. Il n'est pas possible de voir une meilleure pâte de fille, une créature plus gaie, plus folle, plus ce qu'on appelle bonne enfant : son vénitien est quelque chose qui vraiment me ravit. Salvat nous gêne un peu. Il n'entend pas un mot, et veut qu'on lui explique tout. Mais les explications sont belles! nous avons mille inventions pour le dérouter, des noms de guerre. Lui, Salvat, est stentarello ”
Jean-François Regnard,
Le Panthéon populaire illustré…
(1852)
“ Car mon Salvator, tel que je l'ai conçu, est un homme plein d'ardeur et de vivacité, irritable et bouillant, mais doué de sentiments nobles et élevés, sachant souvent maîtriser l'ironie amère qu'excite chez tous les hommes de haute portée la contemplation de la vie. ”
Charles Silvestre,
Prodige du cœur
(1954)
“ Le soir passa avec tranquillité. M. Salvat, pour former le goût de ses élèves qui se préparaient au certificat, fit une lecture à haute voix. Simon écoutait avidement. Il s'agissait d'une histoire de village, en Angleterre, mais les travaux, les fêtes lui paraissaient tourner dans le même cercle, à la même lumière verte des herbes et des fontaines qui enchantaient le pays où était né le capitaine Lautier. Parfois, il croyait voir à travers le récit un champ du domaine des Ages, bordé de chênes, de noisetiers et où cou- lait une source toujours vive. ”
Gustave Planche,
Etudes sur l'école française (1831-1852…
“ C’est le peintre des poètes, c’est le poète des peintres, et pourtant ce n’est ni un peintre ni un poète. Pour Salvator, c’est autre chose ; c’est un artiste du premier ordre qui sait ce qu’il veut et ce qu’il peut ; depuis son Diogène jusqu’à son Saül, depuis ses brigands jusqu’à son Prométhée, il n’a jamais rien produit de vague et d’indéterminé. Si donc l’on veut dire que Decamps rappelle Salvator par les lignes indéfinies de son paysage, par les gorges profondes où les Cimbres s’amoncèlent, je dirai : oui. ”
Musée Rath, Catalogue des modèles d'après l'Antique… (1859)
“ La jeunesse de Salvator fut un rude noviciat; elle se passa à lutter contre la faim et la volonté paternelle ; il mena la vie d'un lazzaroni, non sous le rapport de l'insouciance et de l'oisiveté, mais par l'abandon et la misère. Son beau-frère, honnête homme, mais artiste médiocre, l'encourageait de ses conseils. ”
Alfred Des Essarts, Les Grands peintres, par Alfred Des Essarts… (1862)
“ Personne mieux que Salvator n'a réussi à rendre la transparence des eaux, le frémissement des feuilles. D'un trait il porte partout la couleur, l'expression et la vie. Il se joue avec les accidents et les reflets de lumière. C'est le fiat lux d'un pinceau plein de chaleur et de spontanéité. ”
Alfred Des Essarts, Les Grands peintres, par Alfred Des Essarts… (1862)
“ Ainsi la réputation du peintre fut, comme nous le disions plus haut, déterminée par le succès du comédien. Salvator inaugura une vie nouvelle. Sa maison se remplit d'amis, son atelier d'admirateurs; portant dans la joie la même fougue que dans la douleur, il versait l'argent à pleines mains et vivait plutôt en grand seigneur qu'en artiste. ”
Gustave Planche,
Revue des Deux Mondes
“ Il n’enseigne pas, il épouvante. Il n’essaie pas de rassurer les ames tremblantes, de ramener au bercail les brebis égarées, de convertir la débauche ou d’éclairer les ténèbres ; il ne tente pas d’ouvrir le ciel à l’oisiveté impénitente : il menace de l’enfer les aumônes paresseuses. Il y a dans son geste quelque chose d’impérieux et de militaire. C’est une création que Salvator n’eût pas dédaignée. ”
Alexandre Dumas,
La San-Felice, Tome 09, Emma Lyonna…
“ Un geôlier impitoyable le jettera au coin d'une borne: il y mourra de faim, il y mourra de froid, il y sera écrasé sous les pieds des chevaux. Non, Salvato, qu'il disparaisse avec nous, et, si l'âme est immortelle, comme le croit Léonor et comme je l'espère aussi, nous nous présenterons à Dieu chargés du poids de nos fautes, mais conduisant avec nous l'ange qui nous les fera pardonner.--Luisa! Luisa! s'écria Salvato, pense! réfléchis! ”
Jean-François Regnard,
Le Panthéon populaire illustré…
(1852)
“ Salvator, dit Antonio, à quoi me sert maintenant d'avoir réussi au delà de toutes mes prévisions, d'être comblé de louanges et d'honneurs, de voir s'ouvrir à mes yeux la perspective de la plus heureuse vie d'artiste, puisque ce tableau même auquel, après vous, mon cher maître, je dois mon triomphe, est pour moi la cause d'une infortune sans retour? — Arrêtez, répondit Salvator; n'outragez ni l'art ni votre tableau. Je ne crois aucunement à cet affreux malheur que vous appréhendez. Vous êtes amoureux et vous n'atteignez pas de suite le but de vos désirs; voilà tout. ”
George Sand,
Lucrezia Floriani
“ Vois ! c’est un enfant de deux ans. — Ma foi, le dernier que je vois me semble toujours le plus beau, dit Salvator en prenant le bambino des mains de la servante. C’est un vrai chérubin ! j’ai bien envie de l’embrasser, mais j’ai peur de le réveiller. — Ne crains rien : les enfants qui se portent bien et qui jouent toute la journée au grand air ont le sommeil dur. Il ne faut pas les priver d’une bonne caresse ; quand cela ne leur fait pas plaisir, cela leur porte bonheur. — Ah ! oui, c’est la superstition, à toi ! dit Salvator. ”
George Sand,
Lucrezia Floriani
“ Choses qui lui ont assez bien servi depuis, pourtant ! dit Salvator en l’interrompant. — Choses qui l’ont perdue ! reprit l’inflexible vieillard. Il eût mieux valu que la vieille Ranieri, qui ne pouvait rien lui donner pour l’établir, ne l’eût pas prise en si grande amitié, et qu’elle l’eût laissée paysanne, raccommodeuse de filets, fille de pêcheur, comme elle l’était, et femme de pêcheur, comme elle pouvait le devenir. Car j’en savais un bon, qui avait une bonne maison, deux grandes barques, un joli pré, des vaches... Oui ! oui ! ”
George Sand,
Lucrezia Floriani
“ L'effroi et l'horreur qu'il en ressentit furent si violents, et, en même temps, la fascination que son pressentiment lui avait vaguement annoncée livrèrent de tels combats à sa pauvre âme, qu'il n'eut pas la force de faire la moindre réflexion à son ami.—Nous partirons donc dans une heure, lui dit-il: repose-toi au moins un instant, Salvator; je ne me sens point assoupi: je te réveillerai quand le jour sera venu.Salvator, cédant à la puissance de la jeunesse, s'endormit profondément, soulagé, sans doute, d'avoir ouvert son cœur et résumé ses émotions. ”
George Sand,
Lucrezia Floriani
“ L'engourdissement d'une fièvre lente ne vint pas, comme autrefois, amortir l'inquiétude de ses pensées. Il se leva comme il s'était couché, en proie à une lucidité affreuse, sans éprouver aucun malaise physique, et obsédé de l'idée fixe que Salvator le trahissait, l'avait trahi, ou songeait à le trahir.«Il faut pourtant prendre un parti, se dit-il. Il faut rompre ou dominer, abandonner la partie ou chasser l'ennemi. Serai-je assez fort pour la lutte? Non, non, c'est horrible! Il vaut mieux fuir.» ”
Marcelle Tinayre,
La Douceur de vivre
“ Salvatore le gronde quelquefois, mais il est indulgent et tendre jusqu’à la faiblesse. La nature, si clémente pour donna Carmela et pour Angelo, a été cruelle pour Salvatore. C’est un homme petit, large, un peu contrefait. ”
Jean-François Regnard,
Le Panthéon populaire illustré…
(1852)
“ Le faste dont il se vit entouré, la magnificence des habits de Salvator, qui vint le recevoir, remplirent son cœur d'une sorte de terreur respectueuse ; il arrive d'ordinaire aux petites âmes, d'abord fières et enflées, de se recoquiller dans la poussière sitôt qu'elles sentent quelque chose de supérieur. Ainsi, Pasquale se montra plein d'humilité et de soumission devant ce même Salvator qu'à Rome il eût volontiers foulé sous ses pieds. ”
George Sand,
Lucrezia Floriani
(1869)
“ En tout pays, le paysan qui ne se contraint pas et ne change pas sa manière naïve de dire, a de l'esprit et de l'originalité. Salvator, qui ne perdait pas un jeu de mots du dialecte, ne pouvait s'empêcher de sourire aux brusques saillies qui s'entre-croisaient sur le chemin, autour de lui, tandis que la chaise de poste descendait au pas une pente rapide inclinée vers le lac. ”
Céline Fallet, L'école des beaux-arts (1864)
“ Déguisé en charlatan, Salvator parcourut Rome pendant plusieurs jours en débitant contre ses rivaux des épigrammes et des satires pleines de fines et mordantes saillies. Bientôt il ne fut bruit dans toute la ville que de ce spirituel marchand d'orviétan, dont rien ne pouvait intimider ou embarrasser la muse railleuse. On voulut le voir, l'entendre ; il mit les rieurs de son côté en signalant les ridicules ou les faiblesses de ses adversaires ; et quand, sûr de son public, il montra ses tableaux, il fut salué d'acclamations enthousiastes. ”
