“ Gennaro, bâillant. Ah ! voilà Jeppo qui va nous conter des histoires ! — Pour ma part, je n’écoute pas. Je suis déjà bien assez fatigué sans cela. Maffio. Ces choses-là ne t’intéressent pas, Gennaro, et c’est tout simple. Tu es un brave capitaine d’aventure. Tu portes un nom de fantaisie. Tu ne connais ni ton père ni ta mère. On ne doute pas que tu ne sois gentilhomme, à la façon dont tu tiens une épée ; mais tout ce qu’on sait de ta noblesse, c’est que tu te bats comme un lion. Sur mon âme, nous sommes compagnons d’armes, et ce que je dis n’est pas pour t’offenser. ”
Gennaro
Définition et enjeux
Citations sur “Gennaro”
“ L’abbé monta en toute hâte à la cellule où, depuis la veille, Gennaro restait en oraison, agenouillé devant une tête de mort sur laquelle, sans doute, il essayait de modeler ses traits. — Mon frère, dit l’abbé, une émeute vient d’éclater devant le palais. Comme vous possédez la faveur du peuple, nous avons pensé que vous sauriez, mieux qu’un autre, l’apaiser. Gennaro laissa voir dans sa physionomie tout l’orgueil que lui causaient ces paroles. — Je viens, je viens ! s’écria-t-il. Je suis toujours prêt à ramener au bien le peuple qui s’égare. ”
George Sand,
Correspondance 1812-1876
“ On n’est pas plus prince et prince italien, prince du xvie siècle. Il est féroce et il est raffiné. Il prépare, il compose et il savoure sa vengeance en artiste, avec autant d’élégance que de cruauté. On l’admire avec épouvante, faisant griffe de velours comme un beau tigre royal. Taillade a bien la figure tragique et fatale de Gennaro. Il a trouvé de beaux accents d’âpreté hautaine et farouche, dans la scène où Gennaro est exécuteur et juge. ”
“ Oh ! tu ne sauras jamais rien de mon pauvre misérable cœur, sinon qu’il est plein de toi ! — Gennaro, le temps presse, le poison marche, tout à l’heure tu le sentirais, vois-tu ! encore un peu, il ne serait plus temps. La vie ouvre en ce moment deux espaces obscurs devant toi, mais l’un a moins de minutes que l’autre n’a d’années. Il faut te déterminer pour l’un des deux. Le choix est terrible. Laisse-toi guider par moi. Aie pitié de toi et de moi, Gennaro. ”
Gustave Planche,
Revue des Deux Mondes
“ Alphonse d’Est, s’il a vu le baiser de Venise, ne devrait pas attendre une nouvelle insulte pour châtier l’amant de sa femme ; il ne devrait pas attendre que Lucrèce demande la tête de Gennaro pour commander au bourreau d’affiler son épée. Au lieu de perdre son temps à décrire les panneaux et les portraits de son palais, comme un archéologue, il devrait dire à Gennaro : Tu vas mourir, parce que ma femme est ta maîtresse, et à Rustighello : Tue-le, parce que je le veux. ”
Honoré de Balzac,
Scènes de la vie privée
(1854-1855)
“ La dernière et constante insulte de Gennaro est de croire que je suis capable de communiquer mon triste savoir à la marquise. Il est devenu sans cesse inquiet, rêveur ; car il ne croit aux bons sentimens de personne. Il joue encore avec moi le personnage d'un homme malheureux de m'avoir quittée. Vous trouverez en lui les cordialités les plus pénétrantes ; il est caressant, il est chevaleresque. Pour lui, toute femme est une madone. Il faut vivre longtemps avec lui pour avoir le secret de cette fausse bonhomie et connaître le stylet invisible de ses mystifications. ”
George Sand,
Correspondance 1812-1876
“ Mais, au dernier acte, quand elle se traîne aux pieds de Gennaro, elle est si humble, si tendre, si suppliante ; elle a si peur, non d’être tuée, mais d’être tuée par son fils, que tous les cœurs se fondent comme le sien et avec le sien. ”
“ — Vous êtes empoisonné ! Gennaro. Empoisonné, madame ! Dona Lucrezia. Empoisonné ! Gennaro. J’aurais dû m’en douter, le vin étant versé par vous. Dona Lucrezia. Oh ! ne m’accablez pas, Gennaro. Ne m’ôtez pas le peu de force qui me reste et dont j’ai besoin encore pour quelques instants. — Écoutez-moi. Le duc est jaloux de vous, le duc vous croit mon amant. Le duc ne m’a laissé d’autre alternative que de vous voir poignarder devant moi par Rustighello, ou de vous verser moi-même le poison. ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ Au troisième acte, l’air de Gennaro est une rêverie délicieuse ; il y a dans la mélodie plus d’expression que les Italiens n’en cherchent d’ordinaire. Cette musique chante la tristesse et la mélancolie, et s’exhale des lèvres du jeune Vénitien comme un vague pressentiment de la fête lugubre qui l’attend au-delà de cette porte dont il va franchir le seuil. ”
Édouard Didier, La Petite Princesse , histoire vénitienne… (1881)
“ A quelques jours de là, Régina disait à son tuteur : - Mon choix est fait, mon oncle. - Mon petit Diogène a trouvé un homme. Je ne serais pas fâché de le connaître. Patience ! dit l'espiègle jeune fille en mettant un doigt sur ses lèvres. Dis-moi au moins son nom? Vous le saurez à Venise, mon oncle ; nous partons pour l'Italie. Partons pour l'Italie ! Et voilà comment il s'était fait que le duc San-Gennaro et sa nièce étaient débarqués un beau jour à Venise, sans que maître Salomon, l'honnête custode du palais San-Gennaro, eût été prévenu de leur arrivée. ”
Édouard Didier, La Petite Princesse , histoire vénitienne… (1881)
“ Oh! cette jeune fille qui n'a pas vingt et un ans, et qui est quatre fois millionnaire, se montre ladre au point de parler d'argent à un gentilhomme français qui lui fait l'honneur d'habiter son palais ! Fi ! Ce n'est pas précisément la princesse, c'est son tuteur. Son Excellence le duc de San-Gennaro ! dit Champagne, en s'animant. Les San-Gennaro ! s'écria Champagne, qui cette fois semblait monté sur son dada favori, les San-Gennaro appartiennent à la plus ancienne et à la plus illustre noblesse de Venise, et la noblesse de Venise est la première noblesse de monde. ”
Théophile Gautier,
Histoire du romantisme
“ De cordiales salves d'applaudissements, au risque de le réveiller, ont accueilli Gennaro sur le banc où il dort d'un si bon sommeil pendant que le bal chante, fredonne et chuchote, le masque noir à la main, et que les gondoles étoilées de fanaux débarquent de mystérieux convives sur la terrasse vénitienne. Mario est toujours le même, il a toujours cette tête suave et charmante qu'on croirait détachée d'une fresque de Benozzo-Pozzoli; il a gardé sa sveltesse juvénile, et l'embonpoint, si fatal aux jeunes premiers lyriques, ne l'a point envahi: il a plutôt maigri, l'heureux homme! ”
“ Oloferno. Décidément, après-demain. Vous savez que les deux ambassadeurs sont nommés. C’est le sénateur Tiopolo et le général des galères Grimani. Don Apostolo. Le capitaine Gennaro sera-t-il des nôtres ? Maffio. Sans doute ! Gennaro et moi nous ne nous séparons jamais. Ascanio. J’ai une observation importante à vous soumettre, messieurs ; c’est qu’on boit le vin d’Espagne sans nous. Maffio. Rentrons au palais. — Hé ! Gennaro ! À Jeppo. — Mais c’est qu’il s’est réellement endormi pendant votre histoire, Jeppo. Jeppo. Qu’il dorme. Tous sortent excepté Gubetta. ”
Édouard Didier, La Petite Princesse , histoire vénitienne… (1881)
“ Le duc de San-Gennaro avait cinquante-six ans quand il se trouva ainsi forcément chargé de l'éducation de sa pupille. Le vieux célibataire pleurait de joie en pressant pour la première fois dans ses bras la fille de son frère, qui devenait la sienne. Il était encore plus fier qu'heureux de se trouver ainsi, tout à coup, le père d'une petite fille de six ans. Bientôt il n'eut plus d'autres désirs que ceux de sa petite Régina, d'autres plaisirs que les siens. Le vieillard passa désormais sa vie à jouer avec sa pupille, au cheval, à la poupée, au volant, à la marelle. ”
Gustave Planche,
Revue des Deux Mondes
“ L’insulte publique faite à Lucrèce par les jeunes seigneurs de Venise, la conduite imprudente de Gennaro à Ferrare, la vengeance impitoyable qui enveloppe dans un même linceul toutes les victimes prédestinées, les prières et les caresses de la fille d’Alexandre vi auprès d’Alphonse pour sauver Gennaro, et plus tard ses dernières et désolées instances pour obtenir la vie, tels sont les élémens principaux du poème dramatique de M. Hugo. Si je ne dis rien du voyage d’Alphonse à Venise, c’est qu’en vérité, il est fort difficile de s’en souvenir ”
Hugues Rebell,
La Nichina
(1899)
“ Avoue-donc , continuait Fasol , que tu as aimé Guido . Tu as eu grand tort , car c' est un misérable qui finira sa vie aux galères s' il ne la termine , comme frère Gennaro , dans les flammes , entre les deux colonnes de la Piazzetta . On ne se délivre point de son passé ; il vous suit partout et ordonne votre existence . ”
“ Vous avez le droit, il est vrai, de la dénoncer, comme sacrilège, au Saint-Office, mais sa confrontation avec le frère Gennaro, qui alors est inévitable, sera très compromettante pour vous, tandis qu’elle possède assez de grâces et de hardiesse pour séduire vos collègues et se sauver elle-même. Songez à tout ce que peut la haine d’une belle fille, monseigneur ! Il faut prendre garde à vos ennemis. Ils ont, en ce moment, la confiance de Sa Sainteté ; même à Venise vous devez être sur la défensive : le peuple vous déteste, et, parmi les nobles, votre crédit diminue. ”
“ Tout le monde se leva de table ; et Arrivabene, aidé des domestiques, arracha des mains du moine le pauvre homme tremblant et tout ensanglanté. Mais Gennaro n’eut pas plutôt vu emmener le cuisinier que sa fureur se tourna vers les fresques de Fasol, qu’il venait d’apercevoir pour la première fois ; il empoigna un couteau et le lança de toutes ses forces sur les danseuses du triomphe d’Alexandre en criant : — Ah ! je détruirai vos maisons d’impureté ! je jetterai dans les fleuves vos trésors dont les pauvres ne profitent pas ! ”
“ Gennaro. Je n’ai fait aucune lâcheté pour obtenir la vie sauve ; mais, puisque votre altesse me la laisse, voici ce que je puis lui dire maintenant. Votre altesse se souvient de l’assaut de Faenza, il y a deux ans. Monseigneur le duc Hercule d’Este, votre père, y courut grand péril de la part de deux cranequiniers du Valentinois qui l’allaient tuer. Un soldat aventurier lui sauva la vie. Don Alphonse. Oui, et l’on n’a jamais pu retrouver ce soldat. ”
“ Un astrologue nous a prédit que nous mourrions le même jour, et nous lui avons donné dix sequins d’or pour la prédiction. Nous ne sommes pas amis, nous sommes frères. Mais enfin, tu as le bonheur de t’appeler simplement Gennaro, de ne tenir à personne, de ne traîner après toi aucune de ces fatalités, souvent héréditaires, qui s’attachent aux noms historiques. Tu es heureux ! Que t’importe ce qui se passe et ce qui s’est passé, pourvu qu’il y ait toujours des hommes pour la guerre et des femmes pour le plaisir ? ”
E. de Bellaud, Ces pauvres filles (1875)
“ Les deux génies du mal s'approchent de Lorenzo, et, après avoir débattu le prix d'une promenade dans le golfe, descendent dans la barque, qui aussitôt glisse sur l'onde calme troublée par le frappement régulier des avirons dirigés par une main vigoureuse. Gennaro et Clara essayèrent d'entamer la conversation avec leur batelier, mais leurs efforts furent inutiles. Lorenzo fit la sourde oreille et ne leur accorda LA FILLE DU BATELIEa. ”
Édouard Didier, La Petite Princesse , histoire vénitienne… (1881)
“ C'était un San-Gennaro, monsieur Salomon, le Vénitien qui fut chargé de complimenter Sa Majesté Henri JII, quand il fit un voyage à Venise. Les SanGennaro !. Et c'est un descendant de cette grande maison qui voudrait aujourd'hui. Donnez-moi son adresse ; je lui écrirai, moi. Et avec une dignité de comédie : Entre gens de race, l'on s'entend. Maître Salomon avait probablement d'excellentes raisons de redouter qu'on écrivît au duc, car, à cette proposition directe du vieux Champagne, l'élégant pâlit et son cigare s'échappa de ses lèvres. ”
“ Au moment où la toile se lève, il y a quatorze convives à table, Jeppo, Maffio, Ascanio, Oloferno, Apostolo, Gennaro et Gubetta, et sept jeunes femmes, jolies et très-galamment parées. Tous boivent ou mangent, ou rient à gorge déployée avec leurs voisines, excepté Gennaro qui paraît pensif et silencieux. Jeppo, Maffio, Ascanio, Oloferno, don Apostolo, Gubetta, Gennaro, des femmes, des pages. Oloferno, son verre à la main. Vive le vin de Xerès ! Xerès de la frontera est une ville du paradis. ”
“ Donc tu crois que tu pourrais m’aimer, Gennaro ? Gennaro. Pourquoi non ? Pourtant, madame, je suis sincère, il y aura toujours une femme que j’aimerai plus que vous. Dona lucrezia, souriant. Je sais, la petite Fiametta. ”
Paul Berret, Victor Hugo (1927)
“ Mais nous sommes en Italie, il est des remèdes. Lucrèce, dans une scène tragique, décide Gennaro, hésitant et défiant, à boire un contrepoison et à quitter Ferrare. Gennaro a rejoint ses amis, ils soupent tous ensemble chez la princesse Negroni; c est un guet-apens où Lucrèce a attiré les jeunes gens pour les empoisonner en l'absence de Gennaro. Gennaro est venu, il a bu comme tous du vin fatal. ”
Louis Estancelin,
Histoire des comtes d'Eu, par L. Estancelin…
(1828)
“ Tous ces succès lui inspiraient un excès de confiance, qui précipita sa perte. Don Juan voulant armer le littoral pour assurer le mouillage de sa flotte, avait armé l'ile de Nisida et le sommet du Pausilippe : le duc de Guise voulut emporter les retranchements, et il s'y porta en personne : pendant cette expédition, qui avait un plein succès, Gennaro et ses complices ouvrent aux ennemis les portes de la ville ; le peuple, à leur apparition, reprend les couleurs d'Espagne , et le feu de la rébellion s'éteint aussi promptement qu'il s'était allumé. ”
“ Mon absence de Ferrare ne peut se prolonger plus longtemps. Ce jeune homme est son amant. Comment le nomme-t-on, Rustighello ? Deuxième homme masqué. Il s’appelle Gennaro. C’est un capitaine aventurier, un brave, sans père ni mère, un homme dont on ne connaît pas les bouts. Il est en ce moment au service de la république de Venise. Premier homme. Fais en sorte qu’il vienne à Ferrare. Deuxième homme. Cela se fera de soi-même, monseigneur ; il part après-demain pour Ferrare avec plusieurs de ses amis, qui font partie de l’ambassade des sénateurs Tiopolo et Grimani. ”
Édouard Didier, La Petite Princesse , histoire vénitienne… (1881)
“ La gondole vola sur les eaux du GrandCanal et fut bientôt au quai des Esclavons. Le duc San-Gennaro était à la porte de l'hôtel Danieli quand les gondoliers abordèrent. Comme Régina l'avait pensé, le bon vieillard était sur le point d'aller faire sa soumission à sa fantasque pupille au moment même où sir William la lui ramenait parfaitement inondée, mais du moins saine et sauve. ”
Louis Estancelin,
Histoire des comtes d'Eu, par L. Estancelin…
(1828)
“ Ce n'est pas assez de ces moyens que lui inspire sa grossière politique, il fait intervenir la religion dans toutes les mesures qu'il prend, au nom du bien public, et San-Gennaro, patron de la très-fidelle cité de Naples, protecteur complaisant de l'état, sous les dynasties germaine, angevine ou espagnole, San-Gennaro consacre aussi le gouvernement d'Annèse. Il fait au peuple de gratuites et abondantes distributions de vivres; il excite et nourrit son enthousiasme, en lui jetant des pièces de monnaies frappées au coin de la république. ”
“ Un bargello, qui demeurait impassible, a dit à un sbire de laver le visage du condamné. Mais le sbire a répondu : « Est-ce la peine pour si peu de temps qu’il lui reste à vivre ? » Cependant le frère s’était évanoui, on a été obligé de le porter jusque sur le bûcher où, après l’avoir attaché à un poteau avec de grosses chaînes, on a appelé le médecin pour le faire revenir. Gennaro s’est réveillé en hurlant d’épouvante, tandis que le bourreau le couvrait de paille et disparaissait. ”
Louis Estancelin,
Histoire des comtes d'Eu, par L. Estancelin…
(1828)
“ Il reconnut que, s'il avait différé son arrivée de i quelques jours, les destins de la nouvelle république étaient accomplis ; une seule pensée dominait exclusivement l'intrépide Gennaro, c'était la conservation de sa vie, qu'il croyait sans cesse menacée par ses ennemis, et ce brutal tyran ne voyait que des ennemis dans tous ses intimes : si le vice-roi eût alors assuré une amnistie , Gennaro eût à l'instant, comme il le fit plus tard, trahi sa cause: 1 Dans une si épouvantable anarchie, le duc de Guise voit d'un coup d'œil les moyens de remédier à tout ”
