“ Et celui-là faisait si bien sur la cheminée ! L’or rouge s’harmonisait avec les soieries des Kakémonos. La taille de Bouddha était proportionnée avec les figurines japonaises qui grimaçaient drôlement, çà et là, sur les étagères et les meubles. Il était vraiment le centre, le président de ce congrès de dieux et de demi-dieux du pays bleu. Antonia, calmée, désolée, muette, restait comme abêtie devant sa victime. Elle était, comme la petite mousmée de l’opérette, veuve de ce Bouddha qu’elle avait exterminé ! ”
Bouddha
Définition et enjeux
Le Bouddha, figure centrale du bouddhisme, incarne une quête spirituelle universelle. Alfred Foucher souligne son chemin de renoncement et ses enseignements, tandis que Jules Claretie le place dans un cadre familial, symbole d’harmonie. É.
Schuré met en avant son rôle de promoteur de la compassion, et René Grousset évoque ses qualités divines. Ces approches, mêlant histoire, poésie et philosophie, révèlent une diversité d’interprétations qui ont façonné la vision du Bouddha à travers les âges.
Citations sur “Bouddha”
Alfred Foucher, La Vie du Bouddha
“ Ce n’est pas tout : la jeunesse du futur Bouddha se pare à présent des couleurs les plus chatoyantes. Le drame pathétique de sa vocation, la splendeur de la vie mondaine à laquelle il renonce, son habileté dans tous les genres de sports, d’arts ou de sciences, l’éclat de sa race, l’inexprimable beauté de sa personne, ce sont là désormais autant de choses qui vont sans dire et que les textes ne se lassent pourtant pas de répéter. ”
Alfred Foucher, La Vie du Bouddha
“ Les lendemains de l’Illumination. — Mais, de grâce, laissons d’abord un peu souffler le nouveau Bouddha. Voilà d’innombrables myriades de siècles qu’il est en route vers le but qu’il a enfin réussi à atteindre ; pendant six ans il vient encore de se livrer à des austérités inouïes, et quel suprême coup de collier ne lui ont pas coûté les dernières vingt-quatre heures ! Comme un homme parvenu sur le faîte de la plus haute cime, il a le droit de goûter en paix la joie de son ascension accomplie. ”
Alfred Foucher, La Vie du Bouddha
“ Ainsi le Bouddha se serait défendu d’avoir jamais régenté ni voulu régenter la Communauté. Peut-être se faisait-il à lui-même quelque illusion sur ce point, et nous aurons à y revenir ; mais, pour l’instant, poursuivons notre lecture : elle nous réserve bien d’autres surprises. Notre texte va soudain se découvrir en complet désaccord avec tout le reste de la doctrine : mais quand une âme dévote a-t-elle reculé devant une contradiction ? Le grand leitmotiv de la prédication du Bouddha, on nous l’a sans cesse répété, était l’impermanence de toute chose humaine ”
É. Schuré, II. La vie de Bouddha
“ Enfin, par la tendresse de son âme, Bouddha fut vraiment le créateur de la religion de la pitié et l’inspirateur d’une poésie nouvelle. Elle se traduit dans les paraboles attribuées au maître et dans les légendes postérieures du bouddhisme. Quelle insinuante et suggestive métaphore par exemple que celle sur les différens degrés d’évolution des âmes. La vie physique, troublée par les sens, est comparée à un fleuve au-dessus duquel les âmes aspirent à s’élever pour respirer la lumière du ciel. ”
René Grousset,
Sur les traces du Bouddha... (6e édition…
(1929)
“ Le Bouddha est proclamé « Celui en qui tout penchant pour le mal est annihilé, en qui toute faute a disparu, qui a la couleur de l'or fondu, qui a les yeux longs comme le lotus épanoui, qui a des vêtements resplendissants et l'éclat d'une sphère brillante, Celui qui est vainqueur du pouvoir de Mâra, destructeur des voies du mal, le faiseur-de-bien dans les Trois Mondes, celui qui nous dégage des entrelacements des lianes (de la tentation) et qui donne les fruits de la béatitude. » ”
André-Ferdinand Herold,
La Vie du Bouddha
“ Écoute l’air : il est joyeux des chants qu’au ciel chantent les Dieux heureux en l’honneur du Bouddha. Mais au Bouddha revient un honneur plus durable : moines, nonnes, croyants, croyantes, tous ceux qui voient la Vérité, tous ceux qui vivent dans la loi, tous ceux-là font l’honneur suprême du Bouddha. Il faut donc, Ananda, vivre ; selon la loi, et, jusque dans les moindres actes de la vie, suivre le pur chemin des saintes vérités. ”
Alfred Foucher, La Vie du Bouddha
“ LA PREMIÈRE PRÉDICATION L’Illumination s’est faite dans l’esprit du Bodhisattva en même temps que le jour se levait au firmament ; et, par un rare privilège — dont, nous assure-t-on, nous ne saurions assez remercier le destin — notre âge du monde a vu un Bouddha éclore, le terme de son évolution multimillénaire étant échu de notre temps. Mais ne faisons pas comme les dieux et ne nous hâtons pas trop de crier victoire : car nous sommes encore censés ignorer quelle espèce de Bouddha nous est née. ”
André-Ferdinand Herold,
La Vie du Bouddha
“ « Celui qui sait tout, le doux Maître, le Bouddha sublime est ici. Il est souverain dans le monde : je suis heureux de le servir. Ne pas servir les ignorants, mais servir humblement les sages et vénérer ceux qui sont nobles, est-il plus sainte joie au monde ? Demeurer dans un pays calme, faire souvent de bonnes œuvres, chercher le triomphe du droit, est-il plus sainte joie au monde ? Avoir l’adresse et la science, aimer les actes généreux, marcher toujours vers la justice, est-il plus sainte joie au monde ? » Le jeune brahmane sut frayer au maître un chemin jusqu’au palais du roi Vimbasâra. ”
André-Ferdinand Herold,
La Vie du Bouddha
“ « Le ver luisant brille aux regards tant que se cache le soleil, mais aussitôt qu’éclate l’astre, le ver misérable s’éteint. Les imposteurs parlaient très haut tant que se taisait le Bouddha ; mais voici que le Bouddha parle, et, pleurant de peur, ils se taisent. » Les ascètes étaient pleins d’inquiétude. Ils sentaient que le roi n’avait pour eux que du mépris, et ils baissaient la tête avec honte. Tout à coup, le toit de la salle disparut, et, sur la voûte du ciel, d’orient en occident, le Maître traça un large chemin qu’il se mit à parcourir. ”
Ernest Renan,
Études d'histoire religieuse
(1857)
“ Des dieux et des solitaires accourent de chacun des dix horizons pour accompagner le Bouddha. Le Bouddha descend accompagné de centaines de millions de divinités. Au moment où il descend, les trois mille grands milliers de régions du monde sont illuminés d'une immense splendeur, effaçant celle des dieux. Pas un être n'éprouve de frayeur ni de souffrance. Tous ressentent un bien-être infini, et n'ont que des pensées affectueuses et tendres. Des centaines de millions de dieux, avec les mains, avec les épaules, avec la tête, soutiennent et portent le char de Bouddha. ”
Alfred Foucher, La Vie du Bouddha
“ Comment ne pas reconnaître à tous ces traits le constant souci qu’avait le Bouddha de s’en tenir à la « voie moyenne » qu’il avait préconisée dès le début de sa Première prédication, et de rester à égale distance de toute coupable indulgence aux plaisirs sensuels comme de toute incitation à des macérations aussi vaines qu’ostentatoires ? Ce parti était la sagesse même ; le difficile était de savoir exactement où tracer cette ligne du juste milieu, et l’inconvénient, de prêter sur ses deux flancs à la critique des gens engagés dans les voies extrêmes ; car nul en ce monde n’a impunément raison. ”
Les Avadânas, contes et apologues indiens
“ De même qu’une eau profonde est limpide et transparente, l’homme éclairé, qui a entendu le langage de la loi, épure et agrandit son cœur. » Là-dessus, le religieux ayant achevé ces vers, s’éleva dans les airs et fit paraître le corps du Bouddha, orné des trente-deux signes d’un grand homme et des quatre-vingts marques de beauté. Il répandit une splendeur divine qui pénétra en tous lieux et illumina le ciel et la terre. Puis, il descendit du haut des airs et dit au brâhmane : « Si, par ma vertu j’ai opéré ce prodige, je le dois à l’énergie avec laquelle j’ai dompté mon corps. » ”
Lafcadio Hearn,
Au Japon spectral
(''In Ghostly Japan'')
“ Nous aurons sans doute plus de chagrin que vous lorsque vous serez obligée de quitter ce que le Bouddha a si justement appelé « la maison brûlante de la vie ». Je donnerai des ordres afin que soient célébrés, quel qu’en soit le coût, tous les rites religieux qui pourront vous servir pour votre réincarnation. Nous prierons tous incessamment pour vous, afin que vous n’erriez point dans l’espace noir, mais au contraire que vous parveniez vite au Paradis et atteigniez ainsi au rang de Bouddha. ”
Mary Summer, Histoire du Bouddha Sâkya-Mouni
“ Ce fut la destinée du Bouddha, s’il en faut croire les Djâtakas qui racontent ses diverses existences. À force de persévérance, il a, dans ses cinq cent cinquante dernières naissances, détruit graduellement tout penchant au mal ; il a gravi lentement les degrés qui conduisent à la perfection. La tâche était rude et le propre des enseignements du réformateur est de donner des moyens plus prompts pour arriver à la délivrance. Le Bouddha, la loi et l’assemblée des fidèles, tels sont les trois refuges auxquels les disciples devront recourir pour abriter leur faiblesse. ”
traduits du mongol par Joseph Gabet et Évariste Huc, Les Quarante-deux points d’enseignementproférés par Bouddha
“ Bouddha prononça ces mots en manifestant sa doctrine... S’il est un homme qui me regarde comme un méchant, et que de mon côté je prenne tous les moyens de le combler de bienfaits ;... s’il s’obstine à me poursuivre toujours de sa malice, et que toujours je persévère à lui faire du bien, pendant que la brise de la vertu soufflera incessamment sur moi, l’ouragan des calamités et du malheur se déchaînera toujours sur sa tête. ”
Pierre-Eugène Lamairesse,
L'Inde après le Bouddha
(1892)
“ Chaque Bouddha, qui apparaît dans ce monde pour se plonger dans le Nirvana existe en même temps avec un nom et une forme dans le monde de la contemplation et des formes et aussi sans forme et sans couleur dans un monde sans formes et sans couleur par-delà les limites de l'existence et de la pensée. ”
Alfred Foucher, La Vie du Bouddha
“ Nul n’ignore déjà que notre Bouddha est tout ce qui se fait de mieux en ce genre. Les divinités qui ont annoncé son avènement et célébré son triomphe ne peuvent qu’en être persuadées, et les plus incrédules d’entre nous en tombent d’autant plus aisément d’accord que, seul personnage historique, il est le modèle de tous ceux qu’à son image on rétrospecte dans le passé ou anticipe dans l’avenir. D’où peut venir dans nos textes cette insistance, presque sacrilège qui ira jusqu’à prêter à l’intéressé lui-même sinon des doutes, du moins des hésitations sur son propre cas ? ”
Pierre-Eugène Lamairesse,
L'Inde après le Bouddha
(1892)
“ Il est très remarquable que Bouddha ait, plus qu’aucun dieu ou personnage, de représentations de toutes sortes, et dans toutes les attitudes. Les images, statues, statuettes, bas-reliefs, peintures etc., qui lui sont consacrées sont innombrables et il en est de même de la représentation de tous objets ayant rapport à lui. ”
traduits du mongol par Joseph Gabet et Évariste Huc, Les Quarante-deux points d’enseignementproférés par Bouddha
“ Un homme attristé de ne pouvoir triompher des pensées mauvaises qui l’obsédaient, tournant contre lui-même le tranchant d’une hache, se donna le coup de la mort. Bouddha, le suprême des êtres, lui adressa ces mots : « Trancher la vie, ne vaut pas trancher les déréglemens du cœur ; le cœur, c’est la racine de tout ; après avoir détruit le principe et la racine, tout ce qui en procède s’évanouit. Ne pas trancher les pensées mauvaises, trancher au contraire ta vie, quel bien en résulte-t-il ?... » Bouddha ayant ainsi parlé, cet homme mourut aussitôt. ”
Mary Summer, Histoire du Bouddha Sâkya-Mouni
“ La nuit finissait ; l’aurore se levait sur la cime des montagnes qui entourent Bôdhimanda ; la nature s’éveillait pleine de grâce et de séduction, quand le sage atteignit la triple science [1] et se revêtit de l’intelligence suprême : il était Bouddha ! ”
traduits du mongol par Joseph Gabet et Évariste Huc, Les Quarante-deux points d’enseignementproférés par Bouddha
“ Bouddha, manifestant sa doctrine, prononça ces mots : L’homme qui s’est plongé dans les vices et ne songe pas à s’amender, allant toujours, au contraire, accumulant les péchés dans son cœur, les péchés finiront par inonder son être, comme les eaux coulant dans la mer deviennent bientôt larges et profondes. ”
Pierre-Eugène Lamairesse,
L'Inde après le Bouddha
(1892)
“ Le roi lui dit : qui es-tu, toi dont la puissance est surhumaine et l’essence parfaite ? Je suis, répondit le religieux, un fils de Bouddha, le plus miséricordieux et le plus éloquent des hommes. Dompté par le Héros qui s’est dompté lui-même, calmé par ce sage qui est parvenu au comble de la quiétude, j’ai été affranchi de l’existence. ”
Les Avadânas, contes et apologues indiens
“ Le Bouddha, ayant marché plus loin, aperçut par terre un bout de corde. Il dit au religieux de le ramasser, et celui-ci, docile à ses ordres, le prit sur-le-champ. D’où vient cette corde ? demanda le Bouddha. — Cette corde, dit le religieux, a une odeur infecte ; elle a servi à attacher des poissons. — Dans l’origine, dit le Bouddha, les hommes sont purs et sans tache, mais, par le contact et la fréquentation des autres, ils appellent sur eux le châtiment ou le bonheur. Si quelqu’un s’approche des hommes sages et éclairés, il devient intelligent et vertueux ”
Louis Gillet,
Revue des Deux Mondes
“ Seulement, on est bien surpris d’apprendre que ce monde sculpté, si amusant, si instructif, représente la vie du Bouddha : car, dans ces centaines de personnages, au milieu de cette foule d’animaux, d’hommes, de femmes, qui animent cette porte inépuisable, l’artiste n’a oublié qu’une seule figure, et c’est précisément celle de son héros. ”
Mary Summer, Histoire du Bouddha Sâkya-Mouni
“ Hommes et femmes se roulent à terre, s’arrachant les cheveux, et poussant des lamentations désespérées. Leurs cris ne réveilleront pas celui qui dort du sommeil éternel. Le manteau religieux, compagnon de la vie du Bouddha, enveloppe, de ses plis austères, un corps désormais immobile. Sur le pâle visage du saint, les angoisses de la mort ont fait place au calme de la béatitude. ”
Alfred Foucher, La Vie du Bouddha
“ Or telle est justement la hauteur de vues à laquelle le Bouddha, dépassant tous les penseurs passés, a réussi à s’élever devant l’éternel recommencement des générations humaines. Aucun homme n’a eu un sentiment plus vif de l’absolue vanité de l’univers et de l’incurable misère de notre destinée, aucun n’a sondé de plus haut ni d’un œil plus perçant la déraison de cette interminable ronde macabre perpétuellement entraînée dans le tourbillon du samsâra. ”
“ De ce tas de morts chinois, un être se leva, un Céleste tout jeune, demi nu, la poitrine à l’air, avec un trou de baïonnette dans cette chair de cuivre, un petit Chinois maigre, avec des yeux embrasés et des lèvres qui tremblotaient, toutes blêmes... Il se dressa, saignant, s’accrochant de la main droite au piédestal de Bouddha, et sa main gauche crispée nous menaçant encore d’un long couteau recourbé, taché de rouge... ”
Alfred Foucher, La Vie du Bouddha
“ Le mystère n’est pas difficile à éclaircir. Il n’est que trop vrai que tout en ce monde n’est qu’impermanence et douleur et qu’à cela le Bouddha n’a trouvé d’autre remède que de ne plus renaître. Sur ce point tous les bouddhistes, qu’ils soient moines ou laïques, tombent d’accord : pour les uns comme pour les autres le but suprême ou, comme nous disons, « le souverain bien » est le Nirvâna. ”
Antony Landes, Contes et légendes annamites
“ L’ogre fut touché, il ne dévora pas le bonze et lui demanda ce que le Bouddha désirait des hommes. « Leur cœur, » répondit le bonze. L’ogre, à cette réponse, s’ouvrit le corps et donna au bonze son cœur pour le porter au Bouddha. À la suite de ce sacrifice l’ogre et sa mère devinrent des Bouddhas. Quant au bonze il porta ce cœur jusqu’au bord de la mer où il le jeta parce qu’il sentait mauvais. Arrivé au paradis occidental le Bouddha demanda au bonze s’il ne lui avait rien été confié et le renvova chercher le cœur de l’ogre. ”
Alfred Foucher, La Vie du Bouddha
“ Il était admis — et nous n’avons aucune raison pour ne pas l’admettre avec elle — que le nouveau Bouddha avait remporté, moins d’un an après sa Sambodhi et sur les lieux mêmes qui en avaient été le théâtre, une victoire d’autant plus éclatante qu’elle avait été plus difficile à obtenir. Une confrérie brahmanique s’était convertie en masse à sa Loi : tout ce dont nous sommes libres de douter, c’est qu’il ait suffi pour la transformer sur-le-champ, « ainsi qu’un serpent change de peau », en une communauté de moines bouddhiques d’une magique formule d’ordination tombée des lèvres du Maître. ”
Pierre-Eugène Lamairesse,
L'Inde après le Bouddha
(1892)
“ L'image du Bouddha terrestre, mortel, se montre éclatante de lumière et de clartés dans la sphère de la contemplation, ou, pour mieux dire le Bouddha terrestre est seulement une apparence, un mirage de l'original qui habite dans le pur éther du royaume des idées et des paradis, région des vraies formes où la durée de la vie est infiniment plus grande qu'ici bas, et où déjà il porte un autre nom que sur la terre. ”
