“ Pendant des jours, pendant des nuits, on y verra rouler et confluer les longs ruisseaux d’hommes arrachés des champs de bataille, de la plaine qui a des entrailles, et qui saigne et pourrit là-bas, à l’infini. ”
Entrailles
Définition et enjeux
Le terme entrailles désigne à la fois les organes internes d'un être vivant et, par extension, les aspects profonds et secrets d'un système ou d'une réalité. De Henri Barbusse, qui évoque les "entrailles de la terre" comme un lieu de souffrance et de destruction, à Élisée Reclus ou Eugène Caustier, qui en font un symbole de l'effort humain face à la nature, ce thème a inspiré des approches variées.
François de Fénelon, par exemple, le lie à la métaphysique, décrivant une "flamme" intérieure qui "pénètre jusqu'aux profondeurs des entrailles". Ces réflexions, souvent liées à la poésie, à la philosophie ou à l'histoire, révèlent une fascination pour les abysses obscures de l'existence, qu'elles soient physiques, spirituelles ou symboliques.
Citations sur les entrailles
Eugène Caustier, Les entrailles de la terre (3e édition… (1910)
“ Longtemps nous restons en contemplation devant ce tableau vivant de l'effort humain, devant tous ces hommes qui peinent et souffrent pour arracher aux entrailles de la terre le précieux combustible. Pourquoi faut-il que là-bas, sur le bord de la carrière, un pointnoir obscurcisse l'horizon. ”
François de Fénelon, Oeuvres philosophiques de Fénelon… (1872)
“ Voyez-vous ce feu qui paraît allumé dans les astres, et qui répand partout la lumière ? Voyez-vous cette flamme que certaines montagnes vomissent, et que la terre nourrit de soufre dans ses entrailles? ”
François de Fénelon, Aventures de Télémaque ; suivies des Aventures d'Aristoniis
“ La vérité qu'ils ont craint de voir fait leur supplice; ils la voient, et n'ont des yeux que pour la voir s'élever contre eux; sa vue les perce, les déchire, les arrache à eux-mêmes: elle est comme la foudre; sans rien détruire au dehors, elle pénètre jusqu'au fond des entrailles. Semblable à un métal dans une fournaise ardente, l'âme est comme fondue par ce feu vengeur: il ne laisse aucune consistance, et il ne consume rien: il dissout jusqu'aux premiers principes de la vie, et on ne peut mourir. ”
M. Sand, Six mille lieues à toute vapeur
“ Une ligne de tentes, un parc d’artillerie pris sur l’ennemi, des baraques en planches, des tombes, un cheval tué, des oiseaux de proie qui planent au-dessus, c’est toujours le même spectacle sinistre que nous avons rencontré partout hier. ”
Wilhelm Ténint, Album du Salon de 1843 : collection des principaux ouvrages exposés au Louvre reproduits par les peintres eux-mêmes ou sous leur direction… (1843)
“ Dans ce tableau, il y a deux batailles, celle de la terre et celle du ciel.— Ici, dans un terrain coupé de profonds ravins, les mêlées engagées, des combats presque corps à corps, des soldats qui escaladent les hauteurs, l'ivresse de la lutte, du mouvement, de l'entrain, de l'énergie, de la fumée partout, des bruits et des chocs partout, partout des débris, des chevaux morts, des charrettes abandonnées ; — là haut, dans le ciel, le combat du soleil couchant contre les nuées qui l'entourent, le poursuivent, le pressent, et qu'il incendie en expirant. ”
J.-B. Buzy, Souvenir et adieu, antiquités religieuses et profanes… (1892)
“ Et j'ai vu sur les flots un superbe navire, Dont les flancs arrondis étaient blindés de fer ; Il bravait les autans ; tout-à-coup il chavire Et s'abîme au fond de la mer. Et j'ai vu des palais que contemplait la foule ; De marbres et d'acier resplendissaient leurs tours ; Un orage s'élève, et leur dôme s'écroule, Et s'évanouit pour toujours. Et j'ai vu des cités fières de leurs murailles ; Et des guerriers armés défendaient leurs donjons ; Et ces murs sont tombés au souffle des batailles, Au feu des révolutions... ”
Paul Féval, Le berceau de Paris (1860)
“ Il abaissa sa torche contre terre, et montra les vestiges récents de leur marche. - Alors, quel est donc ce bruit? demanda la jeune fille. — Je ne sais, répliqua le tribun ; — on dirait que les légionnaires essayent d'enfoncer la porte du souterrain. ”
François Husson, 1871. Paris bombardé. Récits journaliers suivis de documents curieux par le lieutenant Fr… (1891)
“ Au-dessus de nos murailles où veille la garde nationale, au-dessus de nos forteresses que l'ennemi commence à couvrir de ses feux, s'élève comme un souffle d'espoir et de délivrance qui pénètre tous les cœurs. ”
Erckmann-Chatrian, Contes et romans populaires (1862)
“ Au-dessus des toits de chaume étages contre les remparts, s'ouvre encore la porte du fort avec sa voûte armoriée, ses herses et son pont-levis suspendu sur l'abîme. De larges brèches laissent couler les décombres autour de la côte; la ronce, la mousse, le lierre joignent leurs efforts destructeurs à ceux de l'homme : tout descend, tout s'en va! ”
Eugène Ténot,
Paris et ses fortifications : les nouvelles défenses de la France…
(1880)
“ Plus d'étroits défilés à franchir sous les vues de l'ennemi; plus d'escarpements à gravir; plus de dédale de parcs, de bois, de murs crénelés, de villages retranchés, de couverts, de massifs, de crêtes culminantes, contre lesquels se brisait, à quelques portées de fusil des vieux forts, l'élan le plus vigoureux de nos soldats! Sur tout le front, des espaces découverts, des plaines pour ainsi dire rases, des champs de manoeuvre immenses s'ouvriraient désormais devant l'armée de sortie. ”
Alexandre Dumas,
Revue des Deux Mondes
“ Si nous faisons le tour des murailles extérieures, ses larges fossés, ses bastions à chaque coin de mur, ses ponts-levis qui se dressent chaque soir en grinçant sur leurs lourdes chaînes, ses sentinelles jalonnées sur les remparts, nous présenteront l’aspect sévère d’une forteresse, pour la défense et la sûreté de laquelle rien n’a été épargné. ”
John Milton,
Le Paradis perdu
(1667)
“ Les uns, dans la plaine ou dans l’air sublime, sur l’aile ou dans une course rapide, se disputent, comme aux jeux Olympiques ou dans les champs Pythiens ; les autres domptent leurs coursiers de feu, ou évitent la borne avec les roues rapides, ou alignent le front des brigades. ”
Jules Mary,
Les dernières cartouches : grand roman dramatique
(1902-1905)
“ Partout la mort, dans les corridors, derrière les pans de murs écroulés, derrière les arbres, derrière les pierres, dans les angles des murailles, les balles sifflent, s'aplatisserit, ricochent, et repartent en chantant, et se perdent dans les corps robustes et pleins de vie. ”
Léon Van Neck, 1870-1871, illustré (1910)
“ Il y a là des chutes effroyables, des culbutes de pelotons entiers, s'effondrant les uns sur les autres, à chaque étage de ce sol qui est comme une nouvelle marche de quelque immense escalier de mort. ”
Victor Hugo,
Œuvres complètes de Victor Hugo
“ Là, c’est l’artillerie aux cent gueules de fonte, D’où la fumée à flot monte, tombe et remonte, Qui broie une cité, détruit les garnisons Ruine par la brèche incessamment accrue Tours, dômes, ponts, clochers, et, comme une charrue, Creuse une horrible rue à travers les maisons ! ”
Denis Diderot,
Œuvres complètes de Diderot
“ Qu’on se rappelle le tableau d’un champ de bataille au moment qui suit la victoire, lorsque la plaine est encore jonchée de morts et de mourants ; lorsque l’avarice et la cupidité portent leurs regards avides sur les vêtements sanglants des victimes encore palpitantes... ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ L’eau étoit si parfaitement représentée, et les mouvements des deux bâtiments si aisés, leur manœuvre si vive et si multipliée, les événements des approches et du combat si vifs, si justes, si variés, si souvent douteux pour la victoire, qu’on ne se doutoit plus que ce fût un jeu qui se passoit à terre. ”
Henri-Charles-Érasme Girard, La fortification de campagne appliquée… (1876)
“ De ce point, le plateau apparaît comme une surface parfaitement découverte, très-légèrement accidentée par des ondulations larges et peu profondes, interrompue, çà et là, par des vallons secondaires à pentes douces. L'organisation défensive — en tant que position de combat—qui correspond à un pareil site, consiste évidemment dans une ligne de redoutes situées sur des points dominants habilement choisis eu égard aux accidents secondaires. ”
René Doumic,
Revue des Deux Mondes
“ Sur le combat, tel qu’il se développe depuis les parallèles de départ, à travers le terrain raviné de trous d’obus où chemine la vague d’assaut, les témoignages abondent, combien émouvants et combien magnifiques ! ”
Mathurin Blanchet, Histoire populaire de l'empereur Napoléon Ier (1868)
“ Figurez-vous une muraille de glace, de dix lieues, et imaginez-vous qu'il s'agit de la gravir, non-seulement à pied et à cheval, ce qui n'est déjà pas facile, mais avec canons, caissons, charriots, fourgons, bagages, enfin avec tout l'attirail d'une armée en campagne ! ”
Sophie Gay,
Un mariage sous l’empire
(1832)
“ Heureusement, en s’éloignant du champ de bataille, il eut la consolation de voir l’ennemi repoussé et de voir délivré ce pont si courageusement défendu par de jeunes artilleurs à peine sortis de l’École polytechnique. ”
Maurice Leblanc,
Dorothée, danseuse de corde
“ Le terrain de la bataille n’était pas grand, trois quarts de lieue tout au plus en longueur sur quelques centaines de mètres et, pourtant, dans cet espace restreint, où neuf ou dix hommes peut-être s’affrontaient, nul bruit. ”
Alfred Dumesnil,
Bernard Palissy : le potier de terre
(1851)
“ Semble sa venue à une grande armée qui viendrait contre la terre pour la combattre; et la pointe, comme le front d'une bataille, vient heurter impétueusement contre les rochers et limites de la terre, menant un bruit si furieux, qu'il semble qu'elle veuille tout détruire. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Œuvres de Goethe
“ Adieu, ô le plus noble des hommes, invincible sur le champ de bataille ! Mais le champ de bataille ne te verra plus ; la foret sombre ne brillera plus des éclairs de ton glaive. Tu ne laisses aucun ’fils après toi, mais le chant du barde maintiendra ton nom, les âges futurs entendront parler de toi ; on leur dira le trépas de Morar. ”
Victor Hugo,
Œuvres complètes de Victor Hugo En voyage…
“ De temps en temps l’Arve l’investir de vagues furieuses, les presse, les roule, les gonfle, les amoncelle, surmonte enfin le rocher qui reste quelque temps inondé de tous ces flots dorés comme d’une chevelure blonde, puis tout retombe, et, pendant que l’Arve grondant recommence un nouvel assaut, le front du roc reparaît chauve et nu. ”
Joachim Ambert,
Portraits : gens de guerre
(1863)
“ Je voyais la bataille naître et prendre des proportions colossales. Je l'entendais gronder au loin ; elle se déployait sous mes yeux simple et sublime. Des arbres verts, de grandes plaines avec leurs buissons, des chaumières çà et là, et puis, au milieu de l'amphithéâtre, de longues colonnes d'infanterie, des escadrons serrés, des chariots, un bruit étrange de voix humaines mariées au choc métallique des instruments de guerre. ”
Édouard Guillaumet, Tableaux soudanais (1899)
“ Les marches superbes sont à nu, avec, par places, des cuvettes immenses où l'on a peine à né pas glisser, et où, goutte à goutté, s'épanchent, murmure léger, les infiltrations qui cherchent, dans leur marche hésitante, à se rejoindre dans l'infini. ”
Luís de Camões,
Les Lusiades, poëme de Camoens…
(1842)
“ Les têtes et les bras volent de toutes parts ; Les corps jonchent le sol de leurs tronçons épars ; Des mourants et des morts les débris s'amoncellent Et des torrents de sang dans la plaine ruissellent. ”
Nicolas Martin, Poésies complètes... (3e édition fort augmentée… (1857)
“ Sous leurs tentes, rêvant l'occasion d'éclat, Ils dédaignent par trop le vulgaire combat, Tandis que, profitant de ce mépris superbe, Dans les champs glorieux d'autres glanent leur gerbe; Car des milliers de bras levés de toutes parts S'efforcent de ravir les sacrés étendards. ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ C’est sur ces galeries, & dans ces portiques que se plaçoient les spectateurs pour voir le combat des gladiateurs qu’on donnoit autrefois dans ces places. Daviler. (D. J.) Place, en terme de guerre, est un mot générique, qui signifie toutes sortes de forteresses ou l’on peut se défendre. Voyez Forteresse. En ce sens l’on peut dire que c’est un lieu tellement disposé, que les parties qui l’entourent se défendent & se flanquent mutuellement. Voyez Fort & Fortification. Place forte ou place fortifiée, est un lieu flanqué & couvert de bastions. ”
Raymond Recouly,
Pistes, fleuves et jungles : à travers l'Indochine et les pays voisins
(1932)
“ Fantassins, cavaliers, cohortes des chars, les chefs émergeant au-dessus de leurs hommes, comme les grands arbres au-dessus de la forêt, les bas-reliefs font voir cette avance formidable, cette ruée, à la fois furieuse et disciplinée. La bataille s'engage, à laquelle les êtres humains, les bêtes et les monstres prennent part. ”
Victor Hugo,
La Légende des siècles
“ Une telle promesse étant faite à l'abîme, On attend la lueur d'une action sublime Et, s'en croyant déjà vaguement éclairé, Le peuple bat des mains. — Va donc, hélas ! — J'irai, Dit-il, et reviendrai vainqueur ou mort. La plaine De tous les grondements de la bataille est pleine. Soldats, sabres au vent ! histoire, sois témoin ! Dans la vaste fumée il disparaît au loin. ”
Victor Hugo,
Quatrevingt-treize
(1874)
“ Pour les assaillants, une brèche à gravir, une barricade à forcer, trois salles superposées à prendre de haute lutte l’une après l’autre, deux escaliers tournants à emporter marche par marche, sous une nuée de mitraille ; pour les assiégés, mourir. ”
Vive la France ! Capitaine X***… (1897)
“ Si les voies de communication sont bonnes et assez nombreuses, le relief du sol, la succession des crêtes, les coupures du terrain, permettent une défense facile sur des lignes de résistance successives. ”
Gustave Eiffel,
La tour Eiffel en 1900
(1900)
“ En cas de guerre ou de siège, on pourrait, du haut de la Tour, observer les mouvements de l'ennemi dans un rayon de plus de 70 kilomètres, et cela par-dessus les hauteurs qui entourent Paris, et sur lesquelles sont construits nos nouveaux forts de défense. ”
Ernest Adrien de Sézille, Conseils pratiques aux cadres de cavalerie… (1915)
“ En terrain varié, dans le secteur de marche de chaque unité, on met à profit toutes les facilités que donne le terrain, tant par ses formes que par ses abris, d'échapper aux vues et aux coups de l'ennemi. ”
Élisée Reclus,
Histoire d’un ruisseau
(1882)
“ Les piliers trop faibles qui portent l'immense édifice cèdent sous le poids, les voûtes s'effondrent, le mont en frémit de la base au sommet, et la terre est agitée à des centaines de kilomètres de distance comme si une explosion terrible en avait disloqué les couches. ”
Sénèque le Jeune,
Consolation à Marcia (1860)
“ La chute est plus inévitable, si nous sommes frappés comme à l’improviste ; mais les attaques prévues de loin arrivent amorties. Reconnaissez donc que vous êtes ici-bas en butte à tous les coups, et que les traits qui, percèrent les autres ont sifflé à vos oreilles. Figurez-vous une muraille, une redoute escarpée et toute couronnée d’ennemis où vous montez sans défense : attendez-vous à des blessures, et comptez que toutes ces flèches, ces javelots, ces pierres qui volent pêle-mêle sur votre tête, sont dirigés sur votre personne. ”
La Cité de Carcassonne (Aude)… (1878)
“ Du côté méridional, l'ennemi, en supposant qu'il se fût emparé de l'enceinte extérieure, pouvait combler une partie des fossés, détruire un. pan de mur de l'enceinte extérieure et faire approcher de la muraille intérieure, sur un plan incliné, un de ces beffrois de charpente recouverts de peaux fraîches pour les garantir du feu. et au moyen desquels on se jetait de plain-pied sur les chemins de ronde supérieurs. On ne pouvait résister à une semblable attaque, qui réussit mainte fois, qu'en réunissant, sur le point attaqué, un nombre de soldats supérieur aux forces des assiégeants. ”
Paul de Kerneu, Journal d'un mobile. Paris 14 septembre 1870-29 janvier 1871… (1880)
“ A la traversée des barrières, des mégères, montées sur les fortifications, nous insultaient et nous traitaient de lâches. Sur ces remparts qui faisaient autrefois notre force et notre orgueil, les embrasures sont vides, les affûts renversés , les canons jetés à terre. ”
G. Cazaux, Voyage dans les Landes et sur le littoral de Gascogne… (1932)
“ Ayant suivi le réseau d'allées et de chemins, les uns orientés comme le rivage, les autres transversaux, nous allons autour des tentes assemblées par dizaines, devant lesquelles grouillent les enfants qui ont la peau des jambes inflammées par le soleil, rougie comme des brûlures. ”
“ Du dehors, on ne voit que les murs sombres, quelques tours d’angle, quelques portes jalouses gardées par des soldats modernes, la baïonnette au fusil, et la cime des vieux arbres qui dépassent la crête du rempart. ”
“ À gauche le terreau de l’arête est piétiné par tous les homicides et toutes les batailles, et tous les bruits désastreux filent leur courbe. Derrière l’arête de droite la ligne des orients, des progrès. ”
