Résumé

M. Sand Six mille lieues à toute vapeur

C’est tout bonnement un petit chat jaune qui sort du fourré en faisant le gros dos et en arrondissant la queue. Il est suivi d’une toute petite négresse de quatre ans, vêtue d’une longue chemise de coton ; un vieux nègre demi-nu, coiffé d’un chapeau de paille sans fond, la bouche ouverte, l’air abruti, ferme la marche. Ces trois personnages s’arrêtent devant les voitures, et nous regardent avec méfiance ; puis, sans dire un mot, sans répondre à nos questions, l’étrange groupe continue son chemin à travers la forêt, le chat miaulant, l’enfant riant, le vieux se traînant.
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M. Sand Six mille lieues à toute vapeur

Ici tout sent la morue. Sur les cailloux du rivage où elle sèche, sur la tourbe où elle pourrit, sur les perches où elle pue, il y en a partout. On la respire à trois lieues à la ronde. Toute l’île n’est qu’un laboratoire pour préparer, conserver et expédier la morue. Du reste pas un arbre, pas un arbuste qui dépasse vingt ou vingt-cinq centimètres. J’ai été me promener sur l’unique route du pays. Le terrain est noir, délayé, glissant. Ailleurs il tremble et s’affaisse sous les pas. C’est un vaste marécage, les céréales n’y poussent pas, et les pommes de terre non plus.
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M. Sand Six mille lieues à toute vapeur

Je songeais à cette vie sans charme et sans poésie du bourgeois spéculateur de New-York, enfermé dans son comptoir ou forcé de s’agiter derrière les hautes murailles de sa ville bruyante, et je me demandais si le plus agréable des gîtes dans une contrée si peu artiste ne serait pas précisément ce cimetière où les fleurs embaument, où les oiseaux chantent, où les eaux murmurent, où l’air agite mollement le feuillage des arbres séculaires. La destinée de l’Américain est-elle si froide et si triste qu’il ait réservé toutes ses jouissances pour le moment où il n’en profitera plus ?
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