“ Je suis l'amoureux de la beauté immortelle et sans limites. Dans la nature sauvage, je trouve quelque chose de plus cher et de plus familier que dans les rues ou les villages. Dans le paysage tranquille, et surtout dans la ligne lointaine de l'horizon, l'homme voit quelque chose d'aussi beau que sa propre nature. Le plus grand plaisir que procurent les champs et les bois, c'est la suggestion d'une relation occulte entre l'homme et le végétal. ”
Nature sauvage
Définition et enjeux
Citations sur “nature sauvage”
Jean Renaud,
Mirages d'exil
(1914)
“ Immense, jamais entendu, un appel clamant l'allégresse de vivre vient des cent mille voix des animaux, des insectes ; dans l'air, émané des corolles épanouies, monte, comme un encens, le parfum de la forêt fleurie, et nous, les civilisés, restons sur le sentier, écrasés par cet hymne sauvage et comme effrayés de nous sentir si petits en face de cette grandiose manifestation des premiers âges de la Nature. ”
Paul Féval, Le Loup blanc (1878)
“ Au lieu de suivre les routes tracées, il s’enfonçait comme à plaisir dans les plus épais fourrés. À mesure qu’il avançait, l’aspect du paysage devenait plus sombre, la nature plus sauvage. De gigantesques ronces s’élançaient d’arbre en arbre comme les lianes des forêts vierges du Nouveau Monde. ”
Alfred Russel Wallace,
La Sélection naturelle
“ Comme l’existence même des individus, des familles et des tribus dépend de cette connaissance de la nature, toutes les facultés subtiles du sauvage adulte sont employées à l’acquérir et à la perfectionner. Bon chasseur ou bon guerrier, il réussit ainsi à connaître la direction de chaque colline ou chaîne de montagnes, celle de tous les cours d’eau, et leurs confluents, la situation de tous les lieux caractérisés par une végétation particulière, et cela non-seulement dans les limites qu’il a explorées lui-même, mais peut-être encore cent milles au delà. ”
Pierre Baillargeon,
La Neige et le feu
“ À gens blasés, comme Auguste et moi, des plaines, du bord de la mer et de tous les autres paysages, seule l’âpreté sauvage de celui-ci peut être encore sensible. Ici seulement nous nous sentons près de la nature. ”
Auguste Brizeux,
Œuvres de Auguste Brizeux
“ Il a grandi au sein d’une nature à la fois douce et sauvage, courant à travers les bois, connaissant tous les sentiers des landes, ou passant de longues heures au bord des fraîches rivières de sa vallée natale. ”
MM. Jean Reynaud et Édouard Charton, Le Tour du monde
“ Il est difficile de trouver un contraste plus authentique et en même temps plus frappant entre les sentiments qu’inspirait la nature sauvage à l”époque du moyen âge et même de la Renaissance et ceux qu’elle nous inspire depuis que les régions abruptes sont devenues un objet de plaisir et d’admiration pour tous ceux qui les visitent. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Œuvres d’histoire naturelle de Goethe
“ Placées dans certains lieux, exposées à certaines influences, les espèces semblent céder à la nature en se laissant modifier ; elles deviennent alors des variétés, sans abdiquer leurs droits à une forme et à des propriétés particulières. Je pressentis cette vérité en étudiant la nature sauvage, et elle jeta un jour tout nouveau pour moi sur les jardins et sur les livres. Le botaniste qui voudra bien se reporter en imagination à l’année 1786 pourra se faire une idée de l’état dans lequel je me suis trouvé pendant dix ans. ”
Horace de Viel-Castel,
Les sensitives : album des salons
(1845)
“ L'auteur de la femme sauvage avait devant lui une nature heureuse et magnifique, une terre où éclate toute la splendeur de la création, ces forêts qui forment comme les brillantes couronnes de l'Amérique, ces grands fleuves qui remplissent de vie et d'harmonie une des plus belles régions de l'univers. ”
Gabriel Ferry,
Scènes de la vie sauvage au Mexique
(1879)
“ Les magnifiques paysages qu’on traverse, les haltes dans la forêt autour de l’arbre séculaire converti avec une prodigalité royale en brasier gigantesque, les hommes qu’on rencontre, représentants d’une société presque inconnue, héros sauvages comme la nature qui les entoure, tous ces incidents si étranges et si variés sont pour le voyageur autant de compensations qui lui font oublier ses fatigues. ”
José da Gama e Castro, Une visite au Jardin des plantes (1875)
“ Je le préfère non-seulement pour ce motif, mais encore parce que j'y rencontre je ne sais quoi de sauvage qui me charme. Les collines s'élèvent, les vallons descendent, partout on rencontre la simple nature, ou du moins la nature bien moins maltraitée et violentée qu'ailleurs par la tyrannie de l'art. ”
“ Les bêtes, l’herbe et que je sème Au vent comme toi mes cheveux, Et parce que dans mon silence, Longue pelouse où se balancent Les bouleaux grêles, Flottent la jeunesse éternelle Et l’ombre et l’harmonie heureuse De l’enfance nébuleuse. Le long rêve de la nature Mouvante dort dans mon silence, Le bercement et le murmure Harmonieux du monde immense. Monde de l’air impondérable, Toi qui subsistes pâle et bleu Avec les vallonnements creux Où les fougères, les oiseaux, L’homme, les eaux Dorment entre eux. ”
Henry Charles Carey,
Principes de la science sociale
“ Le sauvage, dénué du moindre savoir, trouve dans les inondations et les tremblements de terre, la preuve la plus concluante du prodigieux pouvoir de la nature. Le savant la trouve dans le mécanisme magnifique, bien qu’invisible, au moyen duquel les eaux de l’Océan sont journellement élevées pour redescendre en rosées rafraîchissantes et en pluies d’été. ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ Voyons maintenant la nature morte : un pays à demi sauvage, des cultures éparses, des forêts vierges, un fleuve qui ne le cède à aucun autre sur la terre, des lacs comme des mers, enfin cette même création que vous avez vue dans le Dernier des Mohicans, les Pionniers, etc. ”
Ernest Renan,
L’Avenir de la science
“ Le sauvage a une perspicacité, une curiosité qui nous étonnent ; ses sens perçoivent mille nuances imperceptibles, qui échappent aux sens ou plutôt à l’attention de l’homme civilisé. Peu familiarisés avec la nature, nous ne voyons qu’uniformité là où les peuples nomades ou agricoles ont vu de nombreuses originalités individuelles. ”
Jean Przyluski, La participation (1940)
“ Nous avons déjà vu que prévalent dans ces groupes des conceptions dualistiques fondées sur l'opposition d'une part entre le sol cultivé, les animaux et les hommes qu'il nourrit, et d'autre part l'ensemble de la nature sauvage. ”
Victor Hugo,
Œuvres complètes de Victor Hugo En voyage…
“ Les sommets des montagnes sont pour nous des espèces de mondes inconnus. Là végète, fleurit et palpite une nature réfugiée qui vit à part. Là s’accouplent, dans une sorte d’hymen mystérieux, le farouche et le charmant, le sauvage et le paisible. L’homme est loin, la nature est tranquille. Une sorte de confiance, inconnue dans les plaines où la bête entend les pas humains, modifie et apaise l’instinct des animaux. Ce n’est plus la nature effarée et inquiète des campagnes. Le papillon ne s’enfuit pas ; la sauterelle se laisse prendre ; ”
“ Cependant, comme on habitait une terre féconde, on aimait tout ce qu’elle produisait d’excellent. La nature est merveilleuse, parce qu’elle est infiniment variée. La montagne, riante ou sauvage, avec ses massifs de rochers rouges, ses forêts de châtaigniers, de chênes, de sapins et d’ormes ”
Henry David Thoreau,
Walden ou la Vie dans les bois
(1854)
“ Notre existence au village croupirait sans les forêts et les prairies inexplorées qui l’entourent. Il nous faut le tonique de la nature inculte – de temps à autre patauger dans les marais où guettent le butor et le râle, et entendre le grondement de la bécassine ; renifler la senteur du roseau murmurant là où seul quelque oiseau plus sauvage et plus solitaire bâtit son nid, et le vison rampe le ventre au ras du sol. ”
Alexandre Ysabeau, Le père Éloi ou Les causeries d'un vieux laboureur sur l'agriculture et l'histoire naturelle… (1864)
“ Nulle part on ne rencontre à l'état sauvage, tels que la nature nous les donne, le froment, le seigle, l'orge, l'avoine, le sarrasin, le maïs; il semble que Dieu ait voulu laisser à l'homme le mérite et la satisfaction de changer, d'améliorer par la culture les plantes à son usage. Il en est de même des fruits : essayez de mordre dans une poire cueillie sur un des sauvageons de la forêt, vous verrez que ce sont, comme disent les bonnes gens, des poires de voleur, qui prennent le monde à la gorge ”
Paul Henri Thiry d’Holbach,
Système de la nature
“ C’est ainsi que le sauvage attribuera la bonté ou la volonté de lui faire du bien à quelque objet, soit inanimé soit animé, tel qu’une pierre d’une certaine forme, une roche, une montagne, un arbre, un serpent, un animal, etc., si toutes les fois qu’il a rencontré ces objets, les circonstances ont voulu qu’il eût un bon succès à la chasse à la pêche, à la guerre, ou dans toute autre entreprise. ”
Cécile Sauvage,
Tandis que la terre tourne
“ NATURE, LAISSE-MOI... Nature, laisse-moi me mêler à ta fange, M’enfoncer dans la terre où la racine mange, Où la sève montante est pareille à mon sang. Je suis comme ton monde où fauche le croissant Et sous le baiser dru du soleil qui ruisselle, J’ai le frisson luisant de ton herbe nouvelle. Tes oiseaux sont éclos dans le nid de mon cœur, J’ai dans la chair le goût précis de ta saveur, Je marche à ton pas rond qui tourne dans la sphère, Je suis lourde de glèbe, et la branche légère Me prête sur l’azur son geste aérien. ”
Cécile Sauvage,
Tandis que la terre tourne
“ Nous avons le regard des chattes en gésine Quand le flux maternel nous gonfle la poitrine, Quand l’embryon mutin bouge dans son étui Comme un nouveau soleil sur qui pèse la nuit. Nos seins lourds et féconds comme la grappe mûre Offrent leur doux breuvage à toute la nature Et notre obscur penchant voudrait verser son lait À l’abeille, à la fleur, au ver, à l’agnelet. ”
Amable Tastu,
Lectures pour les jeunes filles…
(1840)
“ On voit auprès du champ une forêt sacrée, Formidable aux humains et des temps révérée, Dont le feuillage sombre et les rameaux épais Du dieu de la clarté font mourir tous les traits. Sous la noire épaisseur des ormes et des hêtres, Les faunes, les sylvains ou les nymphes champêtres, N'y vont point accorder, aux accents de la voix, Le son des chalumeaux ou celui des hautbois. Cette ombre, destinée à de plus noirs offices, Cache aux yeux du soleil ses cruels sacrifices, Et les vœux criminels qui s'offrent en ces lieux Offensent la nature en révérant les dieux. ”
Cécile Sauvage,
Tandis que la terre tourne
“ Tes yeux de couleur trouble étaient dans la pénombre Grands ouverts, tes deux yeux encor pleins de mon ombre. Ton air était sévère et triste. Suivais-tu Dans l’espace l’essor de ton destin têtu ? Peut-être ton esprit tâtonnant sur la vie Voulait-il retrouver mon étreinte ravie ; Peut-être éprouvais-tu dans ce premier éveil L’étonnement d’un dieu qui sort de son sommeil, Ou bien simple animal éclos pour l’aventure Contemplais-tu l’orgueil muet de la nature. Si frêle, si menu, tout l’humain rabougri Se ridait sur ta face où songeaient tes yeux gris ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
E.T.A. Hoffmann - Contes fantastiques
“ La nature ne se révèle pas à lui dans les charmes rians des vertes prairies, des champs fleuris, des bois odorans, des sources murmurantes, mais dans la terreur des rochers gigantesquement entassés, des arides rivages de la mer, des forêts désertes et inhospitalières. ”
“ Nos hautes terres, puisque c’est ainsi que nous les appelons, messieurs, forment à elles seules une espèce de monde sauvage, rempli de rochers et de précipices, de bois, de cavernes, de lacs, de rivières, de montagnes si élevées que les ailes du diable même se fatigueraient à les parcourir. ”
Pierre Jean Baptiste Duchaussois, Aux glaces polaires
“ Un sauvage apercevra l’objet invisible aux plus perçants de nos regards. Il orientera sa marche sur les constellations de la nuit, sur les teintes du feuillage, sur la forme des bancs de neige martelés par les vents. Il connaîtra, avant ses douze ans, l’anatomie détaillée des animaux et des plantes, et nommera chacune de leurs fibres. Il n’oubliera jamais ce qu’il aura une fois remarqué. Il se guidera, vieillard, dans les dédales d’une forêt, où il n’aura passé qu’au hasard, dans son enfance. ”
Fernand Maury, Étude sur la vie et les oeuvres de Bernardin de St-Pierre (1892)
“ Sur ces limites de la flore circumpolaire, le paysage, jamais coupé de haies ni de buissons, mais diversifié seulement par l'arête des montagnes et le creux des fleuves, possède une physionomie plus pure que partout ailleurs. La nature y prend l'aspect et les séductions des contrées vierges; elle ensevelit les minces essais de culture humaine dans l'immensité de ses plaines, sous la végétation unicolore des steppes; ses solitudes gardent la majesté des grands espaces, sahara ou océan, la splendeur uniforme, l'unité immuable. ”
Cowper Rose, Esquisses africaines, par Cowper Rose… (1832)
“ Nous contemplons une sauvage contrée hérissée de pics escarpés et grisâtres, de rochers dépouillés, entrecoupée de profondes crevasses et de vallons solitaires : que dans ce moment nos sensations sont vives et pénétrantes ! Je me souviens d'avoir dit dans ma jeunesse que le reste de la vie ne pouvait nous apporter un. sentiment pareil à celui que nous éprouvons en, nous trouvant pour la première fois au milieu des montagnes, de leurs nuages et de leurs brouillards, et l'expérience m'a prouvé que j'avais raison. ”
George Sand,
Lélia
(1839 (2e version))
“ Avez-vous jamais rien contemplé de plus sauvage et pourtant de plus animé ? Voyez, que de vigueur dans cette végétation libre et vagabonde, que de mouvement dans ces forêts que le vent courbe et fait ondoyer, dans ces grandes troupes d’aigles qui planent sans cesse autour des cimes brumeuses, et qui passent en cercles mouvants comme de grands anneaux noirs sur la nappe blanche et moirée du glacier ! Entendez-vous le bruit qui monte et descend de toutes parts ? ”
Camille Flammarion,
Voyages aériens : impressions et études…
(1881)
“ Elle imbibe les airs, les montagnes et les vallées, elle pénètre les plantes des forêts et l'herbe des prairies. Il semble que tout vive en elle et qu'elle s'impose pleinement à la nature comme la cause universelle de la vie, de la force et de la beauté des choses créées. ”
Hudry-Menos, Revue des Deux Mondes
“ Pour cette fonction spéciale, la nature a tout préparé : l’air tonique et vivifiant des régions élevées fait couler abondamment le flot de la vie animale et active la génération et la fécondité des espèces ”
Dante Alighieri,
Divine Comédie, traduction par M. Henri Dauphin…
(1886)
“ Ainsi la forêt sauvage, les trois bêtes qui lui barrent le chemin, la porte large de l'Enfer et ses gouffres de plus en plus profonds, ses fleuves ayant leur source dans les flancs du mont Ida, la montagne du Purgatoire s'élevant entre la terre et le ciel, l'immersion dans les eaux du Léthé, le Paradis terrestre et l'arbre de vie, l'ascension rapide de sphère en sphère, tout jusqu'au moindre détail renferme une pensée profonde, source d'un intérêt puissant et nouveau pour le lecteur. ”
Antoine de Nossy, Moyens infaillibles de devenir riche (1913)
“ On visite les bois, les marais, les monts, les vallées, la plaine ; on observe la nature qui nous sourit et qui nous révèle toujours de nouveaux secrets ; et l’on rentre le soir, à la maison, les poumons remplis d’un air pur, le teint coloré, le sang rajeuni et l’esprit quiet. ”
Olivier, Voyage autour du monde : contenant la description géographique et pittoresque des divers pays… (1858)
“ Puis nous avons traversé d'admirables contrées, riches des minéraux les plus précieux, mais riches aussi des trésors de la végétation la plus variée, la plus luxuriante, la plus féconde. Outre de vastes savanes, des forêts immenses offrant des masses de verdure impénétrables à l'homme et au soleil, nous y avons trouvé une foule de merveilles végétales, productions de la nature, en même temps que de belles villes, ouvrages de l'homme. ”
Cécile Sauvage,
Tandis que la terre tourne
“ La larme qui me monte aux yeux, tu la connais, Elle a le goût profond de mon sang sur tes lèvres, Tu sais quelles ferveurs, quelles brûlantes fièvres Déchaînent dans ma veine un torrent acharné. Je vois tes bras monter jusqu’à ma nuit obscure Comme pour caresser ce que j’ai d’ignoré, Ce point si douloureux où l’être resserré Sent qu’il est étranger à toute la nature. Écoute, maintenant que tu m’entends encor, Imprime dans mon sein ta bouche puérile, Réponds à mon amour avec ta chair docile : Quel autre enlacement me paraîtra plus fort ? ”
Ludovic Hébert Beauvoir, Voyage autour du monde : Australie (1869)
“ Tout ce que la forêt a de sauvage quand elle vient mourir dans d'immenses prairies naturelles, des ravins avec des fougères-arbres trois fois plus grandes que l'homme, une herbe toute verdoyante, des troupeaux de bœufs et de chevaux qui paissent sans gardien sous les bois immenses, des arbres séculaires, arrachés et amoncelés par les tempêtes, des troncs pourris par la racine menaçant de tomber, des traces des feux que les Naturels ont allumés à leurs pieds : ah ! ”
