“ Prends ton fusil et viens.* * *...De notre trou d’écoute, nous voyons vers l’est une lueur d’incendie se propager, plus bleue, plus triste qu’un incendie. Elle raye le ciel au-dessous d’un long nuage noir qui s’étend, suspendu, comme la fumée d’un grand feu éteint, comme une tache immense sur le monde. C’est le matin qui revient.Il fait un froid tel qu’on ne peut rester immobile malgré l’enchaînement de la fatigue. On tremble, on frissonne, on claque des dents, on larmoie. Peu à peu, avec une lenteur désespérante, le jour s’échappe du ciel dans la maigre charpente des nuages noirs. ”
Henri Barbusse
Résumé
"Le Feu", publié en 1916 par Henri Barbusse, est un récit percutant de la Première Guerre mondiale, raconté par le soldat Volpatte et ses camarades comme Lamuse ou Blaire. À travers des descriptions crues des tranchées, de la boue et des obus, l'œuvre dévoile la vie quotidienne des poilus, leurs souffrances physiques et morales, ainsi que leurs rêves d'égalité et de fraternité.
Les thèmes de la mort, de l'absurdité du conflit et de la force humaine se tissent dans un style à la fois poétique et réaliste, marqué par des dialogues percutants et des images mémorables. L'œuvre, à la fois témoignage et critique sociale, souligne l'incapacité des institutions à éliminer la souffrance.
Citations de Le Feu (Henri Barbusse)
“ Un mort est affalé, debout, à peine de travers, les pieds dans la tranchée, la poitrine et les deux bras couchés sur le talus. Il brassait la terre quand il s’est éteint. Sa face, dirigée vers le ciel, est recouverte d’une lèpre de verglas, la paupière blanche comme l’œil, la moustache enduite d’une bave dure.D’autres corps dorment, moins blanchis que les autres: la couche de neige n’est intacte que sur les choses: objets et morts.—Faut dormir.Paradis et moi, nous cherchons un gîte, un trou où l’on puisse se cacher et fermer les yeux. ”
“ La blancheur lunaire de sa peau appelle et étonne le regard. Ses yeux scintillent: ses dents, aussi, étincellent dans la vive blessure de sa bouche entr’ouverte, rouge comme le cœur.—Dites-moi... J’vais vous dire... halète Lamuse. Vous m’plaisez tant...Il avance le bras vers la précieuse passante immobile.Elle a un haut-le-corps, et lui répond:—Laissez-moi tranquille, vous me dégoûtez!La main de l’homme se jette sur une des petites mains. Elle essaie de la retirer et la secoue pour se dégager. Ses cheveux d’une intense blondeur se défont, et remuent comme des flammes. Il l’attire à lui. ”
