Roland Dorgelès,
Les Croix de bois
“ — Il a fallu la guerre pour nous apprendre que nous étions heureux, dit Berthier, toujours grave. — Oui, il a fallu connaître la misère, approuve Gilbert. Avant, nous ne savions pas, nous étions des ingrats... Maintenant, nous savourons la moindre joie, ainsi qu’un dessert dont on est privé. Le bonheur est partout : c’est le gourbi où il ne pleut pas, une soupe bien chaude, la litière de paille sale où l’on se couche, l’histoire drôle qu’un copain raconte, une nuit sans corvée... Le bonheur ? mais cela tient dans les deux pages d’une lettre de chez soi, dans un fond de quart de rhum. ”
