“ La guerre, pour le soldat, pour l’homme qui « sert », au sens le plus esclave du mot, c’est surtout une longue suite d’épreuves pour le corps, la marche avec tout un bagage sur les reins, les veilles, les suées, le froid, toutes les peines et la faim surtout, la faim qui est la grande ennemie avec la mort. Mais à la mort on ne songe même plus quand les courroies du sac étouffent la poitrine, ou quand les pieds semblent enflés et plus pesants que les godillots. D’ailleurs, la mort, parfois, tue d’un coup, sans souffrance, tandis que la faim vous talonne une armée pendant des jours et des jours. ”
René Benjamin
Résumé
« Gaspard », de René Benjamin, est un roman qui explore les réalités brutales de la Première Guerre mondiale à travers le parcours de soldats blessés, tels que Gaspard, Burette ou Bibiche. L'auteur dépeint avec force les douleurs physiques et psychologiques des combattants, leurs liens fragiles de camaraderie, ainsi que les contrastes entre la détresse de la guerre et les instants de tendresse humaine.
Les thèmes de la résilience, de la mort et de la vulnérabilité de l'existence se tissent dans un récit à la fois poétique et réaliste, où les obus, les blessures et les souvenirs d'enfance se heurtent à l'absurdité du conflit. Publié en 1917, l'œuvre reste un témoignage poignant sur la condition humaine au cœur de la débâcle.
Citations de Gaspard (René Benjamin)
“ Cette promenade à la lune avait ranimé les souffrances de sa blessure, et dans la nuit, cahoté par le train, il se mit à geindre comme tous les autres, — car un train de blessés, la nuit, ce n’est qu’un immense geignement, tant il semble que l’ombre étouffe et pèse sur les douleurs. Angoisses, lassitude, heures interminables. Que faire de ses bras, de ses jambes ? Le corps est comme une loque, qui se laisse aller sur le voisin, mais le voisin soupire, se dégage, et, rompu lui aussi, il s’affaisse à son tour. ”
“ Puis, cinq secondes après, sans l’avoir entendue, le régiment se trouva nez à nez avec une autre troupe, quelques milliers de soldats d’active, qui, en gémissant, s’en revenaient du feu. Dans quel état ! Ah ! cette fois, ce n’était plus la guerre de loin ! On la croisait, ou la frôlait, encore plus horrible dans la nuit, qui donnait de l’ampleur au drame et à la misère ; car ce qu’on rencontrait là, ce n’était plus une armée, mais un fouillis d’hommes blessés, fourbus, boitant, se traînant, dont on apercevait les linges tachés de sang autour des membres ou bien des fronts. ”
