René Benjamin

René Benjamin

Résumé

Portrait de René Benjamin René Benjamin,  Gaspard

“ La guerre, pour le soldat, pour l’homme qui « sert », au sens le plus esclave du mot, c’est surtout une longue suite d’épreuves pour le corps, la marche avec tout un bagage sur les reins, les veilles, les suées, le froid, toutes les peines et la faim surtout, la faim qui est la grande ennemie avec la mort. Mais à la mort on ne songe même plus quand les courroies du sac étouffent la poitrine, ou quand les pieds semblent enflés et plus pesants que les godillots. D’ailleurs, la mort, parfois, tue d’un coup, sans souffrance, tandis que la faim vous talonne une armée pendant des jours et des jours. ”
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Portrait de René Benjamin René Benjamin,  Gaspard

“ Cette promenade à la lune avait ranimé les souffrances de sa blessure, et dans la nuit, cahoté par le train, il se mit à geindre comme tous les autres, — car un train de blessés, la nuit, ce n’est qu’un immense geignement, tant il semble que l’ombre étouffe et pèse sur les douleurs. Angoisses, lassitude, heures interminables. Que faire de ses bras, de ses jambes ? Le corps est comme une loque, qui se laisse aller sur le voisin, mais le voisin soupire, se dégage, et, rompu lui aussi, il s’affaisse à son tour. ”
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Portrait de René Benjamin René Benjamin,  Gaspard

“ Puis, cinq secondes après, sans l’avoir entendue, le régiment se trouva nez à nez avec une autre troupe, quelques milliers de soldats d’active, qui, en gémissant, s’en revenaient du feu. Dans quel état ! Ah ! cette fois, ce n’était plus la guerre de loin ! On la croisait, ou la frôlait, encore plus horrible dans la nuit, qui donnait de l’ampleur au drame et à la misère ; car ce qu’on rencontrait là, ce n’était plus une armée, mais un fouillis d’hommes blessés, fourbus, boitant, se traînant, dont on apercevait les linges tachés de sang autour des membres ou bien des fronts. ”
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