Résumé

Portrait de Roland Dorgelès Roland Dorgelès Le Cabaret de la belle femme

Rendus fous par deux jours de bataille, ils allaient comme des bêtes forcées, la bouche, béante, les yeux hagards, poussés par la peur de périr sous leurs propres obus. Ils ne pensaient plus à rien, qu’à sortir de cet enfer.
— Mais regarde-les galoper, les deux cochons, haletait Mahieu dont la course devenait pesante. Hé ! les boches, pas si vite... Vous n’entendez donc pas ce qu’on vous dit ?
Grandjean, qui avait plus de souffle, nargua son camarade :
— Tu peux toujours gueuler, lui dit-il en pressant l’allure. Ils ne comprennent pas un mot.
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Portrait de Roland Dorgelès Roland Dorgelès Le Cabaret de la belle femme

C’est vrai que vous n’pouvez pas loger tout le monde, il s’en tue tellement en ce moment... Vous comptez combien d’hommes, à votre effectif ?
Tout de suite à son aise, il inspectait sans gêne le palais céleste, le cœur gonflé d’une joie ineffable qui lui sucrait la bouche et égayait ses yeux. La vie, autour de lui, était comme un bonheur, un été sans fin, un songe sans réveil.
Finis, la tranchée, les obus, les veilles pesantes au créneau, finies les attaques, la gamelle froide, les corvées écrasantes dans la boue des boyaux, fini tout ce morne martyre, finie la guerre...
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Enfin, arrivé devant le bastion, c’est le terme. Les pattes fléchies, l’œil trouble, la poitrine agitée d’un souffle haletant, il s’arrête, fini, prêt à s’abattre.
L’homme lui secoue la tête d’un brusque coup de longe, mais cela ne paraît pas le réveiller : c’est le sommeil d’avant la mort. Le territorial tire sauvagement, tire à deux mains, mais la bête épuisée ne bouge toujours pas, ne semblant même plus souffrir.
Alors, se tournant vers nous, le soldat nous dit d’un ton gouailleur, en haussant les épaules :
— On va à Berlin...
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