Résumé

Géo Vallis En Allemagne : impressions d'un évadé… (1918)

C'est peu, nous aurons faim, grand'faim, mais je crois cependant fermement que nous n'en mourrons pas. Par la lucarne de la porte où glisse un peu de lumière et dont souvent je m'approche, je ne vois d'abord que des choses dures : au premier plan, tout près de mon visage, le va-et-vient de la sentinelle dont la baïonnette semble prolonger contre le ciel le fer du casque pointu; plus loin, le double grillage barbelé du camp, le dos moutonnant des baraques accroupies dans le sable, et quelques plumets de pins immobiles sur les sérénités d'en haut.
Source : Gallica

Géo Vallis En Allemagne : impressions d'un évadé… (1918)

Comme je voudrais aller jusqu'à son cœur pour bien sentir à son contact hostile qu'elle est différente d'une autre que j'adore, qui est belle entre toutes et si puissante par les sentiments et la pensée ! Mais je regarde, mais je m'efforce en vain ; dans ma poitrine les souvenirs passionnés ne font plus qu'un murmure qui décroît encore. Sur l'espace où je me penche, je ne vois que le soleil, les verdures sombres des pins, l'ocre des premiers labours, les villages aux riants colombages, le ciel s'ouvre sur la terre, tout bleu, sans un pli, « sans frontières », figure sans trait de l'infini.
Source : Gallica

Géo Vallis En Allemagne : impressions d'un évadé… (1918)

En approchant d'eux, nous craignions de les toucher; le moindre heurt les eût fait chanceler. Leurs capotes, leurs pantalons, leurs chaussures d'une teinte terreuse, uniforme, la même que celle de leurs visages, s'en allaient en lambeaux, découvrant les chairs. Il n'est pas, sur les âpres routes du monde, de vagabonds traînant en aussi lamentables loques. Ainsi, l'Allemagne n'avait pas même cette extrême pudeur intéressée de jeter un voile « honnête » sur la misère indicible de ces corps, sur ce qu'elle avait fait de ces hommes qui n'avaient plus même la force de se plaindre.
Source : Gallica

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature