Jean Giraudoux

Jean Giraudoux

Résumé

Portrait de Jean Giraudoux Jean Giraudoux Lectures pour une ombre (1929)

Les nouvelles se répandent vite sur le champ de bataille, car de temps en temps un nouveau soldat rampe droit sur nous, la main devant le visage, se protégeant contre la mitrailleuse comme on protège une lanterne, et me rendant l'appel, de la gerbe où il se cache depuis la nuit, du chemin qu'il a parcouru : un mort, un Allemand, deux blessés. A chacun nous réclamons de l'eau, et il s'empresse de tendre son bidon, mais, dans sa bonne volonté, miracle aujourd'hui détestable, c'est toujours un fond de cognac qu'il nous donne, ou de menthe, ou de rhum.
Source : Gallica

Portrait de Jean Giraudoux Jean Giraudoux Lectures pour une ombre (1917)

C’est moi que le colonel envoie chaque fois vers ce remous; il n’a plus confiance qu’en ma chance pour dissoudre, sans qu’il ait à perdre son premier homme, ces énormes taches violettes, et jusqu’à midi j’y parviens. C’est une énorme fourmilière. C’est un cheval mourant. C’est un mort, le premier que voit le régiment, mais c’est un des hussards de Gneisenau. C’est un autre mort mais—le dernier et le plus égoïste de mes efforts—c’est un mort de la brigade, couché au-dessus d’un blessé sur lequel l’a projeté l’obus.
Source : Gutenberg

Portrait de Jean Giraudoux Jean Giraudoux Lectures pour une ombre (1929)

Nous gagnons une prairie isolée, d'où l'on ne voit plus le chœur gothique de l'église, où nous jouissons d'une Alsace pure de souvenirs; près d'un ruisseau qui coule; à l'ombre d'un vergne que le vent agite. Nous ne voyons que des génisses, un chien, des faneurs; nous ne voulons prendre d'elle que ce que nous aurions pris, par un semblable jour d'été, au Berry, au Nivernais, un peu de chaleur, et, pour notre tête, un peu d'ombre, car, vainqueurs modestes que nous sommes, nous ne regardons point le soleil en face.
Source : Gallica

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