Résumé

Portrait de Jean Giraudoux Jean Giraudoux Retour d’Alsace, août 1914

Nous gagnons une prairie isolée, d’où l’on ne voit plus le chœur gothique de l’église, où nous jouissons d’une Alsace pure de nostalgie, de souvenirs, près d’un ruisseau qui coule ; à l’ombre d’un vergne que le vent agite. Nous ne voyons que des génisses, un chien, des faneurs ; nous ne voulons prendre de l’Alsace que ce que nous aurions pris, par un semblable jour d’été, au Berry, au Nivernais, un peu de chaleur, et, pour notre tête, un peu d’ombre. Vainqueurs modestes que nous sommes, nous ne regardons point le soleil en face.
Source : Wikisource

Portrait de Jean Giraudoux Jean Giraudoux Retour d’Alsace, août 1914

Le poteau est sous un tunnel et notre pensée seule, au-dessus, a à franchir la frontière. Nous faisons halte dans cette nuit. Un quart d’heure d’ombre totale pour nous préparer au jour français ; c’est la méthode des myopes qui changent de lorgnon. Avec des allumettes-bougies, nous cherchons la ligne tracée sur les murs, comme une coupe. La moindre parole résonne, et l’écho, sûr de n’être pas vu, s’approche à dix pas de nous. Nous repartons. La route descend, et l’habitude d’être en France se reprend comme la pente même. Il est midi. Dans des clochers invisibles sonnent des cloches.
Source : Wikisource

Portrait de Jean Giraudoux Jean Giraudoux Retour d’Alsace, août 1914

Le 1er bataillon nous rejoint. Il est gai, et chante, car on l’a fêté toute la nuit. Aux fenêtres, tout ce qui se peut voir d’Alsace vivante à cinq heures du matin, quelques épaules rondes entre des rideaux noirs à fleurs roses, un sein à demi dégagé, un bras blanc qui relève un store, une petite fille entière, qu’on a assise sur la fenêtre et qui lance des fleurs en papier ; un gamin sans veste qui escorte, ce n’est pas un gamin juif, notre vieux tambour ; des chiens de garde, silencieux, car la guerre leur apprend chaque jour à douter de leur métier.
Source : Wikisource

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature