“ MONSIEUR LACAZE I Les gares me font entrevoir un monde que je ne connais pas. L’atmosphère qui les enveloppe est plus subtile. J’aime les gares, la gare de Lyon particulièrement. La tour carrée qui la domine me fait songer, sans doute parce qu’elle est neuve, aux monuments des villes allemandes que j’ai contemplés aux portières des wagons à bestiaux, quand j’étais soldat. J’aime les gares parce qu’elles vivent jour et nuit. Si je ne dors pas, je me sens moins seul. Les gares me révèlent la vie privée des gens riches. Dans les rues, ceux-ci ressemblent à tout le monde. ”
Gare
Définition et enjeux
Une gare est un point central de transit, où voyageurs et marchandises basculent d’un mode de transport à un autre. Ce concept, originaire du domaine maritime, a évolué pour inclure les réseaux ferroviaires, routiers ou aériens. Les auteurs comme Emmanuel Bove mettent en lumière son rôle d’observatoire de la vie sociale, tandis qu’André Chevrillon en décrit l’architecture rustique.
Albert Robida, lui, la compare à un hôtel de ville, soulignant son rôle dans la vie urbaine. Ces visions révèlent la gare comme un carrefour multifonctionnel, à la fois technique et symbolique, structurant l’espace et les échanges humains.
Citations sur la gare
André Chevrillon , Revue des Deux Mondes
“ La gare est toute blanche, toute nette, petite gare coquette et simple de village, jolis wagons de bois clair et vernis, jolies locomotives munies de chasse-bœufs, faites pour trotter à travers le pays sauvage, jolis ateliers où des ouvriers français sont chefs, forment les indigènes, leur font oublier les antiques procédés de l’Orient traditionnel, où tout le monde forge et bat joyeusement le fer. ”
Alexandre Zévaès,
Au temps du Boulangisme
(1930)
“ Dès sept heures, la gare est envahie, la foule — comme une marée formidable — déborde, brise les clôtures, pénètre sur les quais, envahit les voies. Aux wagons s'accrochent des grappes humaines. Bientôt il y a du monde, non seulement sur les marchepieds du train, mais encore sur les marchepieds des autres trains, sur les locomotives, sur les toits des bâtiments de la gare. ”
André Bellessort,
Revue des Deux Mondes
“ ARRAS La gare n’est plus que le spectre déchiqueté d’elle-même. On franchit des baraquements et on se trouve dans une étrange ville. Elle n’est pas, comme Albert aperçu du train, un monceau de ruines noires. Elle vit ; elle semble vivre. On descend sa longue et sinueuse artère ; on voit bien à gauche et à droite des maisons, des magasins, des trottoirs et une foule endimanchée qui se promène. Et ces gens n’ont point l’air triste. ”
Albert Robida,
Les vieilles villes des Flandres…
“ Une gare, c'est, dans la vie actuelle, aussi important qu'un Hôtel de ville. Pourquoi ne pas fignoler une gare autant qu'un beffroi ou une porte de ville? Bruges a fignolé la sienne et elle a donné un bon exemple. Il y a dans cette gare, une salle des Pas Perdus qui semble une salle échevinale, et un beffroi domine le tout de très haut, pour donner l'heure au loin. ”
G. Bruno,
Le Tour de la France par deux enfants
“ Gare de chemin de fer.—Les gares sont des abris sous lesquels les trains s'arrêtent; c'est là que descendent et montent les voyageurs, c'est là qu'on charge et décharge les marchandises. Les gares des grandes villes, surtout celles de Paris, sont de véritables monuments.La gaîté de Julien revenait peu à peu: il voulut aider lui-même, de son lit, à faire le paquet de voyage, et il n'oublia pas de mettre dans sa poche son livre sur les grands hommes, afin, disait-il, de bien s'amuser à lire dans le chemin de fer. ”
Hugues Le Roux,
Jeunes amours : mémoires d'un adolescent
(1899)
“ Depuis, je l'ai beaucoup fréquentée, cette gare du P.-L.-M., — la gare des grands départs. Tantôt, j'ai été celui qui se penche par la portière du train, tantôt celui qui reste sur le quai et dont le cœur s'étrangle. Jamais je n'y reviens sans me rappeler le cortège qui, ce jour-là, franchit les grilles au pas : l'omnibus qui l'emportait, elle, — le noir fourgon derrière— et moi, le dernier, dans mon fiacre, déjà halluciné par les coups de sifflets des locomotives, comme le chevreuil que fait lever, au bois, le premier appel du cor. ”
Simonne Ratel,
Trois parmi les autres
(1929)
“ La station d’arrivée est une gare régulatrice et la petite bourgade ne tire pas moins d’orgueil de cette fonction que de ses fouilles gallo-romaines. Mais ni le va-et-vient des locomotives, ni le passage forcené des rapides n’arrivent à dissiper l’ennui qu’exhalent les wagons de marchandises morfondus sur les voies de garage. L’impression morne qui plombe la nuque et les paupières des voyageuses s’accentue devant la place de la gare, lieu triste par essence, mais qui paraît, ici, plus triste que lui-même. ”
Alphonse Daudet,
Le Nabab
(1877)
“ En dehors du village, la gare, blanche et carrée, posée comme un dé au bord de la voie, vrai type de la petite gare de campagne perdue en pleines vignes, n'ayant jamais personne dans son unique salle, quelquefois une vieille à paquets, attendant dans un coin, venue trois heures d'avance. En l'honneur du bey, la légère bâtisse avait été chamarrée de drapeaux, de trophées, ornée de tapis, de divans, et d'un splendide buffet dressé avec un en-cas et des sorbets tout prêts pour l'Altesse. ”
Édouard Maury, Aux portes de l'Orient : la lagune de Venise… (1896)
“ La gare est encombrée de gens, qui n'ont rien à y faire, mais qui cherchent à se distraire, en se donnant, an spectacle d'un train, l'illusion du mouvement. Les cochers appellent les voyageurs, les soldats hurlent un refrain de chez eux. ”
Maurice Du Seigneur, Paris, voici Paris (3e édition… (1889)
“ Le soir, vers dix heures, il faut regagner, à tâtons, la gare la plus proche; tout le monde est éreinté, fourbu et heureux. Les trains défilent, les uns après les autres, et vous brûlent la politesse. Plus de deux cents personnes sont entassées, anxieuses, dans l'étroite salle d'attente, se demandant si elles pourront revenir chez elles, et s'en prennent au chef de gare, qui n'en peut mais. Quelques altercations se produisent, étouffées bientôt par des rires et des chansons grivoises. — Le sifflet d'une locomotive retentit, annonçant l'arrivée d'un train supplémentaire. ”
Ève Circé-Côté, Bleu, blanc, rouge
“ Si vous vous faites conduire à la gare, il trouvera l’occasion de se fourrer dans quelque bagarre, d’accrocher une des roues de sa guimbarde à quelque tombereau, de perdre un de vos cartons et de vous faire manquer le train. ”
Franc-Nohain,
Les Chansons des trains et des gares
“ J’ai rêvé d’une petite gare, dans un pays perdu, Où personne, jamais personne, ne serait descendu. Et alors, lorsque le train passe, Le chef de gare aurait des gestes pleins de grâce, Et de bons sourires engageants ”
André Chevrillon,
Revue des Deux Mondes
“ Inoubliable est surtout la gare, à l’un des bouts de la ville, sur la place isolée qu’on nous avait d’abord interdite, où nous n’allions qu’en file. à distance les uns des autres, rasant toujours les murs. La gare, si vivante jadis, et par où cette ville de province recevait sa vie, en se reliant à toute la circulation française, c’en est aujourd’hui le lieu le plus désolé, sans doute parce que cette ruine ne s’enveloppe pas de ruines pareilles, parce qu’elle s’espace, seule, en ces espaces toujours vides, où nul bruit n’arrive plus que celui des explosions. ”
Camille Allary, Laurence Clarys, étude de moeurs contemporaines… (1879)
“ Le va-et-vient des voyageurs emplissait la gare d'un vacarme assourdissant. Dans l'effarement et la hâte du départ, des appels, des exclamations aiguës, des vagissements de bébés se croisaient; une cloche tintait pour annoncer le départ d'un train de banlieue ; à chaque instant, les lourds omnibus des hôtels se succédaient avec des retardataires; des groupes se pressaient entre les grilles des guichets. où se faisait la distribution des tickets, et le bourdonnement de cette multitude montait, affaibli par les couches d'air froid et la buée humide, vers les rosaces du plafond. ”
Théophile Calas, Au Cap Nord (aller et retour).… (1892)
“ On n'ouvre pas nos malles, nos gestes communiquent aux employés une douce gaîté, et nous gagnons leurs bons procédés. En attendant que le train reparte, nous nous promenons sous la marquise de la gare; le couchant, comme un paon aux plumes de feu, fait la roue d'or dans le ciel ; les ombres plus noires des poteaux du télégraphe et des voitures, s'étendent sur la terre, et les rails polis et brillants se perdent au loin, semblables à deux fusées qui rasent la terre. Nous remontons dans notre compartiment, et prenons nos dispositions pour la nuit. ”
Oscar Dejean, Arcachon et ses environs (1858)
“ Nous n'avons rien à dire des bâtiments de cette gare. A part les ateliers, ce ne sont que des constructions provisoires de bois et de plâtre, qui attendent le moment où la tête du chemin se fera jour sur le quai, et opérera sa jonction avec la ligne de Paris, en traversant la Garonne sur une élégante passerelle. Hâtons-nous de prendre nos billets et de faire enregistrer nos bagages, car le monstre qui s'apprête à nous remorquer témoigne par ses sourds mugissements de l'impatiente ardeur qui l'anime. Les portes des salles d'attente s'ouvrent ; nous nous élançons dans les wagons. ”
Claude Farrère,
Revue des Deux Mondes
“ Une gare, la nuit, et quand il pleut, — quand la lumière crue des lampes à arc se réfléchit et se répercute sur les rails mouillés, sur les trottoirs ruisselants, quand l’aigre fracas des sifflets de machines, des jets de vapeur hoquetés et de mille ferrailles qu’on heurte, se mêle à la clameur des adieux projetés et entrechoqués, — c’est très triste ”
Marie-Lætitia Bonaparte-Wyse,
Le Piège aux maris
“ Une gare, c’est le temple de l’action. — A la porte, des files de voitures qu’on décharge ; à l’intérieur, des colis qu’on roule sur des voitures à bras ; des fadeurs, des portefaix, des voyageurs groupés ou solitaires, allant affairés, çà et là, ou fumant paisiblement ”
Rodolphe Bringer, Le Mystère du B 14
“ Aussi, son passage dans cette grande gare ne provoque-t-il aucune de ces agitations bruyantes qui signalent les arrêts des autres trains ; les quais restent déserts, vidés de voyageurs comme d’employés ; seul, un sous-chef de gare, sous sa casquette blanche, assiste au passage de ce rapide, attendant les deux minutes réglementaires pour donner le signal du départ. ”
Exposition de la "Cité Moderne"… (1913)
“ Le développement d'une gare est une chose extrêmement intéressante, car les villes vont toujours du côté de la gare; lorsque vous voulez développer un quartier, lorsque vous voulez arriver à étendre votre population urbaine et la conduire dans un endroit donné, vous n'avez qu'à y construire une gare. ”
“ La gare prend alors un aspect fantastique. Des formes incompréhensibles surgissent et plaquent le bleu noir du ciel. Des amoncellements s’ébauchent, vastes comme les ruines d’une ville. On perçoit le commencement de files démesurées de choses qui s’enfoncent dans la nuit. On devine des masses profondes dont les premiers reliefs jaillissent d’un gouffre d’inconnu. ”
Émile Gaboriau,
La corde au cou
“ La gare, toujours pour la plus grande commodité de messieurs les voyageurs, a été bâtie à une bonne demi-lieue de la ville, sur l'emplacement des jardins de M. Thibault, le premier banquier de l'arrondissement. On y arrive par une jolie route jalonnée d'auberges et de cabarets, lesquels, les jours de marché, s'emplissent de paysans qui, le verre à la main et la bouche pleine de protestations de bonne foi, cherchent à se voler à qui mieux mieux. ”
Camille Bellaigue, Revue des Deux Mondes
“ Les chemins de fer pourront offrir à nos compositeurs des ressources infinies, et ce sera un admirable tableau — symphonique et vocal — que celui d’une gare, tant à cause de la multiplicité des voies, que de l’abondance et de l’entre-croisement des motifs conducteurs. ”
Alexandre Dumas,
Les femmes fatales. La vierge de Mabille
(1876)
“ Elle prit le chemin des écoliers et passa du côté de la gare pour remonter le cours du Roi-René. Mauvaise inspiration. Au-lieu de calmer son irritation, cette promenade allait augmenter le trouble de ses idées, sinon de sa conscience. Près de la gare, elle ralentit sa marche; le sifflet de la locomotive annonçait l'arrivée d'un train. Dans les petites villes, le chemin de fer est la principale distraction ; les oisifs vont à la gare voir qui vient et qui s'en va; les indifférents, quand l'occasion leur est offerte, ne manquent pas de satisfaire le besoin inné de la curiosité. ”
Catulle Mendès,
Les 73 Journées de la Commune
“ De la gare, il reste un amas informe de pierres noircies, de moellons émiettés, de vitres brisées et de ferrures tordues ; la tranchée profonde où passaient les trains est remplie de débris de muraille ; pour passer, il faut faire un détour. ”
Hippolyte Verly,
Souvenirs d'une vieille barbe, politiques et pittoresques…
(1892)
“ A gauche, près de la porte, une petite gare en sapin : c'est là qu'on prend son billet pour cinq sous à destination du Champ-de-Mars, quand on veut économiser son temps et passer à pieds joints par dessus la région du quai, où sont installées les sections agricoles et maritimes. Derrière la gare, se dressent dans la verdure des arbres et l'azur du ciel, entourés de tentes, de gourbis, de boutiques, de cafés arabes, les murs blancs, les coupoles et la tour crénelée d'un palais maure : c'est le pavillon de l'Algérie. ”
Louis Bastide, Revue des Deux Mondes
“ Rien d’extraordinaire au point de vue pittoresque dans le pays que nous parcourons maintenant, d’une vitesse assez modérée. La ligne seule, ouverte depuis peu et à peine installée, est assez curieuse avec ses stations simplement indiquées par un écriteau, trois parois en planches, un toit, et dessous, à l’ombre, un cher de gare assis devant une table, paperassant, face au train, pendant que nous poursuivons notre course ininterrompue, car en dépit de notre allure bon enfant, nous sommes un « direct. » ”
Albert Dureau, Hector-Hogier [Albert Dureau]. Paris à la fourchette… (1903-1910)
“ Elle aboutissait à la grille même du parc, et on la désigne encore dans le pays sous le nom de « gare des fêtes ». Singulière ironie, d'ailleurs ! car la « gare des fêtes », saccagée par les obus de 1871, ne s'est pas relevée de ses ruines. Juchée en haut d'un escalier monumental, la « gare des fêtes » ne présente plus guère qu'une suite d'élégantes colonnes privées de leur faîte et servant de cadre à un débordement de verdure, lianes, ronces et plantes grimpantes qui ont poussé là comme par enchantement... ”
Hugues Rebell,
La câlineuse : roman
(1900)
“ De grandes femmes, enveloppées d'un pardessus quadrillé qui tombe jusqu'à leurs bottines, se promènent d'un pas militaire et en silence. Une frénésie de mouvement nous agite tous, dans cette gare si tranquille, si peu en harmonie avec les ambitions qui s'élancent sur ses rails, et qui conserve ses apparences de paix, de modestie provinciale au milieu des colères rouges et sifflantes des locomotives, des défilés incessants et fantômatiques des trains, des ombres, des fumées charnues, des clartés de lune, de feu, de soleil. ”
Henri Bonnet, Revue des Deux Mondes
“ Mais voici que, vers sept heures, un train s’arrête, en gare de Passy ; en un instant, la place est noire de monde. Ce sont de beaux messieurs qui reviennent au logis, après un jour passé à la Bourse, à leur bureau, à leur atelier, ou à leur théâtre. ”
Ed. Wolff, Souvenirs du siège de Soissons… (1872)
“ En dehors d'un poste à la gare, nous en avions un autre à l'Hôtel de Ville. Les exercices et les appels avaient lieu sur le jeu de paume. Le service de la station était surtout pénible, mais les habitants rivalisaient de bonne volonté pour en adoucir les rigueurs. Payons également ici un juste tribut de reconnaissance à M. le chef de gare dont l'obligeance fut infinie. La voie ferrée est bordée de bois et de marais, d'où s'élevait, la nuit, un brouillard humide qui glaçait nos malheureuses sentinelles, n'ayant toujours qu'une blouse pour vêtement. ”
Maxime Du Camp,
Les chemins de fer à Paris - la gare de l'ouest
“ Ce dernier fait chaque jour en gare, à midi, une visite des agens qui croient devoir recourir à lui. En hiver et en été, des boissons toniques sont distribuées aux employés, qui trouvent en outre à l’économat de l’administration des vêtemens d’excellent drap, qu’on leur livre exactement au prix de revient. Parmi les conducteurs que nous voyons à chaque station descendre, crier le nom de la gare, courir aux portières, qu’ils ouvrent, donner le coup de sifflet du départ et remonter à leur vigie quand déjà le train est en marche, beaucoup sont d’anciens militaires. ”
Jean-Marie Déguignet,
Mémoires d’un paysan bas-breton
“ Mais, quelques instants après le train s’arrêta et on cria : Tout le monde à terre et sac au dos ! Une fois tout le monde à terre, on fit par le flanc droit et nous marchâmes vers une gare où je vis bientôt Melun. ”
Pierre Chabat, Bâtiments de chemins de fer : embarcadères… (1862-1866)
“ Nous qui vivons dans des idées si opposées et qui pratiquons la marche en lisière de tous nos publics, nous avons, aux abords de nos chemins de fer, de beaux vestibules qui donnent accès à d'immenses salles d'attente, divisées en classes, où l'on doit rester cantonné sous l'œil vigilant du gardien protecteur, jusqu'à l'heure exactement sifflée qui vous ouvre les portes de la gare en même temps que celles du wagon. ”
