André Chevrillon 

Résumé

André Chevrillon  Revue des Deux Mondes

Et lentement, dans la grande onde claire, un peu d’or commence à se dissoudre ; il nage dans l’espace, cet or, il tressaille, il vit, et sur sa profondeur le profil de la falaise s’allonge en grand écran, tandis qu’à l’Occident, de l’autre côté de la longue plaine stérile, frappées en face par le jour, les arêtes sèches des monts de Judée se teignent de rose, d’un rose qui descend comme si l’on tirait doucement les voiles de la nuit, comme s’ils tombaient très lentement, découvrant peu à peu la muraille de roc et de sable avec ses angles, ses pointes claires, ses creux d’ombres bleutées.
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André Chevrillon  Revue des Deux Mondes

LA RIVIÈRE APRÈS LA MER 11 octobre. — Encore une fois, les bois de la rivière...
Douceur, toujours, de ces campagnes sylvestres, pour qui revient du dehors, les yeux brûlés de vent, de sel et de soleil. La mer est trop vaste, mouvante, inhumaine. Comme ces futaies nous enveloppent de leur paix et de leur tiédeur ! Leurs cimes liées, comme celles de tous les bois bretons, peuvent ondoyer au vent. Ici, en ce demi-jour vert, un peu doré, c’est comme dans la profondeur des eaux : rien ne pénètre jamais de cette agitation. Rien que de longs murmures endormeurs, qui s’enflent ou vont tombant.
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André Chevrillon  Revue des Deux Mondes

Pauvre café-concert, — le seul de Jérusalem, — si perdu dans cette nuit où revient flotter l’âme du passé, où l’on sent peser sur soi la poussière de tant de siècles ! Pauvre gîte où les vivans d’aujourd’hui viennent chercher à l’abri d’une toile un peu de sécurité, un peu de lumière, se serrent les uns contre les autres, ne se sentent plus seuls dans le silence et l’ombre de la ville solennelle, s’étourdissent à suivre, sans mot dire, l’arabesque grêle qu’une frissonnante cithare dessine autour d’une plainte brève !
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