“ De quelque côté que le regard se tourne, il est arrêté et comme réfléchi par la falaise de pierre; il semble que le roc soit ici quelque chose de vivant, et qu’à peine entr’ouvert, il soit prêt à se refermer pour nous broyer. — Entre le roc et l’eau, les deux tyrans qui règnent dans cette monstruosité géologique, l’homme est resserré, asservi, étreint; la terre manque, il n’y a pas de place pour la vie. ”
Roc
Définition et enjeux
Le roc désigne à la fois une formation géologique et un symbole de force naturelle. Buffon le distingue entre « roc vif » et « roche morte », soulignant ses métamorphoses. Chez Hébert Beauvoir, il incarne une majesté austère, tandis que Lamartine le présente comme un arrière-plan émouvant.
Les auteurs, de Taine à Féval, explorent ses contrastes : minéral ou vivant, hostile ou fertile. Ce thème, lié aux montagnes, torrents et grottes, révèle une tension entre l’immuable et l’éphémère, comme le montrent les descriptions d’abîmes ou de vallées.
Citations sur “roc”
Georges-Louis Leclerc de Buffon,
Œuvres complètes de Buffon, éd…
“ La dénomination générique de roc vif suffisait aux objets généraux que j’avais à traiter ; mais aujourd’hui qu’il faut entrer dans un plus grand détail, nous ne parlerons du roc vif que pour le comparer quelquefois à la roche morte, c’est-à-dire à ce même roc quand il a perdu sa dureté et sa consistance par l’impression des éléments humides à la surface de la terre, ou lorsqu’il a été décomposé dans son sein par les vapeurs minérales. ”
Ludovic Hébert Beauvoir, Voyage autour du monde : Australie (1875)
“ Ce n'est pas la nature riche et féerique de Java; ce n'est plus le coquet Japon; ce n'est pas la Suisse avec ses glaciers. C'est le grandiose du roc nu et aride ! On dirait que le Créateur, dans un moment de colère, a donné un immense coup de sabre dans de gigantesques blocs de granit. Il a fait une fente d'un kilomètre de profondeur dans le roc : des parois nues, à pic, tranchées comme un glacis, de trois mille pieds de haut, reflètent les rayons du soleil, tandis que le fond de la vallée est dans l'ombre noire. C'est une de ces vues qui frappent sans charmer et qui font presque peur. ”
E.-A. Menassade, A travers le Guipuzcoa : impressions (1897)
“ A leur pied, trous béants, noirs et profonds, cachant de sombres abîmes hantés d'ombres, où le roc s'élève sur le roc, présente des pointes, des flèches, des tours ; y forme des remparts et se suspend sur le vide, semblable à une ville effondrée, ensevelie dans les décombres, gisant désespérément dans ces profondeurs immenses d'où les siècles seront impuissants à la sortir. ”
Gabrielle Réval,
La cruche cassée
“ Ainsi, chaque année, les cimes majestueuses redressent au-dessus de la colline, comme un roc vivant, leur masse verte ; roc aux stries délicates, poreuses, buvant l’eau et le soleil qu’un prodigieux travail, par des réseaux puissants et minuscules, draine jusqu’au cœur de la terre. ”
Jules Dumont d'Urville,
Histoire générale des voyages. 1-2…
(1859)
“ Des pins, des chênes, des mélèzes, des châtaigniers, tantôt sortent de la crête du roc et montent en aiguille vers le ciel, tantôt, cramponnés aux flancs du mont, baignent leur chevelure dans la cascade d'un torrent. Ce côté du parc est semé de maisons de plaisance, de petits temples, de monastères silencieux. Là, nulle route battue; le roc seul, le roc vif sous les yeux. C'est en le gravissant avec peine que lord Macartney parvint à un pavillon situé au haut de la colline. ”
Alphonse de Lamartine,
Œuvres complètes de Lamartine
“ Tout à coup sur un roc, dont tu foulais la cime, Tu t’arrêtas : tes yeux s’abaissèrent sur moi ; Tu me montrais du doigt les flots, les monts, l’abîme, La nature et le ciel... et je ne vis que toi !... ”
Hippolyte Taine,
Voyage aux Pyrénées
“ Rien n’est laid comme les cailloux crayeux qu’on tire d’une carrière; ces déterrés semblent froids et humides dans leur linceul blanchâtre; ils ne sont point habitués au soleil, ils font contraste avec le reste. Mais le roc qui vit à l’air depuis dix mille ans, où la lumière a tous les jours déposé et fondu ses teintes métalliques, est l’ami du soleil; il en porte le manteau sur ses épaules; il n’a pas besoin d’un manteau de verdure; s’il souffre des végétations parasites, il les colle à ses flancs et les empreint de ses couleurs. ”
“ Est-ce une relique des merveilles d’Hélion, la ville décédée ? Si vous voulez y aller voir, demandez aux matelots ce géant de granit, ce roc noir, dont le front sourcilleux apparaît, quand on passe au nord de Chaussey. Les matelots appelaient ce roc l’Homme de Fer bien avant la venue du comte Otto dans nos contrées. C’est là, au pied de ce roc dont la tête sévère ment, car sa base est enfouie dans les fleurs ; c’est là que la barque pavoisée prit terre. Il n’est point au monde de lieu plus charmant. La mousse y est épaisse, le jour timide, l’air embaumé. ”
Maurice Barrès,
Greco ou le Secret de Tolède. Edition 9
(1923)
“ Les maisons se tiennent sur le haut du roc et se silhouettent dans le ciel. Leurs murs d'un blanc cru ont un aspect d'Orient, tandis que les toits se confondent avec l'immense teinte violette de toute la montagne. ”
Auguste Panneton, En flânant dans les portages
“ D’étiques violettes se blottissent à l’abri d’un tronc vermoulu qui se reverdit de mousse neuve. Le roc est une marâtre dure et stérile, et la forêt, quand souffle le vent d’automne, doit s’amputer sans merci pour rafraîchir sa sève et nourrir ses racines. ”
“ Ce n'est qu'une pierre, en effet, depuis la rivière d'Aff jusqu'à l'Océan, une pierre que le genêt drape de son manteau d'or, parmi les forêts de pins qui grondent comme la tempête et l'interminable échiquier des fossés couronnés de chênes. La dent du roc est partout, perçant la bruyère ou le sillon. ”
Jules Michelet,
L'insecte (Nouvelle édition illustrée de 140 vignettes sur bois…
(1884)
“ Cet heureux combat de l'homme contre le roc tire enfin l'élément captif de ce long enchantement. L'herbe s'en empare; l'arbre s'en empare; les animaux s'en emparent. Tout ce sable, auquel le roc aboutit toujours à la longue, devient perméable à l'activité d'un vaste monde souterrain. ”
Félix Andry, Un touriste en Algérie (1845)
“ Aux flancs d'un roc, rapide elle serpente, Elle s'y tord en zigzags infinis; Et lorsqu'enfin nos groupes réunis En ont atteint la cime dentelée, Quel beau coup d'oeil, au sein de la vallée, Forment pour nous les camps, leurs alentours, La route même avec ses longs détours, Les monts ardus, gigantesque couronne, Mur de granit qui partout l'environne, Et cependant, par delà sa cloison, Nous laisse voir la mer à l'horizon ! L'autre versant, quand nous allons descendre, Ne sera pas pour nous moins séduisant ”
Élie Berthet,
La malédiction de Paris ; précédée des Souvenirs d'une cigale pythagoricienne
(1852)
“ Elles s'élancent de rochers en rochers, aussi légères que les sauterelles brunes du Népaul; leurs petites cornes d'ébène rasent le feuillage bas du citronier; la troupe s'étend sur le versant des collines, semblable à une flottante écharpe fauve qui se déroule et glisse sur la verdure. Elles se sont précipitées du haut d'un roc dans un abîme de fleurs, sur un lit élastique de plantes grimpantes, de calebassiers, de vignes et de lianes entrelacés. C'est ici, mes sœurs, arrêtez-vous. ”
René Fage, Vers les Steppes et les oasis, Algérie-Tunisie… (1906)
“ Toute la terre en a été emportée par les orages. Le roc se montre à nu, sans une brèche. Nous contournons sur un lit de sable d'or cette muraille infranchissable, et nous voyons s'ouvrir une nouvelle plaine, et puis une autre barrière de rochers abruptes se dresser devant nous. Que cette sortie du plateau est tourmentée ! ”
A. Geffroy, Gustave III et la Cour de France
“ Là un œil est ouvert d’où sortent des rayons; sous leur influence, le roc se change en terre féconde, et de grandes villes se forment tout alentour. Un nouveau soleil éclaire la contrée, et les peuples adressent des bénédictions à cet œil puissant dont les rayons ont inondé la terre. ”
Marcel Schwob,
Le roi au masque d'or
(1893)
“ Ce boyau de roc débouchait dans une campagne plate et stérile, mamelonnée à l'horizon. Quelques bouquets de plantes grises croissaient au versant de la falaise ; des bêtes minuscules, brunes, rondes ou longues, avec de minces ailes frémissantes de gaze, ou de hautes pattes articulées, bourdonnaient autour des feuilles velues ou faisaient frissonner la terre en certains points. La nature inanimée avait perdu la vie mouvante de la mer et le crépitement du sable ”
Gabriel Ferry,
Revue des Deux Mondes
“ Puis, si vous arrivez à trouver les grains d’or adhérens encore à leur enveloppe de pierre, alors creusez, fouillez partout, brisez le roc que vous rencontrerez, détournez les cours d’eau qui vous feront obstacle, car vous serez près du filon générateur ; alors au moins vous pourrez braver le froid des rivières et les exhalaisons fiévreuses d’un sol bouleversé. ”
Édouard Richer,
Mémoires sur la vie et les ouvrages d'Éd…
(1836)
“ Le roc fait place à de riants bosquets, Des arbres d'or recèlent sous leurs tiges Un peuple entier de nouveaux farfadets, Les uns, panchés sous l'éclatant ombrage, Comme Narcisse admirent leur image ; D'autres, remplis d'un sentiment plus doux, Cherchent le temple où le plaisir repose, Au son des luths prennent le nom d'époux, Et vont danser sur des lapis de rose. ”
Paul-Ernest de Rattier, Nouveaux chants prosaïques (1864)
“ Avant, l'homme taillait son bois, mutilait son roc avec des coins de chêne aiguisés par le frottement, avec des éclats ravis à la pente, avec les arêtes du poisson qu'il avait dévoré, les os de l'ours qu'il avait terrassé corps à corps. ”
“ Autour de nous, ce ne sont plus des îlots minuscules avec des pins tordus comme à Matsushima, mais de grandes et hautes îles, presque dénudées. Le roc jaune, aux arêtes vives, est à peine duveté d’herbe et d’arbustes dans les creux ; sur les pentes rouges et ocrées de ces terres désertes, les nuages qui passent découpent des plaques mouvantes de lumière et, dans les entailles ravinées, insèrent leurs ombres vigoureuses. Souvent, au pied des montagnes, par places, le sol rugueux s’apprivoise en rizières qui, douces à l’œil, s’ordonnent en gradins autour d’un village comme un théâtre antique. ”
Maxime Collignon,
Notes d'un voyage en Asie-Mineure
“ Du côté opposé à la ville, le roc est taillé à pic et plonge droit dans la mer; l’étroit plateau qui court au sommet et forme comme l’arête de ces deux coupures est occupé par la forteresse ou kalé. Un mur d’enceinte, crénelé, enserre toute la ville, qui, vue du port, se dessine sur le flanc du rocher comme sur un plan. Les petites maisons de bois grimpent le long de la pente escarpée, séparées par des ruelles parallèles ; chaque rangée de toits sert de terrasses aux maisons de la file supérieure, et la ville s’étage ainsi, comme un troupeau de chèvres accrochées aux aspérités d’un roc. ”
Victor Guérin, La Terre Sainte. Liban, Phénicie… (1882-1884)
“ Là même où le roc se montre seul aux regards, et ne semble laisser place à aucune végétation, on voit quelquefois des arbres surgir avec beaucoup de force et, brisant les obstacles qui entravent leur poussée, s'élancer hauts et vigoureux à travers les fissures des rochers entrouverts. A son embouchure dans la mer, le Nahr Ibrahim teint, à certains moments, ses eaux en rouge. ”
Victor Hugo,
Les Travailleurs de la mer
“ À chaque gonflement de la vague enflée comme un poumon, ces fleurs, baignées, resplendissaient ; à chaque abaissement elles s’éteignaient ; mélancolique ressemblance avec la destinée. C’était l’aspiration, qui est la vie ; puis l’expiration, qui est la mort. Une des merveilles de cette caverne, c’était le roc. Ce roc, tantôt muraille, tantôt cintre, tantôt étrave ou pilastre, était par places brut et nu, puis, tout à côté, travaillé des plus délicates ciselures naturelles. On ne sait quoi, qui avait beaucoup d’esprit, se mêlait à la stupidité massive du granit. Quel artiste que l’abîme ! ”
“ Le chemin, taillé dans le roc escarpé qui borde l’océan, n’est pas sans offrir quelque danger. À certains endroits, le roc tombe verticalement dans la mer. Une forte brise agitait les vagues, qui venaient se briser avec fracas sur ce mur de granit. À certains moments, nous semblions suspendus au-dessus de l’abîme. Cependant, Nellie ne ralentissait pas son allure. ”
André Chevrillon,
Revue des Deux Mondes
“ C’est une œuvre de la nature louant le dieu qui la symbolise : cette pagode qui se poursuit dans les assises profondes du globe est une chose éternelle, indestructible, non pas inerte cependant, mais encore vivante de la vie de la terre. Car la toiture d’un roc massif est encore recouverte de sa couche végétale, hérissée de gazons et de grandes plantes rigides qui semblent des candélabres sacrés. ”
Maurice Maindron,
Revue des Deux Mondes
“ En tout temps d’ailleurs, le roc est habité par une population qui niche aux flancs des escaliers, dans les réduits qui rayonnent à travers la montagne. Le bourdonnement de ces créatures, massées dans les caveaux où la lumière et l’ombre alternent par plans, rappelle le frémissement des ruches. Dans une buée bleuâtre tamisant en poudre d’or les rayons du soleil, tout bruit, vibre et murmure. La fourmilière humaine ronfle comme un essaim d’abeilles. ”
André Chevrillon,
Revue des Deux Mondes
“ C’était comme la cime d’une grande alpe couchée dans l’Océan, dont le regard suit les étages successifs, depuis la base habitée par les hommes, jusqu’aux flancs d’herbe rase, jusqu’aux éboulis et lapias, jusqu’à la région où le roc antique est seul dans l’abîme avec les vents qui le rongent. Un promontoire s’est démasqué derrière celui qui semblait le dernier, et la grande silhouette familière, enfin, est apparue ; la Pointe, l’abrupt éperon aux formidables ébréchures, fumeux dans un fumant brouillard d’embruns. Que cela est solitaire, hors de notre monde humain, étranger à nos durées ! ”
Maurice Wahl, L'Algérie (1889)
“ Les arbres, les gazons, puis les sources, puis la terre végétale, toutes les richesses du sol s'en vont l'une après l'autre; il ne reste plus que le roc chauve voué à la stérilité qu'il projette au loin avec son ombre. ”
Hugues Le Roux,
Les gens d'aujourd'hui : marins et soldats
(1892)
“ Au-dessous du nid il marche, tout debout, le long de la paroi de roc, " comme sur la crête d'un mur. La saillie a bien juste la largeur d'un de ses pieds. Que veut-il faire ? S'accrocher à ces touffes de joncs marins qui, de loin en loin, ont poussé dans le roc ? Il ne va pas susprendre sa vie à ces racines pourries ? – Magloire ! Pas ça... Ah ! Au cri d'horreur de Lisée, le père Martin s'est retourné. – Crédié ! Les racines ont lâché. Le long de la paroi l'homme glisse, avec des pierres qui roulent. Il va se rattraper à ce buisson de ronces... Il l'a manqué... il glisse plus vite... ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ Du sein de ces broussailles, au milieu d’épais fourrés de chênes verts, d’arbousiers et de caroubiers, surgissent aux yeux de l’explorateur des arasements de murs d’enceinte, de tours et de maisons, des décombres de villes ou de forteresses, perchées comme des nids d’aigles sur des cimes élevées, des vestiges de temples, de synagogues et d’églises. Le roc est percé de tombeaux, de citernes, de magasins souterrains, de pressoirs. Il y a là des ruines de toutes les civilisations, depuis l’époque chananéenne jusqu’à la domination des croisés. ”
“ Je continue : Le placer était situé à deux lieues du fleuve, dans une clairière aride où la dent du roc perçait partout sous la terre desséchée. C’était le commencement de la montagne qui allait s’élevant peu à peu, et dont on apercevait les crêtes neigeuses à une large distance. ”
Eugène Bresson, Passion et fanatisme, par Eugène Bresson (1835)
“ Ce roc escarpé qui porte l'homme, qui pense et approfondit ses pensées, a été peut-être cent fois organisé et repétri ; peut-être encore a-t-il fait le tour du monde sous mille formes différentes, pareil aux montagnes séléniteuse set calcaires qui ont voyagé sur toute la surface du globe, armées de cornes, d'ailes ou de lances. ”
G. Sand, et. al., Revue des Deux Mondes
“ Après avoir fait cent cinquante pas dans cette agréable position, tenant chacun une lumière et ôtant bottes et souliers pour ne pas glisser sûr le marbre mouillé et raboteux, nous sommes arrivés au puits naturel, que nous n’avons pas vu malgré tous nos flambeaux, parce que le roc disparaît tout à coup sous les pieds, et l’on ne trouve plus qu’une grotte si obscure et si élevée qu’on ne distingue ni le haut ni le fond. ”
René Vallery-Radot,
La vie de Pasteur
(1900)
“ Jadis, il voyait, sur le penchant des collines, des hommes agiles et robustes briser le roc, établir avec ses débris des murs solidement construits, destinés à supporter une terre fertile mais péniblement préparée, et élever ainsi, jusques au sommet des monts, des gradins échelonnés plantés en mûriers. ”
Delly, Annonciade (1983)
“ Au-dessous d'elles, le roc se creusait en grottes profondes, en gouffres où l'eau clapotait, même à cette heure de la marée basse. Au moment du flux, les vagues mugissaient dans ces sortes d'entonnoirs rocheux et déferlaient avec tant de violence que leurs embruns arrivaient jusqu'à la lande. La côte s'infléchissait un peu. Une sorte de promontoire apparut. Tout à l'extrémité se tassait une vaste construction massive dont la couleur sombre, les murs rugueux se confondaient avec l'assise rocheuse qui la soutenait. ”
