Maurice Rollinat

Élements biographiques

Portrait de Maurice Rollinat Maurice Rollinat,  Les névroses : les âmes, les luxures… (1883)

“ Quand le chagrin, perfide et lâche remorqueur, Me jette en ricanant son harpon qui s'allonge, La Nuit m'ouvre ses bras pieux où je me plonge Et mêle sa rosée aux larmes de mon cœur.
A son appel sorcier, l'espoir, lutin moqueur, Agite autour de moi ses ailes de mensonge, Et dans l'immensité de l'espace et du songe Mes regrets vaporeux s'éparpillent en chœur.
Si j'évoque un son mort qui tourne et se balance, Elle sait me chanter la valse du silence Avec ses mille voix qui ne font pas de bruit;
Et lorsque promenant ma tristesse moins brune, Je souris par hasard et malgré moi, — la Nuit Vole, pour me répondre, un sourire à la lune.
”
Source : Gallica

Portrait de Maurice Rollinat Maurice Rollinat,  Paysages et paysans

“ LA BAIGNEUSE
Le temps chauffe, ardent, radieux ;
Le sol brûle comme une tôle
Dans un four. Nul oiseau ne piaule,
Tout l’air vibre silencieux...
Si bien que la bergère a confié son rôle
À son chien noir aussi bon qu’il est vieux.
Posant son tricot et sa gaule,
Elle ôte, à mouvements frileux,
Robe, chemise, et longs bas bleus :
Sa nudité sort de sa geôle.
Tout d’abord, devant l’onde aux chatoiements vitreux
Elle garde un maintien peureux,
Mais enfin, la chaleur l’enjôle,
Elle fait un pas et puis deux...
Mais si l’endroit est hasardeux ?
Si l’eau verte que son pied frôle
Allait soudainement lui dépasser l’épaule ?
”
Source : Wikisource

Portrait de Maurice Rollinat Maurice Rollinat,  Les Névroses

“ Toujours la longue faim me suit comme un recors ;
La ruelle sinistre est mon seul habitacle ;
Et depuis si longtemps que je traîne mes cors,
J’accroche le malheur et je bute à l’obstacle.
Paris m’étale en vain sa houle et ses décors :
Je vais sourd à tout bruit, aveugle à tout spectacle ;
Et mon âme croupit au fond de mon vieux corps
Dont la pâle vermine a fait son réceptacle.
Fantôme grelottant sous mes haillons pourris,
Épave de l’épave et débris du débris,
J’épouvante les chiens par mon aspect funeste !
Je suis hideux, moulu, racorni, déjeté !
Mais je ricane encore en songeant qu’il me reste
”
Source : Wikisource

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature