“ Depuis le Mikado jusqu’au plus modeste paysan, en passant par le boutiquier de Tôkyô, il n’est pas un Japonais qui n’ait écrit ses trente et un vers ou ses dix-sept vers sur la lune, la neige, les fleurs. Pendant les loisirs que laisse la culture du riz, le paysan dessine ; lorsque les pruniers ou les cerisiers sont en fleurs, les gens de toute classe, sous la neige des pétales que détache le vent aigre du printemps, composent des vers qu’ils suspendent aux branches. L’art, pas plus que l’émotion de nature, n’est réservé à une élite : c’est un domaine banal. ”
Louis Aubert
Élements biographiques
Louis Aubert, auteur engagé dans une réflexion transculturelle, explore avec acuité les rapports entre les sociétés japonaise et occidentale, notamment dans Américains et Japonais et Paix japonaise. Son œuvre met en lumière une vision de l’art comme pratique universelle, partagée par toutes les strates de la société, à travers des descriptions poétiques de la nature et des traditions esthétiques.
En combinant analyse sociologique et sensibilité artistique, Aubert dénonce les préjugés raciaux tout en célébrant l’harmonie entre l’individu et l’environnement, illustrée par ses réflexions sur l’estampe japonaise et la spiritualité naturelle.
Citations de Louis Aubert
Louis Aubert, Américains et Japonais (1908)
“ C'est devenu le dogme des Blancs du Sud, leur plus haut idéal de vie de maintenir contre le contact et la poussée du Noir, leur type physique, moral et intellectuel, — ce type physique qu'ils assainissent et embellissent par le sport, ce type moral et intellectuel de citoyen d'une libre démocratie qu'ils ne cessent d'exalter. Tout mariage, tout commerce entre Blancs et Noirs est condamné : le viol d'une Blanche par un Nègre, c'est le crime suprême que non seulement les lois, mais les pires supplices ne peuvent suffisamment faire expier. ”
Louis Aubert, Les Maîtres de l'estampe japonaise… (1914)
“ Le plus humain des deux, c'est peut-être encore le Fuji, au moins fait-il semblant de s'intéresser à notre pauvre vie. C'est peut-être que Hokusaï, en même temps qu'il l'auréolait de sagesse, lui a prêté un peu de sa curiosité. La vie est belle : métiers, profils de pagodes, fêtes sous les arbres en fleurs, hommes, nuées, oiseaux, fantoches, toiles d'araignée, tout l'univers vaut qu'on le contemple. Il faut se hausser pour dominer la vie, s'y mêler, puis se reprendre, s'environner de solitude, de silence, et rêver, afin de mieux voir. ”
