“ La Déroute, sans répondre, renversa la corbeille. – N’y touchez pas ! s’écria-t-il enfin ; cette corbeille maudite vient de M. de Charny. Ce nom terrible fit passer l’effroi dans l’âme de Suzanne. Geneviève pâlit horriblement et tomba sur son siège. Claudine, qui s’en aperçut, s’élança vers l’abbesse. – Oh ! que je souffre ! murmura-t-elle, les deux mains sur sa poitrine. Suzanne et Claudine se sentirent froid au cœur. – De l’eau, donnez-moi de l’eau, répéta Geneviève ; j’ai du feu dans le corps. Son visage devint livide. La Déroute vit par terre l’écorce d’une orange et comprit tout. ”
Amédée Achard
Élements biographiques
Louis Amédée Achard (1814-1875), romancier et dramaturge français, incarne la fécondité créative d’un écrivain engagé dans les enjeux sociaux et amoureux de son époque. Né à Marseille, il combine journalisme, théâtre et roman, affirmant un style marqué par l’intrigue captivante et l’analyse psychologique des femmes.
Son œuvre, notamment La Cape et l’Épée (1875), célèbre ses récits de cape et d’épée, tout en explorant les conflits entre ambition et fragilité. Admiré par Alexandre Dumas, Achard laisse une empreinte durable dans la littérature du XIXe siècle, à travers une quarantaine de romans et une dizaine de pièces, souvent imprégnés de mélodrame et de réflexion éthique.
Citations de Amédée Achard
Amédée Achard,
Les campagnes d'un roué
(1877)
“ Si peu femme qu'on soit, on l'est toujours par certains côtés. Les plus désabusées par les agitations les plus décevantes et les plus corrosives, gardent dans un petit coin du cœur quelque chose de féminin qui les fait encore sourire ou soupirer. C'est l'amour-propre qui s'irrite, ou l'espérance qui s'éveille, ou la coquetterie qui bat de l'aile. On naît femme, on meurt femme. — Mais si vous ne m'aimez pas, pourquoi cette association? dit la Madone. — Parce que, si je ne vous aime pas, je hais le fils de Jacques Bernard. Surprise de l'accent nerveux de sir William, la Madone frissonna. ”
Amédée Achard,
Revue des Deux Mondes
“ Tu es belle, avec quelque chose de joyeux où la franchise éclate ; tu as la voix séduisante, les yeux pleins de flammes : quelqu’un te verra et t’aimera. Un jour tu te marieras. Que deviendrai-je alors ? Cette pensée que tu quitteras La Grisolle, que tu m’oublieras, m’a donné le frisson. — Mais toi-même... penses-tu ne jamais te marier ? — Oh ! moi,... on ne m’a jamais vue ; je suis dans ton ombre ! Quelque chose de chaud et de pénétrant envahit le cœur de Marthe. Elle enveloppa Marie de ses bras. — Va, mon enfant, compte sur moi ! ”
