“ La Déroute, debout à la poupe de la barque, ôta son chapeau et salua le brigadier d’un éclat de rire. Bouletord regarda autour de lui ; aucune barque n’était là. Ses hommes à cheval l’entouraient, allant et venant éperdus. Bouletord vit un mousquet aux mains de l’un d’eux, il l’arracha et coucha en joue le bateau fugitif. La silhouette noire des trois passagers se dessinait sur l’horizon, où le soleil venait de disparaître comme un roi dans un lit de pourpre et d’or. ”
Citations sur “Bouletord”
Amédée Achard,
Belle-Rose
(1847)
“ Bouletord gagnait de l'espace à chaque bond. On le voyait au clair de lune courir le pistolet au poing et la bride aux dents, fouettaht son cheval du plat de son épée. Entre Bouletord et ses archers, il y avait une centaine de pas de distance. La Déroute et Grippard, qui marchaient ensemble, formaient en quelque sorte l'arrière-garde des fuyards. Comme ils sortaient d'un petit bois, la Déroute vit dans la plaine les grandes murailles blanches d'une abbaye dont le clocher se dessinait sur le ciel pâle. ”
Amédée Achard,
Belle-Rose
(1847)
“ Tour à tour les fugitifs regardaient la mer, où était leur salut, et Bouletord qui bondissait à leur poursuite. Bouletord avait vu le carrosse l'action des voyageurs les avait fait reconnaître au moment où Belle-Rose et Cornélius partirent au galop, un cri de rage jaillit des lèvres du brigadier; il enfonça ses éperons sanglants dans le ventre de son cheval et dépassa toute sa troupe d'un bond. ”
“ La Déroute tourna ses batteries d’un autre côté. La prouesse de Bouletord, qui l’avait mis si avant dans la faveur du ministre, devait peut-être le rendre le messager des commissions intimes. La Déroute fit si bien, qu’il découvrit promptement le maréchal des logis, et ne le quitta plus. Durant trois jours, il parcourut la moitié de Paris, ramassant la boue sur les talons de Bouletord ; mais Bouletord, qui s’arrêtait un peu partout, ne s’arrêtait devant aucun couvent. ”
Amédée Achard,
Belle-Rose
(1847)
“ A cette vue, Bouletord, qui devina l'intention des fugitifs, poussa un cri de rage, et piquant son cheval de la pointe de son épée, le lança ventre à terre. Ses archers l'imitèrent leur troupe rapide semblait dévorer le sentier. La Déroute mesura du regard la distance qui s'étendait entre BelleRose et l'abbaye elle était telle que Bouletord devait atteindre le capitaine avant qu'il l'eût franchie. Les chevaux des fugitifs trébuchaient à chaque élan. ”
“ Belle-Rose le regarda. – Oh ! reprit le caporal, ceci est dans les mœurs du régiment ! On a voulu vous tâter. Bouletord est un tâteur : Quand une recrue arrive au corps, un soldat le provoque ; tout sert de prétexte en pareille circonstance ; il lui donne ou il en reçoit un coup d’épée. Si la recrue se bat bien, il n’a plus rien à craindre, qu’il soit vainqueur ou vaincu ; mais, s’il a peur, il est perdu. ”
“ On but, et les questions allèrent leur train. Au milieu de son étourderie, Christophe était un garçon probe et honnête. Se voyant interrogé, il comprit tout de suite qu’il en avait déjà trop dit ; il se tut, vida son verre, remonta à cheval et partit. Mais Bouletord conclut du connu à l’inconnu. Si l’on achetait des chevaux, c’est qu’on voulait fuir, et si l’on voulait fuir, c’est qu’on avait l’espoir d’enlever la captive. Bouletord se frotta les mains et courut tout raconter à Grippard. ”
“ Si Bouletord est un agneau pour l'intelligence, cet agneau a des oreilles. Au prochain relais, on lui dira qu'on n'a vu ni carrosse ni cavalier, il retournera sur ses pas, et il nous surprendra au beau milieu de la route; ce serait mal finir ce qu'on a bien commencé.—La Déroute a raison, dit Belle-Rose: laissons courir Bouletord et poussons sur la gauche.Or, après l'évasion de Belle-Rose aux environs de Villejuif, voici ce qui était arrivé: on sait que l'exempt et ses deux acolytes étaient restés dans la voiture, dont les portières avaient été soigneusement cadenassées. ”
“ Les nouveaux venus avaient la mine d’honnêtes gens qui ne demandaient qu’à les secourir ; mais l’exempt et le garde, tirés de la chaise par leurs soins, furent à l’instant même garrottés et bâillonnés. Quant à Belle-Rose, il aidait Cornélius, qui n’était autre que l’homme au chariot, à se rendre maître de Bouletord. ”
“ Eh! eh! reprit le soldat en apercevant Belle-Rose, nous ne sommes pas seuls! La compagnie fait peur à l'amour. Eh! l'ami, retournez-vous donc un peu, qu'on vous regarde!Belle-Rose tressaillit au son de cette voix qui ne lui était pas inconnue. Il appuya une main sur la fenêtre, se retourna, et reconnut Bouletord, Bouletord qui était passé de l'arme de l'artillerie dans la maréchaussée à pied, où il avait vaillamment gagné les galons de brigadier. ”
“ Ainsi, de village en village, Bouletord était arrivé sur la route de Saint-Denis.—Ils vont en Angleterre! se dit-il, et il se jeta sur leurs traces.La commission, signée du ministre et scellée du sceau de l'État, le faisait obéir de la maréchaussée; il prenait des hommes dans chaque ville et les quittait à la ville prochaine. L'accident de Belle-Rose et celui de Cornélius lui firent rattraper le terrain qu'ils avaient d'abord gagné. A Cormont, Bouletord atteignit les fugitifs; on a vu comment il les avait dépassés. ”
Amédée Achard,
Belle-Rose
(1847)
“ Le brave caporal estimait dans son for intérieur que l'entreprise ne laissait pas d'être très périlleuse. Bouletord était en permanence autour du couvent avec sept ou huit drôles armés jusqu'aux dents, qui s'amusaient à regarder tous les passants sous le nez. Il y avait dans une écurie de la rue Saint-Maur une demi-douzaine de chevaux tout sellés et bridés en cas d'alerte, et le guet ne se reposait ni jour ni nuit. S'il ne s'agissait que de ma peau, ce ne serait rien, disait le soldat en forme de péroraison, mais' j'ai peur des galères. ”
Amédée Achard,
Belle-Rose
(1847)
“ Bouletord, sans répondre, saisit un mousquet, ouvrit la fenêtre et fit feu. La balle fit sauter l'écorce d'un saule à dix pas de Belle-Rose. Pauvre garçon dit l'hôtesse, comme il court Mais dépêchez-vous donc cria Bouletord à ses gens. C'est notre déserteur. S'il nous échappe, il nous vole dix louis. La maréchaussée se jeta sur les traces du fuyard mais la maréchaussée était embarrassée de ses buflieteries et Belle-Rose gagnait du terrain. De la fenêtre où elle s'était accoudée, la cabaretière assistait à cette chasse improvisée. Au lieu d'un cerf, c'était un homme qu'on courait. ”
“ Malheureusement l’homme au chariot n’était pas d’humeur à se rendre sans résistance ; il répondit par un coup de poing si rude, que Bouletord roula par terre. Aussitôt la Déroute poussa ses chevaux avec tant d’adresse, que la roue donna contre l’arbre et la chaise versa du côté de l’exempt, dont Belle-Rose se fit un marchepied pour sortir du carrosse. Quatre ou cinq hommes qui semblaient surgir de terre s’élancèrent sur le chemin et coururent à la voiture comme pour aider la Déroute à la relever. ”
Amédée Achard,
Belle-Rose
(1847)
“ Tu as tué Belle-Rose s'écria-t-il. Oh quand je dis tué, je n'en suis pas tout à fait sûr mais il doit être mort à l'heure qu'il est. Je lui ai mis une balle, tiens, là, ajouta Bouletord en appuyant le doigt sur le justaucorps de Grippard. Voilà ce qu'on gagne, continua Bouletord, qui prenait le silence de son camarade pour de l'admiration, voilà ce qu'on gagne à lutter contre nous autres. L'homme est à peu près mort et la femme a son affaire. ”
Jacques Boulenger, Le Saint Graal
“ Comme il sortait de la messe, passée l’heure de tierce, il trouva Lancelot qui revenait, en compagnie de Bohor, de l’abbaye de la forêt où il avait adoubé son fils Galaad, ainsi que le conte l’a rapporté. À tous trois, le roi fit joie, puis il commanda de mettre les tables, car à son avis il était grand temps de manger. — Sire, dit Keu le sénéchal, nous avons toujours vu qu’aux grandes fêtes vous ne vous asseyiez point à votre haut manger avant qu’une aventure fût advenue en votre maison : à faire autrement, aujourd’hui, vous enfreindriez la coutume. ”
Stella Austin, Boulotte (1885)
“ Quand vous irez tous courir au jardin, quand vous vous balancerez, quand vous jouerez ensemble, le pauvre Pierre ne pourra jamais se joindre à vous. Et quand vous irez ramasser des noix, cueillir des mûres ou chercher des violettes ; quand tes frères lanceront un cerf-volant, quand ils joueront au cricket ou aux barres, Pierre ne pourra que regarder, il n'ira que là où on le portera. Oh ! Boulotte, ma chérie, pense à ce que souf- fre Pierre en ce moment, pense surtout, ma chère petite, que c'est pour toi et à ta place qu'il le souffre. ”
Florentin Lefils, Histoire de Montreuil-sur-mer et de son château… (1860)
“ Partout on trouve des traces de la guerre ; si on creuse le sol , on en retire des projectiles de toutes les sortes ; des boulets ont été trouvés sous les remparts de la porte de Boulogne ; en travaillant dans la rue du Thorin , il y a peu d' années , les ouvriers en retirèrent des boulets de quarante-huit en quantité et d' autres moins gros ; on en retrouve dans les marais sur tous les points qui entourent la place : on remarque ceux des Anglais , à leur poli ; d' autres sont bruts ”
René Boylesve,
Le bel avenir
(1918)
“ Madame Chef-Boutonne en eut de belles à narrer, au retour de Bretagne! Il s’agissait bien d’Hilaire Lepoiroux!... Paul était débauché.Paul était débauché par les soins d’une cabotinette de Paris qui vous l’avait pris au sortir du bain, positivement, pour ne plus le lâcher que dénaturé, transfiguré, retourné bout pour bout: un autre homme. Un autre homme: il avait vendu ses titres de rente; un autre homme: il ne travaillait plus; un autre homme: il avait écrit à Beaubrun, son beau-frère, pour lui emprunter huit mille francs... ”
Stella Austin, Boulotte (1885)
“ Dans ce cas-là, Boulotte pince fortement ses lèvres et elle prend ce que Bertie appelle « son air raide ». « Raide », quand il s'agit de Boulotte, doit se traduire par « entêté ». — « Pierre est bien propre à présent, Boulotte, lui dit un jour Bertie, et il n'est ni affreux ni méchant; ce n'est plus un mendiant, il travaille et gagne bien sa vie; pourquoi te déplaît-il ? Il est si bon! il fait tout ce que nous voulons. Tu l'aimerais si tu causais avec lui. Essaye d'aimer Pierre, je t'en prie, Boulotte. Pourquoi ne veux-tu pas aimer Pierre? » ”
Jésuites et imprimeurs de Trévoux, Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ BOULEVART. s. m. (Quelques-uns écrivent Boulevard) terme d’ancienne fortification, synonyme avec bastion, qui est seul en usage aujourd’hui dans l’art militaire. Voyez Bastion. À Paris on appelle Boulevart, le terrein du grand Bastion de la Porte saint Antoine ; & cette partie a donné le nom à tout le rempart, c’est-à-dire à cette promenade plantée d’arbres autour de la Ville. Se promener sur le Boulevart. C’est là que les Bâteleurs, les Farceurs, les Histrions de toute espèce, amusent ce qu’on appelle la bonne companie, & la populace. ”
Stella Austin, Boulotte (1885)
“ On entend dans le bois les cris aigus de Boulotte; et, d'en bas, les autres enfants joignent leurs cris aux siens en appelant au secours. Phil et Ally sont à genoux à côté de Pierre, et s'efforcent, de leurs mains tremblantes, de soulever le bloc qui écrase ses jambes. Pierre est immobile! Est-il évanoui? Est-il mort? Tout le monde arrive en courant. James, Thomas et Suzanne d'un côté, nounou et Bertie de l'autre. Eddy est resté seul pour relever Boulotte, car un coup d'œil a suffi à nounou pour voir que Boulotte n'a pas grand mal. ”
Francis Jammes,
Feuilles dans le vent
“ Sachez-le, tout autant qu’un autre je saurai traîner mon boulet, et un boulet d’autant plus pesant que c’est ma sensibilité qui le meut. Mais si je fouille au fond de ma conscience, dans cette caverne où l’homme aime peu à descendre et à faire de la lumière, si je scrute le coin le plus reculé, ce n’est point que j’aie peur du boulet à traîner, mais c’est l’immense remords que ce boulet ne soit pas une croix à porter. LE DIRECTEUR Il va être midi. Il faut toujours poser votre parapluie là-dedans. ”
René Boylesve,
Le bel avenir
(1918)
“ M. Chef-Boutonne, le papa, n’aimait que la peinture militaire.Il dit à madame Dieulafait d’Oudart:—Moi, j’aurais fait de lui un cuirassier.—De qui? lui demanda sa femme.—Je parle du jeune Alex: il est bâti!...—L’intelligence, d’ailleurs, dit madame Chef-Boutonne, joue aussi un grand rôle dans la guerre moderne... Paul, raconte-nous donc l’épisode des manœuvres de l’Ouest.Paul raconta l’épisode des manœuvres de l’Ouest, qui n’indiquait pas qu’il eût le moins du monde fait preuve d’intelligence, mais qui ramenait l’attention sur lui. ”
“ Au pas d'une petite jument grise, qui était douce comme un agneau, Cadoudal nous promena dans la ville et sur la levée de la Loire. On voyait de longs sables jaunes qui s'étiraient en pâlissant jusqu'à l'horizon, léchés par une eau langoureuse, entre des peupliers fatigués par l'automne. On avait fait sauter le pont durant la guerre, et ces arches, ouvertes au-dessus du lit immense et à demi déserté du fleuve, attristaient encore la lassitude ou l'épuisement du paysage.—Et ça s'emplit tout d'un coup, disait l'oncle Goislard: l'eau vous arrive au galop, comme de la cavalerie... ”
Stella Austin, Boulotte (1885)
“ « Sotte éponze, dit Boulotte, sotte éponze, pourtoi te tu as pas ré- veillé Bertie? » Et elle jette l'éponge dans la baignoire. Boulotte se sent un peu calmée après avoir fait cette exécution. Naturellement, l'éponge n'a rien dit, mais elle s'enfonce peu à peu dans l'eau. C'est pour se garer des atteintes de Boulotte. La petite fille est très mécontente, elle ne peut résister à la tentation de la repêcher; elle se penche; elle se penche trop, perd l'équilibre et tombe la tête la première dans la baignoire. ”
René Boylesve,
Le bel avenir
(1918)
“ Madame Chef-Boutonne sourit finement et dit:—Rapportez-vous-en, ma belle, à mon expérience.—Je parierais, fit la concierge, que madame a aussi, elle, un beau jeune homme!Et elle contemplait Alex avec admiration.La mère du jeune Paul pinça les lèvres et dit:—J’en ai un qui est travailleur.Madame d’Oudart prit pour elle ce que la riposte avait d’amer.Madame Chef-Boutonne emmena dîner les nouveaux venus à Meudon. Paul était absent; on n’était qu’à la mi-septembre: Paul voyageait en Allemagne.—En Allemagne!... et tout seul?...—Tout seul. Oh! c’est un homme! ”
Henri Meilhac,
Théâtre de Meilhac et Halévy
“ BOULOTTE, faisant la révérence. Pour déjeuner ?... mais je vous offrirai tout ce que vous voudrez, mon bon seigneur ! POPOLANI. Je la reconnais bien là... (Ritournelle.) Voici les jeunes filles, et avec elles tout le village. Les paysans et paysannes entrent de droite et de gauche. — Parmi eux est le greffier, muni de papiers, plume et encre. — Boulotte va s’asseoir sur le banc devant la cabane de Saphir. — Pendant le chœur suivant, le comte Oscar examine les jeunes filles. ”
William Little Hughes, Les bébés d'Hélène (1879)
“ Boulot se mit d'abord à gambader autour de moi, selon sa coutume; puis, lorsqu'il eut remarqué que je ne lui adressais pas la parole, son allure devint moins joyeuse. — Tu as embrassé ce pauvre Joseph comme un papa, me dit-il tout à coup. Tu voudrais bien avoir un petit garçon à toi, n'est-ce pas? — Non. J'aimerais mieux une petite fille, répondis-je un peu sèchement. Les enfants sont plus perspicaces qu'on ne le croit en général; Boulot, après m'avoir d'abord regardé d'un air surpris, s'écria : — Oncle Georges, je devine pourquoi tu me dis ça. ”
Stella Austin, Boulotte (1885)
“ Nounou écoute; le bruit cesse ; mais son regard s'étant porté par hasard du côté du lit de Boulotte, elle s'aperçoit que ce lit est vide. Les quatre airs sont joués ; la boîte à musique est remise à sa place ; c'est une Boulotte à bout de forces qui traîne péniblement dans l'escalier ses pauvres petites jambes glacées. La robe de nuit de Boulotte, toute trempée, est collée sur son corps ; ses cheveux mouillés sont complètement défrisés, et ses yeux se ferment malgré elle à chaque marche qu'elle descend. Ils sont si peu ouverts que Boulotte ne voit pas nounou qui vient à sa rencontre. ”
