Jacques Boulenger

Résumé

Jacques Boulenger Le Saint Graal

Messire Gauvain regarda celui qui le conseillait ainsi, et, le voyant si prud’homme, il lui avoua tout ce dont il se sentait coupable envers Notre Seigneur, et d’abord qu’il ne s’était pas confessé depuis quatorze ans.
— Sire, lui dit le prêtre, quand vous reçûtes l’ordre de chevalerie, ce ne fut point pour devenir le serviteur de l’Ennemi, mais pour que vous fussiez le champion de Dieu et rendissiez à votre Créateur le trésor qu’il vous avait donné à garder : c’est votre âme. Et voilà que votre vie a été la plus mauvaise et la plus souillée qu’un chevalier ait jamais menée !
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Jacques Boulenger Le Saint Graal

Lancelot hésitait : c’est qu’il ne voulait confier à personne ses amours avec la reine. Il soupirait du tréfonds de son cœur, incapable de parler, ne l’osant, quoiqu’il le désirât : tel celui qui est plus couard que hardi. Mais le prêtre l’exhortait si bien à se débarrasser du poids de son erreur, lui promettant la vie éternelle s’il l’avouait et les peines de l’enfer s’il la cachait, qu’enfin Lancelot commença de confesser la vérité.
— Sire, mon péché, c’est d’avoir aimé une dame toute ma vie : la reine Guenièvre, femme de monseigneur le roi Artus.
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Jacques Boulenger Le Saint Graal

Ce disant, messire Gauvain mit lance sur feutre et s’élança, bruyant comme alérion, tandis que l’inconnu s’adressait à sa rencontre. Tous deux poussèrent leurs lances et les appuyèrent de telle force que les sursangles, les sangles, les bricoles, les arçons rompirent et qu’ils se portèrent à terre, la selle entre les cuisses, si rudement que le cœur leur en pensa éclater. Mais, aussitôt qu’ils purent, ils se relevèrent et se coururent sus, l’épée nue. De son premier coup, le chevalier fendit l’écu jusqu’à la boucle et atteignit le heaume dont il fit sauter les fleurons et les pierreries.
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