“ La Déroute, sans répondre, renversa la corbeille. – N’y touchez pas ! s’écria-t-il enfin ; cette corbeille maudite vient de M. de Charny. Ce nom terrible fit passer l’effroi dans l’âme de Suzanne. Geneviève pâlit horriblement et tomba sur son siège. Claudine, qui s’en aperçut, s’élança vers l’abbesse. – Oh ! que je souffre ! murmura-t-elle, les deux mains sur sa poitrine. Suzanne et Claudine se sentirent froid au cœur. – De l’eau, donnez-moi de l’eau, répéta Geneviève ; j’ai du feu dans le corps. Son visage devint livide. La Déroute vit par terre l’écorce d’une orange et comprit tout. ”
Amédée Achard
Résumé
« Belle-Rose », roman d'Amédée Achard publié en 1847, explore les enjeux d'amour et d'honneur au XVIIe siècle. Jacques, soldat devenu Belle-Rose, et Suzanne, contrainte par son père à un mariage politique, traversent un destin tragique marqué par l'opposition sociale, les luttes militaires et les épreuves conjugales.
Le récit, mêlant aventure et passion, dépeint une quête de rédemption et de justice, illustrée par des scènes dramatiques comme l'évasion du couvent ou la confrontation avec le poison. L'œuvre, à la croisée de la romance et de l'histoire, souligne l'impact des structures de pouvoir sur les choix individuels.
Citations de Belle-Rose (Amédée Achard)
“ Mais de quel crime parlez-vous, monseigneur, et quel crime ai-je donc commis ? s’écria Suzanne indignée, et qui sentait dans sa conscience et dans son amour assez de force pour tout braver. Je ne sais qu’un crime dans tout ceci, un seul, et celui-là a été commis dans la Bastille, la nuit, sans jugement, sur la personne d’un officier innocent. Or cet officier est mon fiancé, on s’est acharné à le perdre, on veut l’enterrer vivant dans une prison d’État, l’y faire mourir peut-être, et moi, l’amie de tous les siens, la compagne de son enfance, et bientôt sa femme ! ”
“ Je vis dans ma maison comme dans un cloître... Je prie et je pleure... je suis dans le monde comme si le monde n'existait pas... Ma vie s'écoule entre Dieu que j'invoque et un malade que je console... Je n'ai ni joie, ni repos, ni contentement!... Je me suis fait du mariage un tombeau, et vous dites que je ne l'aime pas!Jamais Suzanne n'avait parlé avec cette exaltation; Geneviève la regardait avec surprise et se sentait touchée jusqu'aux larmes à l'aspect de ce visage où se reflétaient tous les tourments et tous les sacrifices d'une âme un instant dévoilée. Geneviève tomba sur ses genoux. ”
