“ Richelieu, les bras croisés, regardait avec plaisir son capucin interdit, et poursuivit du ton persifleur d’un grand seigneur qu’il prenait quelquefois, se plaisant à faire passer les plus nobles expressions par les lèvres les plus impures : — Voyons, Joseph, fais-moi une définition de l’amour selon tes idées. Qu’est-ce que cela peut être ? car, enfin, tu vois que cela existe ailleurs que dans les romans. Ce bon jeune homme n’a fait toutes ces petites conjurations que par amour. Tu l’as entendu toi-même de tes oreilles indignes. Voyons, qu’est-ce que l’amour ? ”
Alfred de Vigny
Résumé
Cinq-Mars, roman historique d’Alfred de Vigny publié en 1826, s’inspire du complot réel du marquis d’Effiat contre Richelieu sous Louis XIII. À travers les machinations de Cinq-Mars et ses alliés, l’œuvre examine les conflits entre ambition individuelle, autorité politique et idéalisme, en entrelaçant fiction et histoire.
Défiant les jugements, Vigny justifie ses libertés narratives dans sa préface. Adapté en opéra par Gounod, le roman marqua l’art visuel et scénique de son temps, illustrant une période de conflits et de révoltes idéologiques.
Citations de Cinq-Mars (Alfred de Vigny)
“ Quand vous serez roi, vous serez un grand roi, j’en ai le pressentiment; mais vous n’aurez que des sujets et point d’amis, car l’amitié n’est que dans l’indépendance et une sorte d’égalité qui naît de la force. Vos ancêtres avaient leurs pairs, et vous n’aurez pas les vôtres. Que Dieu vous soutienne alors, monseigneur, car les hommes ne le pourront pas ainsi sans les institutions. Soyez grand; mais surtout qu’après vous, grand homme, il en vienne toujours d’aussi forts; car, en cet état de choses, si l’un d’eux trébuche, toute la monarchie s’écroulera. ”
“ Adieu, je vais vivre sans nation désormais ; tous les hommes sont mes ennemis. Continue, Joseph, et tu me vaudras bientôt. Oui, tu m’as vu autrefois, continua-t-il en le poussant violemment par la poitrine et le renversant... je suis Jacques de Laubardemont, fils de ton digne ami. À ces mots, sortant brusquement de la tente, il disparut comme une apparition s’évanouirait. De Thou et les laquais, accourus à l’entrée, le virent s’élancer en deux bonds par-dessus un soldat surpris et désarmé, et courir vers les montagnes avec la vitesse d’un cerf, malgré plusieurs coups de mousquets inutiles. ”
