Résumé

Portrait de Amédée Achard Amédée Achard Les Récits d’un soldat

A mon arrivée à Châlons, la gare et les salles d’attente, les cours, les hangars, étaient remplis d’écloppés et de blessés couchés par terre, étendus sur des bancs, s’appuyant aux murs. Là étaient les débris vivans des meurtrières rencontres des premiers jours : dragons, zouaves, chasseurs de Vincennes, turcos, soldats de la ligne, hussards, lanciers, tous hâves, silencieux, mornes, traînant ce qui leur restait de souffle. Point de paille, point d’ambulance, point de médecins. Ils attendaient qu’un convoi les prît. Des centaines de wagons encombraient la voie.
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J’avais oublié Bougival et les promenades faites en canot en d’autres temps pour ne plus m’occuper que des obus : ils sifflaient l’un après l’autre et continuaient à tomber tantôt plus loin, tantôt plus près. Cette immobilité à laquelle nous étions tous condamnés est l’une des choses les plus insupportables qui se puissent imaginer. Elle constitue, je le sais, l’une des vertus essentielles de toute armée, la constance et le sang-froid dans le péril; mais quelle anxiété et surtout quelle irritation! Les nerfs se prennent, et l’on a sous la peau des frissons qui ne s’effacent que pour revenir.
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Prussiens et Français, nous étions tous en embuscade. Je n’avais qu’un petit nombre de cartouches, et je les ménageais. Mes camarades et moi, nous n’échangions que de rares monosyllabes. Les yeux, les oreilles, les pensées, l’âme et le cœur, tout appartenait à la bataille. On voulait tuer, tuer encore, toujours tuer. Du bout du fusil, on cherchait sa proie; on avait des joies subites et des sourires nerveux quand un corps tombait et augmentait la ceinture de cadavres qui bordait la palissade.
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