“ Et en lisant, les yeux brouillés de larmes, il se rappelait la même scène rue de l’Arcade, la douleur de l’amant congédié, la lettre glissée sous la porte, et le rire sans cœur de Fanny. Elle l’aimait donc plus qu’il n’aimait Irène ! Ou bien est-ce que l’homme, plus mêlé que la femme au combat des affaires et de la vie, n’a pas comme elle l’exclusivisme de l’amour, l’oubli et l’indifférence de tout ce qui n’est pas sa passion, absorbante et unique ? Cette torture, ce mal de pitié dont il souffrait, ne s’apaisait qu’auprès d’Irène. ”
Alphonse Daudet
Élements biographiques
Alphonse Daudet (1840-1897), écrivain et dramaturge français, s’impose comme une figure importante de la littérature du XIXe siècle, célèbre pour ses récits à la fois poétiques et sociaux.
À travers des œuvres comme Lettres de mon moulin, Le Petit Chose ou Tartarin de Tarascon, il explore avec finesse les paradoxes de la vie provinciale, les fragilités humaines et les tensions entre tradition et modernité. Son style, marqué par une veine réaliste et une sensibilité lyrique, allie conte, roman et théâtre pour dépeindre un monde où les destins individuels s’entrelacent aux enjeux collectifs.
Citations de Alphonse Daudet
Alphonse Daudet,
Lettres de mon moulin
(1887)
“ Jamais le ciel ne m’avait paru si profond, les étoiles si brillantes... Tout à coup, la claire-voie du parc s’ouvrit et la belle Stéphanette parut. Elle ne pouvait pas dormir. Les bêtes faisaient crier la paille en remuant, ou bêlaient dans leurs rêves. Elle aimait mieux venir près du feu. Voyant cela, je lui jetai ma peau de bique sur les épaules, j’activai la flamme, et nous restâmes assis l’un près de l’autre sans parler. Si vous avez jamais passé la nuit à la belle étoile, vous savez qu’à l’heure où nous dormons, un monde mystérieux s’éveille dans la solitude et le silence. ”
Alphonse Daudet,
Tartarin sur les Alpes
(1885)
“ Il t’arracha des mains du guide, ô bannière tarasconnaise, te fit flotter deux ou trois fois ; puis, enfonçant son piolet dans la neige, s’assit sur le fer de la pioche, bannière au poing, superbe, face au public. Et, sans qu’il s’en aperçût, par une de ces répercussions spectrales fréquentes aux cimes, pris entre le soleil et les brumes qui s’élevaient derrière lui, un Tartarin gigantesque se dessina dans le ciel, élargi et trapu, la barbe hérissée hors du passe-montagne, pareil à un de ces dieux scandinaves que la légende se figure trônant au milieu des nuages. ”
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