“ Ce n’était plus l’amant qui suppliait, c’était un enfant à qui Roudic avait servi de père et pour qui toute la maison n’avait que des gâteries. Elle pleurait avec lui, la pauvre femme, mais sans vouloir céder. À travers ses larmes, elle continuait à dire : « Non... non... cela ne se peut pas, » en se cramponnant aux mêmes mots comme un noyé à l’épave qu’il a saisie et qu’il serre dans ses mains crispées. Soudain il se leva : — Tu ne veux pas ?... Alors, c’est bon. Je sais ce qu’il me reste à faire. Adieu, Clarisse. Je ne survivrai pas à ma honte. ”
Alphonse Daudet
Résumé
Alphonse Daudet, dans Jack, explore les tensions entre amour, ambition et destin à travers les parcours entrelacés de personnages comme Jack, Argenton, Charlotte ou Bélisaire. L’œuvre, marquée par des scènes émouvantes et des dialogues percutants, dépeint des relations complexes, des conflits sociaux et des dilemmes moraux.
Les thèmes de l’art, de la classe ouvrière et des illusions nobiliaires traversent le récit, illustré par des extraits où l’émotion et la critique sociale s’entrelacent. L’œuvre, publiée en 1878, reste un miroir des enjeux humains et des paradoxes de l’époque.
Citations de Jack (Alphonse Daudet)
“ Le recteur ne s’était pas trompé. Madame la comtesse Ida de Barancy était une comtesse pour rire. Elle ne s’appelait pas de Barancy, peut-être pas même Ida. D’où venait-elle ? Qui était-elle ? Qu’y avait-il de vrai dans toutes ces histoires de noblesse dont elle était obsédée ? Personne n’aurait pu le dire. Ces existences compliquées ont des fortunes si diverses, tant de dessous, un passé si long et si accidenté, qu’on n’en connaît jamais que le dernier aspect. On dirait ces phares tournants qui ont de longues alternatives d’ombre entre les éclats intermittents de leur feu. ”
“ « Ici le dortoir ! » avait dit le mulâtre sans hésiter. — « Ce sera peut-être un peu humide... » hasarda doucement madame Moronval. Il ricana : — « Nos petits pays chauds seront au frais... » Raisonnablement il y avait de la place pour dix lits ; on en installa une vingtaine, avec un lavabo au fond, un méchant tapis sous la porte, et ce fut le dôtoi, comme il disait. Pourquoi pas, après tout ? Un dortoir est un endroit où l’on dort. Eh bien ! les enfants y dormaient malgré la chaleur, le froid, le manque d’air, les bêtes, le bruit de la pompe, et les furieux coups de pied des chevaux. ”
