“ Rien n’existait que Paris, et encore, dans Paris, il n’existait qu’un horizon, la pointe de la Cité, cette vision qui le hantait toujours et partout, ce coin unique où il laissait son cœur. Dans le wagon, Sandoz, en le voyant nerveux, les yeux à la portière, comme s’il eût quitté pour des années la ville peu à peu décrue et noyée de vapeurs, s’efforça de l’occuper et lui conta ce qu’il savait de la situation vraie de Dubuche. D’abord, le père Margaillan, glorieux de son gendre médaillé, l’avait promené, présenté en tous lieux, à titre d’associé et de successeur. ”
Émile Zola
Résumé
L’Œuvre, publié en 1886 par Émile Zola, est le quatorzième volume de la série Les Rougon-Macquart, explorant le monde artistique parisien des années 1860-1870 à travers le destin tragique de Claude Lantier, un peintre obsédé par la création d’un chef-d’œuvre. Ce roman naturaliste mêle l’histoire d’amour entre Claude et Christine, ses échecs professionnels et son déclin mental, marqué par une passion destructrice pour une toile inachevée.
Zola y inscrit des références autobiographiques, notamment via le personnage de Sandoz, son double romancier, et des allusions à des artistes réels comme Cézanne ou Manet. L’œuvre conclut avec la mort de Claude, symbolisant l’impuissance de l’artiste face à ses propres limites, et souligne la tension entre création et vie.
Citations de L’Œuvre (Émile Zola)
“ Claude, Christine, ça commence par la même lettre. Le silence retomba. Il clignait les paupières, s’oubliait, se sentait à bout d’imagination. Mais il crut remarquer en elle un malaise d’impatience, et dans la terreur qu’elle ne bougeât, il reprit au hasard, pour l’occuper : — Il fait un peu chaud. Cette fois, elle étouffa son rire, cette gaieté native qui renaissait et partait malgré elle, depuis qu’elle se rassurait. La chaleur devenait si forte, qu’elle était dans le lit comme dans un bain, la peau, moite et pâlissante, de la pâleur laiteuse des camélias. ”
“ «Nom de Dieu! si je ne fiche pas un chef-d'œuvre avec toi, il faut que je sois un cochon!» Christine se taisait, et son angoisse grandissait, dans la certitude qui se faisait en elle. Immobile, sous la brutalité des choses, elle sentait le malaise de sa nudité. À chaque place où le doigt de Claude l'avait touchée, il lui était resté une impression de glace, comme si le froid dont elle frissonnait entrait par là maintenant. L'expérience était faite, à quoi bon espérer davantage? Ce corps, couvert partout de ses baisers d'amant, il ne le regardait plus, il ne l'adorait plus qu'en artiste. ”
