Bongrand

Définition et enjeux

Portrait de Émile Zola Émile Zola L’Œuvre

Enfin, il avait trouvé la peinture, il se voyait rentrant dans son atelier comme on retourne chez une femme adorée, le cœur battant à grands coups, désespéré maintenant de cette absence d’un jour, qui lui semblait un abandon sans fin ; et il allait droit à sa toile, et en une séance il réalisait son rêve. Cependant, tous les vingt pas, à la clarté vacillante des becs de gaz, Bongrand l’arrêtait par un bouton de son paletot, en lui répétant que cette sacrée peinture était un métier du tonnerre de Dieu. Ainsi, lui, Bongrand, avait beau être un malin, il n’y entendait rien encore.
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Et Bongrand restait là par fierté, tout droit dans sa défaite, solide sur ses vieilles jambes de lutteur, les regards clairs sur Paris ingrat. Il voulait finir en brave homme, dont la bonté est large. Claude, qui lui parla sans recevoir de réponse, vit bien que, derrière cette face calme et gaie, l'âme était absente, envolée dans le deuil, saignante d'un affreux tournent, et, saisi d'un respect effrayé, il n'insista pas, il partit, sans même que Bongrand s'en aperçut, de ses yeux vides.
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Bongrand le regarda encore, droit dans les yeux. Puis, il se retourna vers son œuvre, s'absorba, eut un mouvement de ses deux bras d'hercule, comme s'il eût fait craquer ses os, pour soulever cette petite toile, si légère. Et il murmura, se parlant à lui-même:
«Nom de Dieu! que c'est lourd! N'importe, j'y laisserai la peau, plutôt que de dégringoler!» Il reprit sa palette, se calma dès le premier coup de pinceau, arrondissant ses épaules de brave homme, avec sa nuque large, où, il restait de la carrure obstinée du paysan, dans le croisement de finesse bourgeoise dont il était le produit.
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