“ Et les deux jeunes gens, après avoir traversé le jardin, montèrent au Salon des Refusés. On l’avait fort bien installé, les tableaux reçus n’étaient pas logés plus richement : hautes tentures de vieilles tapisseries aux portes, cimaises garnies de serge verte, banquettes de velours rouge, écrans de toile blanche sous les baies vitrées des plafonds ; et, dans l’enfilade des salles, le premier aspect était le même, le même or des cadres, les mêmes taches vives des toiles. Mais une gaieté particulière y régnait, un éclat de jeunesse, dont on ne se rendait pas nettement compte d’abord. ”
Salon des Refusés
Définition et enjeux
Citations sur “Salon des Refusés”
Félix Milliroux, Demerary, transition de l'esclavage à la liberté… (1843)
“ Elle demande naïvement quel est le moyen d'extirper le préjugé de couleur. Mais que signifient ces procédés académiques en présence d'abus affreux qui crient répression immédiate ? Elle se réunit quelquefois dans des banquets abolitionistes, comme on les appelle. Un salon de cent couverts est le local par excellence pour délibérer sur les questions sociales, et rien n'inspire de grandes résolutions comme la fièvre de digestion. ”
Honoré de Balzac,
Œuvres complètes de H. de Balzac…
“ Le salon s’illumina, il ne vit plus qu’à travers un nuage la terrible harpie, fixe, muette sur son canapé rouge, et dont les yeux jaunes trahissaient les sentiments serviles que le malheur inspire ou que cause un vice sous l’esclavage duquel on est tombé comme sous un tyran qui vous abrutit sous les flagellations de son despotisme. ”
Charles Saint-Amant, Le Drame des Tuileries après la révolution du 24 février 1848… (1848)
“ Vient après la Salle du Trône, dont nous avons déjà raconté les désastres ; puis, le Salon d'Apollon et le Salon de Réception. Quelques tentures y ont essuyé des outrages; mais les beaux vases, les lustres, les grandes pendules et les magnifiques mosaïques, ont trouvé de généreux protecteurs. Cependant, le désordre prolongé de ces Invalides civils dégrade tous les jours et le monument et lé mobilier. Qu'on y prenne garde! Dans cette même partie, sur le jardin, nous avons, en quittant l'escalier de Flore, l'antichambre des huissiers. Elle précède les deux salons des ministres. ”
Maxime Du Camp,
Revue des Deux Mondes
“ Pour les petits vagabonds qui sont venus là chercher un asile contre la misère et un refuge contre eux-mêmes, c’est un palais; pour nous, pour notre espérance, ce n’est que le campement d’une étape, le baraquement transitoire que remplacera un édifice définitif. Toujours, infatigablement, je me rappelle la mansarde de Jeanne Jugan, et je me dis qu’il y aura des prodiges de charité pour les enfans, comme il y a en a pour les vieillards. La maison d’administration est des plus modestes ; le parloir fait ce qu’il peut pour ressembler à un salon et n’y parvient guère ”
Philarète Chasles,
Les Salons en France et en Angleterre au XVIIIe siècle
“ Comme son atmosphère à lui était le salon, qu’il ne connaissait ni les rues ni les forêts, que la chambre des communes l’ennuyait, que la table de jeu le fatiguait, et que d’ailleurs cette vie factice et brûlante a ses tristes retours, il trouvait dans l’enfance la naïveté de la vie qui éclot, et dans l’échafaud la naïveté de la mort. ”
Honoré de Balzac,
Contes bruns
“ UNE CONVERSATION ENTRE ONZE HEURES ET MINUIT.Je fréquentais l'hiver dernier une maison, la seule peut-être où maintenant, le soir, la conversation échappe à la politique et aux niaiseries de salon. Là viennent des artistes, des poètes, des hommes d'état, des savans, des jeunes gens occupés de chasse, de chevaux, de femmes, de jeu, ailleurs, de toilette, mais qui, dans cette réunion, prennent sur eux de dépenser leur esprit, comme ils prodiguent ailleurs leur argent ou leurs fatuités.Ce salon est le dernier asile où se soit réfugié l'esprit français d'autrefois, avec sa profondeur cachée, ses mille détours, sa politesse exquise. ”
Anonyme, Les Mille et Une Nuits
“ Ils se mirent à leur place ; mais ils étoient à peine assis, que l’esclave les pria de se lever et de la suivre. Elle leur ouvrit une porte de la salle où ils étoient, et ils entrèrent dans un vaste salon d’une structure merveilleuse. C’étoit un dôme d’une figure des plus agréables, soutenu par cent colonnes d’un beau marbre blanc comme de l’albâtre. ”
Henri Delaborde,
Le Salon de 1861
“ Pour nous consoler de la faiblesse que révèlent la plupart des œuvres exposées au Salon de 1861, on dira peut-être que cette exposition n’en présente pas moins un ensemble de travaux plus recommandables encore que ce qu’on rencontrerait dans d’autres pays. Qu’importe, si le fait nous donne tort vis-à-vis de nous-mêmes ? Les fautes du prochain font-elles notre vertu, la ruine d’autrui nous enrichit-elle, ou la maladie qui sévit à notre porte nous garantit-elle la santé ? ”
Gustave Planche,
Le Salon du Roi, de M. E. Delacroix
“ Il y a dans les quatre compositions du Salon du Roi tant de bonheur et de simplicité, que l’œil et la pensée se promènent sans effort et sans fatigue de l’allégorie à la réalité, et de la réalité à l’allégorie. La Justice est figurée par une femme assise, qui étend son sceptre sur les malheureux. ”
Maxime Du Camp,
Le Salon de 1864
“ Il y a une tendance manifeste à l’affaissement et au laisser-aller; à chaque ouverture d’un nouveau salon, on peut, depuis l’exposition universelle de 1855, le constater avec douleur. Ce n’est pas en soi-même qu’on va puiser l’inspiration, on la demande aux conseils des amateurs, aux fantaisies de la fortune, aux nécessités des appartemens, aux prédilections d’un public ignorant, mais riche. ”
Eugène Sue,
La coucaratcha (III/III)
“ Car de cette bibliothèque, de cet atelier où j’avais cru voir se concentrer tout entière la vie et les goûts de cet homme bizarre, je me trouvai tout à coup dans un vaste et splendide salon dont on venait d’allumer les candélabres et le lustre, qui étincelaient des feux de mille bougies.A quelques symptômes, seulement perceptibles pour un observateur, je remarquai que ce salon n’était pas comme ces honnêtes salons de la bourgeoisie qui, à de longs intervalles, ayant beau dépouiller les housses des meubles les gazes des bronzes, n’en ont pas moins l’air gauche d’un homme endimanché. ”
Émile Renard, Les étudians à Paris : scènes contemporaines… (1841)
“ Depuis ce jour, mon cher, j'ai eu bien des occasions d'observer qu'une table de whist dans un salon élégant est une espèce de refuge, de camp retranché, où viennent se mettre à l'abri des regards ou du délaissement (ce qui est bien pire) les désœuvrés, les provinciaux, les nouveaux venus, tous ces parias de la société parisienne. C'est de là que les vieillards négligés comparent la jeunesse du jour à leur jeunesse passée; c'est de là que les jeunes gens timides étudient l'ennemi qu'ils auront à combattre, aiguisent leurs traits et préparent les succès de l'année suivante. ”
Alexandre Samouillan, La Société française au XVIIIe siècle d'après les mémoires (1913)
“ Quel est ce salon assiégé où l'on entre en foule, en tumulte ; où tout le monde, entassé, pressé, se tient debout ; où les femmes ne peuvent trouver un siège ? On vante l'esprit de la maîtresse de maison ; mais à quoi lui sert-il ? Elle ne peut ni parler, ni entendre ; il est impossible de s'approcher d'elle. Un mannequin placé dans un fauteuil ferait aussi bien qu'elle les honneurs d'une telle soirée. ”
Charles-Aimé Dauban, Les prisons de Paris sous la Révolution… (1870)
“ Notre salon, jadis le séjour de la gaieté et de l'égalité, s'est changé en un ci-devant salon de bonne compagnie. Les femmes se parent avec le plus grand soin, elles se rangent autour d'une grande table; les hommes les regardent, et puis c'est tout. Les amis ou les personnes de leur coterie leur parlent à l'oreille et leur disent des douceurs. Toutes n'ont pas la même fierté; un froid bonjour, une inclination de tête, sont le seul signe d'attention qu'elles donnent à celui qui s'évertue jusqu'à leur adresser la parole. En général, ce salon ne présente plus l'attrait des premiers jours. ”
Ernest Duvergier de Hauranne,
Revue des Deux Mondes
“ Au fond s’ouvrent les fenêtres d’une salle à manger colossale et d’un salon encombré de femmes en toilette. les corridors intérieurs ressemblent à ceux d’une prison. Les appartemens sont misérables, à peine meublés : chaque chambre a des murs blancs peints à la colle, deux chaises de bois et une armoire grossière en planches rudes. C’est au milieu de ce dénûment que s’agite une population parée, désœuvrée, en gilets blancs et en robes de soie. La journée se passe dans le salon, où l’on s’assemble par centaines, où les uns piétinent et les autres s’asseoient par groupes. ”
George Sand,
À propos des Charmettes
“ Le petit salon où l’on passe immédiatement est aussi pauvre que le reste, et il est charmant, on ne sait pourquoi. Est-ce parce qu’il est un sanctuaire particulier où, après les soins de la journée, le travail et la promenade, on se reposait dans une causerie plus intime et plus sérieuse? ”
Eugène Forcade, Revue des Deux Mondes
“ Final Memorials of Charles Lamb, by Th. Talfourd. — London, Edward Moson. I Quatre personnes sont réunies dans un triste salon dont l’ameublement usé reluit, aux derniers rayons du jour, de cette propreté grise et froide qui est la morne élégance de la pauvreté. Auprès de la cheminée, deux vieilles femmes, dont l’une est clouée à sa chaise longue par la paralysie, s’entretiennent des affaires du ménage. Un vieillard assis devant une table bat d’un mouvement machinal un jeu de cartes et joue avec lui-même un fantastique piquet dont sa main droite et sa main gauche sont les partners. ”
Yvonne Sarcey,
La Route du bonheur
“ Nous autres, Françaises, nous la sentons vivement. Nous sommes le dernier pays où l’on cause. Il faut défendre notre bien, — c’est-à-dire notre esprit, — comme les Américains défendent leur confortable. Supportons les bruits de la rue, peu importe ! Mais ne souffrons, dans nos salons, ni la dame inexorable, ni la dame muette et imitons la dame qui sut écouter. XIIL’Art de tenir un Salon Je ne vous apprendrai rien en disant que le dix-huitième siècle, pour lequel j’ai une prédilection particulière, fut l’époque où l’on sut le mieux causer et recevoir. ”
Rosanna Leprohon,
Le manoir de Villerai
“ Dans le salon vaste, quoique bas, d’une bonne maison de pierre sur la Place d’Armes, à l’endroit où s’élève maintenant un splendide édifice public, une vieille dame mise avec la simplicité d’une religieuse, était assise, occupée à confectionner des vêtements dont le tissu grossier, mais chaud et durable, montrait qu’ils étaient destinés aux pauvres. ”
Paul Drouilhet de Sigalas, Une veillée de village. Le socialisme et le peuple des campagnes… (1849)
“ Il y a sans doute parmi vous plus d'un soldat de l'armée d'Afrique ; quel est celui qui pourrait dire que tous les actes de ma vie n'ont pas eu pour mobile cet amour et ce dévoùment pour le peuple? J'ai peu vécu dans les salons...... Ce n'est pas que je n'aime les salons: le salon est, nécessaire à la chaumière, comme la chaumière est nécessaire au salon ”
Auguste Payan d'Augery, Vie de M. l'abbé Plumier, aumônier des orphelines de la Providence à Marseille… (1865)
“ Salon, quoique loin des grandes villes, avait eu aussi ses septembriseurs et ses terroristes ; le temps et l'échafaud avaient déjà fait justice d'un grand nombre, mais plusieurs, objets du mépris public et vivant à l'écart, se faisaient gloire d'opposer au dégoût qu'ils inspiraient et à l'isolement dans lequel l'indignation de tous les circonscrivait, la vie la plus éhontée et les blasphèmes les plus immondes contre la Religion et ses ministres. ”
Jean-Auguste-Dominique Ingres,
Ingres d’après une correspondance inédite
“ Ce Salon, au contraire, me parait fort et donne l’idée d’une grande nation qui fera, quand elle le voudra, la loi aux autres, surtout quand elle ne se laissera pas influencer par les voisins ; car, par légèreté, nous nous affublons de leurs manies et gâtons nos qualités. ”
Georges Lafenestre,
Maîtres anciens, études d'histoire et d'art…
“ Les agitations dont nous avons suivi les traces dans les secousses imprimées sans trêve à la direction du Salon n’ont pas, après tout, été stériles. Les institutions vivantes et faites pour vivre excitent seules à ce point l’ardente émulation des esprits à les corriger et les améliorer. ”
Eugène Rambert,
Corneille, Racine et Molière. Deux cours sur la poésie dramatique française au XVIIe siècle…
(1861)
“ Dans ce salon, qui était le centre de la vie intellectuelle, dont tous les autres dépendaient et où tous aboutissaient, l'esprit de société déploya des finesses et des grâces inconnues, non sans y introduire aussi quelque chose de cette froide pompe et de cette fastueuse frivolité, qui l'accompagnent à l'ordinaire. ”
duchesse d' Laure Junot Abrantès, Histoire des salons de Paris (Tome 3…
“ Madame de Staël fit asseoir auprès d'elle quelques-uns des hommes qui étaient autour de son fauteuil, et une conversation s'établit dans une partie du salon qui précédait la salle où l'on jouait et où madame Tallien et Barras avaient autour de leur table une foule pressée, et devant eux, des monceaux d'or. On n'aurait pas dit, en (p. 161) les voyant, que la France souffrit des maux aussi cruels... et surtout la famine!... ”
Harriet Beecher Stowe,
La Case de l’oncle Tom
(1872)
“ C'est là une des plus grandes misères de l'esclavage. Le noir dont la nature sympathique s'assimile aisément à tout ce qui l'entoure est sans cesse exposé, après avoir vécu au sein d'une bonue famille, et y avoir puisé un certain raffinement de goûts et de sensations, à devenir l'esclave du plus grossier, du plus brutal manant; de même qu'une chaise ou une table, qui ornait jadis un. splendide salon, finit boiteuse et déformée dans quelque sale bouge ou dans quelque hideux repaire de débauche. L'énorme différence c'est que la table et la chaise sont insensibles, et que l'komme ne l'est pas ”
Alphonse de Lamartine,
Nouvelles confidences : avec une partie entièrement inédite
“ Un salon s’ouvrait tous les soirs, tantôt dans l’une de ces maisons, tantôt dans l’autre, pour recevoir cette nombreuse et élégante société ; des tables de jeu groupaient tout le monde, a l’exception de deux ou trois retardataires qui, arrivés après les parties commencées, échangeaient à voix basse quelques mots auprès de la cheminée, et des jeunes personnes assises en silence derrière leurs mères, qui chuchotaient entre elles, comme à l’église ou au couvent. Un silence austère et religieux s’établissait dans tous les salons pendant ces whists ou ces reversis sempiternels. ”
Pierre de Ségur,
Revue des Deux Mondes
“ VI Dans cette revue des principaux personnages de la troupe, nous n’avons jusqu’ici rencontré que des hommes. La règle du nouveau salon est pourtant moins sévère que celle adoptée de longue date dans l’hôtel de Mme Geoffrin, et Mlle de Lespinasse n’exclut pas plus les femmes de ses réunions littéraires que de sa société privée. Nombreuses sont, au contraire, celles qui fréquentent en son logis, jeunes ou vieilles, belles ou laides, sous la seule condition d’avoir un peu d’esprit. ”
duchesse d' Laure Junot Abrantès, Histoire des salons de Paris (Tome 3…
“ J'ai parlé de l'état de la société en France au moment de la Révolution. Je l'ai même conduite jusqu'à celui où elle ne fut plus dirigée que par un petit nombre de personnes dont la vie précaire n'avait pour durée que le caprice d'un des rois du Comité de Salut public. Madame de Staël fut la première de toutes les femmes en France qui se mit à la tête d'un parti qu'elle forma parmi les gens du monde, et qui prit une bannière. Ce Salon, dont j'ai parlé dans les premiers volumes de cet ouvrage, donne la mesure de la décadence de notre société. ”
Théophile Thoré,
Le Salon de 1845
(1845)
“ Ces enfants pauvres trouvent moyen de porter le nécessaire à une vieille femme malade et dénuée de tout. Les têtes, naïves et bien portantes, sont des portraits, et l'on aperçoit dans le fond la tète intelligente de M. Allier, leur père adoptif. Mais toutes ces émotions douces et terribles du promeneur au Salon, ne sont rien, comparées à l'intérêt universel qu'inspire la Bataille de la Smala. Les maris expliquent tous ces épisodes à leurs femmes, les pères à leurs enfants, les voltigeurs aux conscrits. ”
Jean Giraudoux,
Retour d’Alsace, août 1914
“ J’écris le résumé du jour, le vrai, où je ne parle ni de Mme Sartaut ni de Babette, et je me couche sur la table, après avoir posé l’encrier par terre. Il faudra faire attention au lever. Salon où tous les meubles ont des colonnes torses, fauteuils, supports d’armoire, table en chêne, et où un Christ, à tête relevée, semble s’étonner que le montant de sa croix soit si plat, si lisse ! ”
Guy de Maupassant,
Œuvres complètes de Guy de Maupassant - volume 12
“ Ici, dans le salon où nous sommes, les femmes, c’est le temple de la Chair, fraîche ou non. ”
“ Trente ou quarante députés, s’entretenant par groupes, encombraient le reste du salon. Tout à coup, une effroyable fusillade se fait entendre, et ce cri retentit : — La garde royale marche sur l’hôtel !... J’ai vu bien des mises en scène depuis celle de Paul et Virginie, à l’Opéra-Comique, la première que j’aie admirée, jusqu’à celle de la Barrière de Clichy, au Cirque, une des dernières que j’aie dirigées, mais jamais je n’ai été témoin d’un pareil changement à vue ! On eût dit que chaque député était sur une trappe, et avait disparu à un coup de sifflet. ”
