Résumé

Portrait de Alphonse de Lamartine Alphonse de Lamartine Nouvelles confidences : avec une partie entièrement inédite

Il s’appelait le chevalier de Sennecey. Mon père, qui l’aimait beaucoup, m’y mena un jour. Son isolement n’intéressa, j’y retournai. Il était simple d’esprit, comme un soldat qui n’a connu de la vie que son cheval et son sabre ; mais il était sensible, bon, affectueux. Il me recevait comme les solitaires forcés, désertés du monde, reçoivent ceux qui viennent par charité ou par amitié diversifier un peu leur solitude. On voit sur leur visage se répandre le rayon intérieur de leur joie secrète. On sent le plaisir qu’on leur fait, on s’attache soi-même à eux par le bonheur qu’on leur apporte.
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C’était un homme d’une taille colossale et d’une voix tonnante, quoique d’une physionomie très-intelligente et très-douce ; un ancien Germain aux cheveux blonds et aux yeux bleus, plongé dans la civilisation moderne. Je n’ai jamais vu réunies dans une même nature et à plus grandes doses deux qualités qui, ordinairement, sont exclusives l’une de l’autre : l’érudition de l’esprit et la fougue de l’imagination. Il savait tout, et il passionnait tout. Jeune, riche et oisif au moment de la révolution, il s’y était précipité avec les délires d’une belle âme enivrée de ses espérances pour l’humanité.
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Or il n’y eut jamais, dans une même famille et dans des rapports si intimes, deux natures plus dissemblables que la nature de l’oncle et celle du neveu.
Il était homme de réflexion, et j’étais un enfant d’enthousiasme ; il était homme de spéculation, et j’étais un enfant de premier mouvement et d’action ; il était froid, et j’étais tout feu ; il était savant, et j’étais inspiré ; il était économe, et j’étais prodigue ; il était borné dans un étroit horizon, bien arrangé, de province, de petite ville, de famille, et j’ouvrais en imagination des ailes larges comme le monde
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