Alfred de Vigny

Alfred de Vigny

Stello (1832)

Résumé

Portrait de Alfred de Vigny Alfred de Vigny Stello (1832)

Eh ! grand Dieu !
la seule science de l'esprit, est-ce la science des nombres ? Pythagore est-il le dieu du monde ?
Dois-je dire à l'inspiration ardente : Ne viens pas , tu es inutile ?
LE QUAKER.
Elle t'a marqué au front de son caractère fatal. Je ne te blâme pas, mon enfant, mais je te pleure.
CHATTERTON. Il s'assied.
Bon Quaker, dans votre société fraternelle et spiritualiste, a-t-on pitié de ceux que tourmente la passion de la pensée? Je le crois; je vous vois indulgent pour moi, sévère pour tout le monde ; cela me calme un peu.
Ici Rachel va s'asseoir sur les genoux de Chatterton.
Source : Gallica

Portrait de Alfred de Vigny Alfred de Vigny Stello

Là ! là ! s’écria le Docteur Noir, avec autant d’indignation qu’il put forcer son visage impassible à en indiquer ; sitôt que je veux devenir sensible vous m’arrêtez tout court ; ma foi, vogue la galère ! vive Démocrite ! Habituellement j’aime mieux qu’on ne rie ni ne pleure, et qu’on voie froidement la vie comme un jeu d’échecs, mais, s’il faut choisir d’Héraclite ou de Démocrite pour parler aux hommes d’eux-mêmes, j’aime mieux le dernier, comme plus dédaigneux. C’est vraiment par trop estimer la vie que la pleurer : les larmoyeurs et les haïsseurs la prennent trop à cœur.
Source : Wikisource

Portrait de Alfred de Vigny Alfred de Vigny Stello (1832)

LE QUAKER.
Crois-tu fermement ce que tu dis ?
CHATTERTON.
Aussi fermement que vous croyez à la charité chrétienne.
Il sourit avec amertume.
LE QUAKER.
Quel âge as-tu donc? Ton cœur est pur et jeune comme celui de Rachel, et ton esprit expérimenté est vieux comme le mien.
CHATTERTON.
J'aurai demain dix-huit ans.
LE QUAKER.
Pauvre enfant!
CHATTERTON.
Pauvre? oui. — Enfant? — Non. j'ai vécu mille ans.
LE QUAKER.
Ce ne serait pas assez pour savoir la moitié de ce qu'il y a de mal parmi les hommes.—Mais la science universelle, c'est l'infortune.
Source : Gallica

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature