“ Et Fierce, angoissé de désir, use ses yeux, s’acharne et s’exaspère. — Les lâches, qui ont peur de la bataille ! — Il se penche en avant, le cou tendu, les mains crispées à la rambarde, et il mord sa lèvre qui tremble. Le vent salé lui souffle au visage d’étranges hallucinations orgueilleuses. C’est la Civilisation tout entière qu’il poursuit et qu’il charge, au galop de son torpilleur frémissant ; oui, la Civilisation meurtrière, qui, depuis vingt-six ans, l’écrase peu à peu, fibre par fibre, nerf par nerf, dans son implacable engrenage, et qui, tout à l’heure, l’achèvera d’un éclat d’obus. ”
Claude Farrère
Élements biographiques
Claude Farrère, pseudonyme de Frédéric-Charles Bargone (1876-1957), fut un officier de marine et écrivain français dont l’œuvre, marquée par des voyages exotiques et des réflexions sur la colonisation, explore les tensions entre modernité et tradition.
Lauréat du prix Goncourt en 1905 pour Les Civilisés, il combine récits de guerre, essais et fictions fantastiques, illustrant ses prises de position sur l’Orient et le Japon. Élu à l’Académie française en 1935, son style poétique et ses thèmes universels en font un auteur majeur de la littérature française du XXe siècle.
Citations de Claude Farrère
Claude Farrère,
Mademoiselle Dax
“ Fougères vint auprès d’elle et s’accouda aussi : — Savez-vous ? – dit-il à voix basse, – j’en viendrai à douter vraiment de votre sincérité. En paroles, vous êtes la plus moderne et la plus audacieuse des femmes. En actions... hélas ! hélas ! nous en sommes toujours à l’unique baiser de là-bas... Ma bouche pourtant, ce matin-là, ne vous avait pas déplu, je crois ?... Elle le regarda droit aux yeux : — L’amour souffle où il veut, mon cher ! Le jour que vous rappelez, ce n’était d’ailleurs pas votre bouche, c’était le soleil rose, l’air bleu, la brume d’or et d’argent que j’ai baisés. ”
Claude Farrère,
La maison des hommes vivants
“ Ç'avait bien été l'huis aux trois verrous de fer sous le vantail duquel j'avais, l'heure d'avant, respiré le parfum de muguet si familier à mes narines. Et c'était bien la chambre que j'avais devinée, toute nue, pareille à ma propre chambre; et c'était bien le même lit, aux draps fins, aux couvertures soyeuses.Sur ce lit, Madeleine gisait, les yeux clos, la bouche blanche, les joues grises... On ne m'avait point menti. Elle dormait. Elle dormait très profondément,—trop profondément,—d'un étrange sommeil, blême, glacé, et plus proche, peut-être, de la mort que de la vie... ”
