Résumé

Portrait de Claude Farrère Claude Farrère La maison des hommes vivants

Tuez-moi, comme vous avez tué la femme que j'aime. Et tuez-moi vite. Je suis prêt.
Or, en réplique à mes paroles, le marquis Gaspard éclata de son rire en fausset, comme il avait fait déjà. Et dans le même instant, le poids mystérieux retomba soudain sur mes épaules, et l'étreinte se resserra sur mes muscles et sur mes nerfs. Derechef je fus lié,—garrotté;—et ma langue, inerte, s'affaissa sur mes dents.
Puis j'entendis, inerte moi-même, inerte de corps et d'âme, j'entendis la voix ironique de l'ennemi vainqueur.
—Çà! monsieur l'officier! qu'est-ce à dire? Par la corbleu!
Source : Gutenberg

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Ç'avait bien été l'huis aux trois verrous de fer sous le vantail duquel j'avais, l'heure d'avant, respiré le parfum de muguet si familier à mes narines. Et c'était bien la chambre que j'avais devinée, toute nue, pareille à ma propre chambre; et c'était bien le même lit, aux draps fins, aux couvertures soyeuses.
Sur ce lit, Madeleine gisait, les yeux clos, la bouche blanche, les joues grises... On ne m'avait point menti. Elle dormait. Elle dormait très profondément,—trop profondément,—d'un étrange sommeil, blême, glacé, et plus proche, peut-être, de la mort que de la vie...
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Et quand il sortit du jardin, sur la lande, parmi les genêts et les lentisques maigres, je continuai de le voir....
Une fois encore, une dernière fois, la voix de fausset du marquis Gaspard résonna. Et je sentis qu'elle rassemblait toute sa sonorité presque morte pour une irrévocable déclaration.
J'entendis:
—Monsieur!... cet Homme que vous avez vu, cet Homme qui s'en va,—soyez-en témoin: je l'ai créé,—comme Dieu me créa, moi.—Et, l'ayant créé, j'ai le droit de le détruire,—comme Dieu a le droit de me détruire, moi,—s'il peut!
La voix expira.
Source : Gutenberg

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