Résumé

Portrait de Thadée Natanson Thadée Natanson La Revue blanche/Belgique/Tome 3

Dans le coupé qui les emportait et où plus personne ne les gênait, Henri et Jeanne fiévreusement s’abandonnaient à des caresses passionnées, goûtaient enfin des délices qui les extasiaient.
Le grondement du train trépidant, les champs multicolores traversés à toute vitesse, les stations tumultueuses, les stupides sièges incommodes, le bruit et la poussière, même le ridicule de cette nuit de noces en wagon — à peine entrevu par éclairs — tout passa dans une ivresse de baisers.
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Portrait de Thadée Natanson Thadée Natanson La Revue blanche/Belgique/Tome 3

Sur le quai de la petite gare toute blanche, brûlée de soleil, Jeanne, aveuglée, ahurie, se laissa mouiller de larmes, manger de baisers, par un colosse de femme, fardée parfumée, sanglée dans une robe voyante et par un vieillard à favoris blancs dont l’air digne contrastait avec le complet clair et le chapeau de paille cocasse : c’étaient les parents d’Henri et ils le pressaient dans leurs bras, à son tour. Les exclamations enthousiastes, les interjections et les cris dont ils entrecoupaient ces embrassades parurent sauvages au sang froid de Jeanne.
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Portrait de Thadée Natanson Thadée Natanson La Revue blanche/Belgique/Tome 3

Il lui sembla que les câlineries du père s’adressaient à sa fortune et elle prit en horreur ses baisers au goût d’ail. Quant aux gentillesses de sa femme trop fardée et trop parfumée, à ses lourdes grâces rancies, elles lui donnaient des nausées. Jeanne supportait mal les interminables récits où la pauvre femme rappelait des succès et un bonheur imaginaire, les compliments et les fadeurs dont elle l’accablait et lui en voulait de l’érudition et des connaissances dont elle faisait parade.
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