“ Toute passion s’esmeut sur l’apparence et opinion ou d’un bien ou d’un mal : si d’un bien, et que l’ame le considere tel tout simplement, ce mouvement s’appelle amour ; s’il est present et dont l’ame jouysse en soy-mesme, il s’appelle plaisir et joye ; s’il est à venir, s’appelle desir : si d’un mal, comme tel simplement, c’est hayne ; s’il est present en nous-mesmes, c’est tristesse et douleur ; si en autruy, c’est pitié ; s’il est à venir, c’est crainte. ”
Pierre Charron
Élements biographiques
Pierre Charron (1541-1603), moraliste, théologien et philosophe français du XVIe siècle, s’illustre par son œuvre majeure De la Sagesse (1601), où il distingue la morale naturelle de la religion, ouvrant ainsi la voie à une pensée laïque.
Influencé par Montaigne, dont il fut le proche ami et l’héritier intellectuel, Charron défend une éthique fondée sur la raison et la prudence, tout en affirmant la tolérance religieuse. Ses autres travaux, comme Les Trois Vérités, révèlent un catholicisme orthodoxe confronté aux débats de son époque. Son héritage résonne dans l’histoire de la philosophie morale et des idées de laïcité.
Citations de Pierre Charron
“ La santé est le plus beau et le plus riche que nature nous sache faire, preferable à toute autre chose, non seulement science, noblesse, richesses, mais à la sagesse mesme, ce disent les plus austeres sages. C’est la seule chose qui merite que l’on employe tout, voire la vie mesme, pour l’avoir ; car sans elle la vie est sans goust, voire est injurieuse, la vertu et la sagesse ternissent et s’esvanouissent sans elle. Quel secours apportera au plus grand homme qui soit, toute la sagesse, s’il est frappé du haut mal, d’une apoplexie ? ”
“ Les coups sont pour les bestes, qui n’entendent pas raison ; les injures et crieries sont pour les esclaves. Qui y est une fois accoustumé ne vaut plus rien : mais la raison, la beauté de l’action, la ressemblance aux gens de bien, l’honneur, l’approbation de tous, la gratification qui en demeure au dedans, et qui au dehors en est rendue par ceux qui la sçavent ; et leurs contraires, la laideur et indignité du faict, la honte, le reproche, le regret au cœur et l’improbation de tous, ce sont les armes, la monnoye, les aiguillons des enfans bien nez, et que l’on veust rendre honnestes. ”
