“ SOMMAIRE. — L'amour charnel est une passion forte, naturelle et commune. Nous l'appelons honteuse, et honteuses les parties qui y servent. Elle n'est honteuse ni vicieuse, elle ne le devient que par les abus et les maux qu'elle entraine. ”
Amour charnel
Définition et enjeux
Citations sur “amour charnel”
Léon Daudet,
Mes idées esthétiques ([2e éd.…
(1939)
“ Qu'on ne déduise pas de ceci que je néglige ce que l'amour charnel apporte de beau à la littérature et aux arts. Le désir et l'amour sont deux grands moteurs de la transmutation, et non pas seulement de la transformation intérieure. ”
Poulain, Mémoire sur mon existence conjugale… (1846)
“ A défaut d'amour charnel, ne lui est-il pas recommandé l'amour du coeur, cet amour si honnête et si durable, qui consiste à faire de son mari son second elle-même, de puiser ses pensées dans les siennes , de s'identifier avec ses convictions , toutefois cependant qu'il ne lui est pas démontré que l'être qu'elle a pris pour époux en soit indigne ”
Marcelle Tinayre,
La Rançon
(1894)
“ Il connut enfin la vie intérieure, et un sentiment nouveau germa dans son cœur, une affection bien différente du charnel amour d’autrefois, plus désintéressée, plus forte aussi. Souvent, il prenait dans ses mains la tête brune qu’il avait aimée pour sa grâce et pour sa fraîcheur : « Ma femme, disait-il, ma chère femme ! » ”
Louis-Antoine de Caraccioli, La jouissance de soi-meme. (1759)
“ Il n'y a rien sans-doute qui contraste plus singuliérement que l'amour charnel, & l'amour platonique. Ce n'est que notre corruption qui nous persuade ce dernier impossible, quoique la Métaphysique nous enfourniffe plus d'un exemple. ”
Alexandre Dumas,
Le Collier de la Reine, Tome II
“ Charny n'était pourtant pas aussi malade de corps qu'on le disait. Il n'avait de mal qu'au cœur et à la tête, mais quel mal, bon Dieu! une douleur aiguë, incessante, impitoyable, la douleur d'un souvenir qui brûlait, la douleur d'un regret qui déchirait.L'amour n'est qu'une nostalgie: l'absent pleure un paradis idéal, au lieu de pleurer une patrie matérielle, et encore, peut-on admettre, si friand que l'on soit de poésie, que la femme bien-aimée ne soit pas un paradis un peu plus matériel que celui des anges. ”
Laetitia Filion, Amour moderne
“ Tu ne peux comprendre, Charlie, combien grande est ta revanche. J’ai du chagrin, mais du chagrin ; et de nouveau un sanglot soulève sa poitrine. Charlie, tu ne comprends pas, tu ne veux pas comprendre. Autrefois, tu dois le sentir maintenant, je ne t’aimais pas, nos relations étaient faites de camaraderie. Le jour ou l’amour vrai s’est éveillé dans mon cœur, c’est pour un être vil et méprisable qu’il s’est allumé. Par ses procédés, qu’il me répugne de te narrer, il a tué en moi cet amour que j’avais voué dans mon imagination toute neuve à un être idéal qu’il n’était pas. ”
Hermance Lesguillon,
Rosane, par Mme Hermance Lesguillon…
(1843)
“ Madame de la Varenne avait au moins cet âge, mais son coeur était plus vieux encore : car il avait été sillonné par les désirs secrets et les combats de la jeunesse : la passion comprimée déflore le coeur de même que le désordre des sens flétrit le visage ; l'amour épanouit l'ame et conserve les illusions; mais le coeur que ne pénètre pas ce rayon est un terrain dévasté où il ne croit plus une fleur ! Clarence devint triste, accablée, solitaire, elle n'avait pas une amie : qui donne à tous ne garde pas assez à quelqu'un : la richesse fait les connaissances, mais elle ne fait pas les amis. ”
Alexandre Dumas,
La comtesse de Charny. Tome 7
(1858)
“ Ces sanglots étaient si énergiques et si vrais, qu'ils allèrent chercher jusqu'au fond du coeur de Charny les restes de son amour. Nous disons les restes de son amour, car, lorsqu'une passion semblable à celle que nous avons vue naître et grandir a brûlé dans le coeur 490 MÉMOIRES D'UN MÉDECIN. d'un homme, à moins d'une de ces choses terribles qui font succéder la haine à l'amour, elle ne s'y éteint jamais complètement. ”
Roger de Beauvoir,
Le Chevalier de Charny, par Roger de Beauvoir
(1869)
“ LE CHEVALIER DE CHARNY. 39 page ou votre frère, et nul ne se doutera que sous ces habits bat un coeur ravi de toujours veiller sur le vôtre ! Allez, ô mon maître, je serai jalouse et fière de vous obéir et de vous aimer sans que le monde le sache ! Le monde, voyez-vous, c'est le ver envieux du fruit, le serpent qui rampe et qui parle comme le démon jaloux de troubler le bonheur d'Eve. N'ayez que moi pour maîtresse et pour amie. L'amitié d'une femme a ses écueils, mais elle a toujours, voyezvous, Louis, cet amour qui pardonne beaucoup. ”
X.-B. Saintine,
Picciola
(1838)
“ Aidé de son microscope, il se livre bientôt tout entier à cette nouvelle série d 'études; il épie, il patiente; il pénètre enfin dans les mystères de ce lit nuptial ! Sous ses yeux, un mouvement de vie et d'amour se manifeste dans toutes les parties de la fleur ; par une double attraction, le pistil et les éta-mines, rapprochés l'un de l'autre, semblent un instant ressentir l'animation des êtres aimants et pensants ! Attéré, confondu, Charney doute s'il veille; sa tête ne peut contenir l'ardente admiration dont il est pénétré. ”
Guy Charnacé,
Musique et Musiciens
“ « Cela est vrai d’honneur ! Je ne sais plus ce que je suis, mais depuis quelque temps je sens ma poitrine agitée, mon cœur palpite au seul aspect d’une femme ; les mots amour et voluptés, le font tressaillir et le troublent. Enfin le besoin de dire à quelqu’un : je vous aime, est devenu pour moi si pressant que je le dis tout seul, en courant dans le parc, à ta maîtresse, à toi, aux arbres, aux nuages, au vent qui les emporte avec mes paroles perdues. ». C’est cette fougue dans le débit de Chérubin que nous n’avons pas retrouvée dans le chant de Mme Carvalho. ”
Pierre Corneille,
Œuvres complètes tome 1
“ Sans qu’un soupir échappe à ce cœur qui murmure De ce qu’à ses désirs ma raison fait d’injure. À tes moindres coups d’œil je me laisse charmer. Ah ! que je t’aimerais, s’il ne fallait qu’aimer ! Et que tu me plairais, s’il ne fallait que plaire ! Lyse. Que vous auriez d’esprit, si vous saviez vous taire, Ou remettre du moins en quelque autre saison À montrer tant d’amour avec tant de raison ! Le grand trésor pour moi qu’un amoureux si sage, Qui, par compassion, n’ose me rendre hommage, Et porte ses désirs à des partis meilleurs, De peur de m’accabler sous nos communs malheurs ! ”
“ Entouré de jardins immenses, aux bords d'un beau fleuve, sous un beau ciel, Charney savourait la vie des heureux de ce monde. Le temps ajoutait un nouveau charme, une nouvelle force à tous ses liens; car l'habitude, comme le lierre de nos murailles, cimente et consolide ce qu'elle ne peut détruire. L'amitié de Girhardi, l'amour de Teresa, les bénédictions de ceux qui vivaient sous son toit, rien ne manquait à son bonheur, et le moment arriva où ce bonheur allait s'accroître encore. ”
Arsène Houssaye,
Marie
(1858)
“ Charron, dans son beau livre de la Sagesse, que nous devrions lire un peu tous tant que nous sommes, a écrit ceci : « Pour ce que l'amour est une passion violente ensemble et piperesse, il se faut remparer contre elle, et se garder de ses appâts; plus elle vous mignarde, plus deffions-nous-en ; car elle nous veult embrasser pour nous estrangler, et nous appaste de miel pour nous saouler de fiel. » ”
Alfred de Chaumont, Les Rayons d'or de la vie des enfants… (1860)
“ Heureusement, monsieur de Charny sait l'influence qu'il conserve sur son infortunée soeur. Il se dévoue, et profitant du charme étrange que produit sur Laurence la vue des enfants travestis, qui font partie de la mascarade, qu'elle caresse, qu'elle embrasse, qu'elle serre dans ses bras, sans qu'ils s'effraient, car son visage s'est illuminé d'un reflet de bonheur, et prend une suave expression de brûlant amour tel qu'elle en redevient presque belle, au grand étonnement de la foule, il dit un mot au bon Arnolf, en lui remettant un riche portefeuille... ”
Laetitia Filion, Amour moderne
“ La vie s’était chargée de la mûrir. Elle comprenait maintenant qu’elle n’avait jamais aimé Charlie. Ce mariage avait été arrangé entre sa mère et les parents du jeune homme. Elle devait y rencontrer toutes les garanties de bonheur, mais il y manquait la note romanesque : le grand amour, le choix libre. Et, sans qu’elle s’en doutât, ce sentiment, en traître, s’était glissé dans son cœur. Tout cela n’empêchait pas qu’une rupture avec Charlie était une conduite déloyale, inqualifiable. Elle prit la résolution de ne plus revoir Guy de Morais. ”
André Chénier,
Œuvres poétiques de Chénier/Moland…
“ Qu’aux rayons dont l’éclat ceint ta tête brillante, Ils suivent dans les airs ta route étincelante, Animent de leurs cris ton vol audacieux, Et d’un œil étonné te perdent dans les cieux ; Ou lorsque de l’amour, interprète fidèle, Ta naïve Érato fait sourire une belle ; Que son âme se peint dans ses regards touchants, Et vole sur sa bouche au-devant de tes chants ; Qu’elle interrompt ta voix, et d’une voix timide S’informe de Fanny, d’Églé, d’Adélaïde, Et vantant les honneurs qui suivent tes chansons, Leur envie un amant qui fait vivre leurs noms ? ”
Jeanne Marais,
Les Trois Nuits de Don Juan
“ Avoir possédé négligemment toutes les femmes et se trouver en face de la Femme ! Être fasciné aussi ingénument qu’un adolescent à l’âge, hélas ! où nous n’avons plus la versatilité de la jeunesse pour nous guérir... Je sais que Francine Clarel est une créature quelconque qui ne jouit point d’une séduction rare. Mais qu’importe ! C’est celle qui était destinée à transformer mon caprice en un amour obstiné, l’unique maîtresse capable de me retenir ; et l’on voit tous les jours des hommes s’affoler pour une petite femme très ordinaire que bien d’autres ne regardent même point. ”
Georges Feydeau,
La Main passe !
(1904)
“ Chanal, même jeu. C’est pas possible !... Il t’a fait des déclarations ? Francine. Jamais !... C’est bien pour ça ?... on peut douter de l’amour d’un homme qui vous dit : « Je vous aime », mais on peut être certaine de l’amour de celui qui fait tout pour vous le cacher. Chanal, bien naïvement. Je ne m’étais jamais aperçu de rien. Francine, avec une gentille ironie. Oh ! bien toi, tu es un mari !... tu ne peux pas avoir la prétention de voir les choses avant les autres. Massenay, souriant. Vous êtes caustique, madame. Chanal. Elle a un peu raison dans l’espèce. Oh ! ”
“ Alors? qu'avez-vous à me reprocher du côté cœur. Croyez -vous après cela que je sois femme à briser la vie d'un homme ? Ah ! non ! ce n'est plus le temps des culbutes et des jeux d'ombrelle ! nous sommes devant la vie comme deux malheureux qui se sont pris par amour. Et maintenant ! jugez-moi ! Non, Charles, ma maison ne vous est pas fermée, ne le croyez point. Vous me ferez toujours plaisir en venant me voir. Croyez que ce qui reste d'amour dans mon cœur me fera oublier la cruauté de votre dernière lettre et celle de votre attitude. « Celle qui est toujours votre amie, « Anna Bourdin. » ”
Laetitia Filion, Amour moderne
“ Comment Pierrette, avec sa nature fière, aurait-elle écrit à Charlie quand sa dernière lettre était restée sans réponse ? Comment aurait-elle pu se disculper auprès de son fiancé s’il avait bien voulu, sur des apparences, croire à son infidélité ! À la réflexion, il se donnait tous les torts, preuve certaine qu’il l’aimait encore, et de plus en plus. Seul l’amour sait ainsi être aveugle, et couvrir d’un voile lumineux les turpitudes de l’être aimé. ”
“ Telle qu’était Charlette, n’importe quel élan d’amour sincère l’eut conquise à jamais, l’eut faite, elle si seule, si abandonnée, esclave de celui vers qui s’élançait aveuglément sa nature aimante, son besoin d’adorer et d’être chérie. ”
Marcelle Tinayre,
La Maison du péché
(1902)
“ Fanny devint pourpre : « Est-ce un compliment ou une impertinence, Barral ? — Ni l’un ni l’autre, mon amie ; c’est une constatation... Et, dans mon esprit, c’est une louange... Vous êtes un être d’amour. Vous respirez l’amour, et vous l’inspirez. Ne vous étonnez donc pas qu’on cherche, autour de vous, l’objet de cet amour, réel ou imaginaire. Moi-même, qui suis votre plus fidèle ami, je me suis quelquefois demandé comment vous supportiez la solitude, anormale et cruelle, oui, cruelle, et j’ai pensé... — Que j’aimais quelqu’un ? — Oui. » ”
Jules Le Neveu, Aimery de Pavie, épisodes des guerres du XIVe siècle dans l'Artois et le Calaisis… (1865)
“ A quelque temps de là, Charny obtenait sa mise en liberté, moyennant une forte rançon, et revenait à St-Omer, où le roi savait pouvoir utiliser ses services mieux que partout ailleurs, pour le moment du moins. Revenir en ces lieux témoins de son bonheur passé; habiter à quelques lieues seulement de la cité qui avait vu naître son amour, détruire ses plus chères illusions et où se trouvait encore celle que son coeur chérissait toujours, était un cruel supplice pour Charny, qui aurait donné sa vie pour revoir Ida sa bien-aimée ”
Pierre Corneille,
Œuvres complètes tome 1
“ Tout me devient fâcheux, tout s’oppose à ma joie : Un chagrin invincible accable tous mes sens. Clarice Si, comme tu le dis, dans le cœur des absents C’est l’amour qui fait naître une telle tristesse, Ce compliment n’est bon qu’auprès d’une maîtresse. Philiste Souffrez-le d’un respect qui produit chaque jour Pour un sujet si haut les effets de l’amour. Scène VIScène VI Clarice Las ! il m’en dit assez, si je l’osais entendre, Et ses désirs aux miens se font assez comprendre ; Mais pour nous déclarer une si belle ardeur, L’un est muet de crainte, et l’autre de pudeur ! ”
Thomas Corneille,
Poèmes dramatiques de Thomas Corneille
“ Quand le cœur qui se rend n’est fait que pour aimer ? Bradamante. Hé bien, Seigneur, hé bien, si vous m’en voulez croire, Nous ouvrirons le champ seulement pour la gloire. Pour rendre en ce défi tout égal entre nous, Renoncez au dessein de vous voir mon époux, Étouffez un amour qui vous nuit, & me blesse. Nous pourrons joindre alors la valeur à l’adresse, Et voir qui de nous deux, dans ce noble intérêt, Avec plus de fierté soutiendra ce qu’il est. Léon. Et l’amour sur les cœurs prend-il si peu d’empire, Qu’au moment qu’on le veut on puisse s’en dédire ? ”
Alexandre Dumas,
La comtesse de Charny. Tome 7
(1858)
“ Il aimait déjà Andrée de toute la flamme de son coeur. Il aimait encore la reine de toute la pitié de son âme. A chaque déchirement de ce pauvre amour, déchirement causé par l'égoïsme, c'est-à-dire par l'excès de cet amour, il l'avait pour ainsi dire senti saigner dans le coeur de la femme, et, à chaque fois, tout en comprenant cet égoïsme, comme tous ceux pour lesquels un amour passé devient un fardeau, il n'avait pas eu la force de l'excuser. ”
Alexandre Dumas,
Le Collier de la Reine, Tome I
“ Oh! l'amour, se fût-elle dit, ne germe pas, ne grandit pas avec cette rapidité dans la froide atmosphère des sentiments de cour. L'amour, cette plante rare, se plaît à fleurir dans les cœurs généreux, purs, intacts. Il ne va pas pousser ses racines dans un cœur profané par des souvenirs, dans un sol glacé par des larmes qui s'y concentrent depuis des années. Non, ce n'était pas l'amour que mademoiselle de Taverney ressentait pour monsieur de Charny. ”
Pierre Corneille,
Œuvres complètes tome 1
“ Entretenait l’amour dans la persévérance, J’aime sans espérer ; et mon cœur enflammé A pour but de vous plaire, et non pas d’être aimé. L’amour devient servile, alors qu’il se dispense À n’allumer ses feux que pour la récompense. Ma flamme est toute pure, et sans rien présumer, Je ne cherche en aimant que le seul bien d’aimer. Clarice Et celui d’être aimé, sans que tu le prétendes, Préviendra tes désirs et tes justes demandes. Ne déguisons plus rien, cher Philiste : il est temps Qu’un aveu mutuel rende nos vœux contents. ”
“ Cependant, comme même en admettant cette explication de l’émotion de Charlette, sa naïveté, et sa nature expansives étaient indéniables, Jean souhaita vivement se faire jouer par elle le spectacle d’une âme sincère aux prises avec la passion ; drame qui seul le tentait dans l’amour. ”
Albert Delpit,
Jean-nu-pieds, chronique de 1832…
(1874)
“ J'épouserai Fernande : je l'aime ! » Il se tut, secoué par l'angoisse qui, peu à peu, étreignait son coeur. « — Oui, je l'épouserai! J'ai donné ma vie à la cause sainte que je défends : je n'ai pas donné mon amour! J'ai promis de répandre mon sang : je n'ai pas promis de torturer mon coeur. Qu'on prenne cette vie, qu'on fasse couler ce sang; mais mon amour est à moi : je le garde ! » Il se tut une seconde fois. La pâleur envahissait son visage. Celui qui l'aurait vu eût compris qu'il démentait en lui-même les paroles prononcées par ses lèvres. ”
