“ J’accepte l’amour comme on accepte la vie, avec tout le bien et tout le mal, toute la douleur et toute la joie qu’il contient. Je vous accepte et vous aime telle que vous êtes... Ô ma chérie, si vous pleurez quelquefois encore, vous pleurerez dans mes bras ! Si je suis malheureux, vous endormirez ma peine sur votre cœur. C’est la guérison, c’est le salut ! Ne plus discuter, — nous aimer simplement, nous aimer plus, toujours plus et encore plus ! Ah ! ne me parle plus d’attendre ! Je ne veux plus attendre ! Je ne peux plus... Et puisque tu m’aimes, ô ma Josanne, mon unique amour, — viens ! ”
Marcelle Tinayre
Élements biographiques
Marcelle Tinayre (1870-1948), écrivaine, conférencière et journaliste française, s’impose comme une figure majeure de la littérature anticléricale et sociale du début du XXe siècle.
Son œuvre, marquée par une analyse percutante des rapports de pouvoir, de la féminité et des enjeux moraux, se distingue par des textes comme La Rebelle (1905), Hellé (1899) ou La Maison du péché (1902), où les thèmes de l’avortement, de la jalousie et de la rébellion contre les normes patriarcales prennent forme avec une sobriété narrative remarquable. Son refus de la Légion d’honneur en 1908, ainsi que ses engagements intellectuels et politiques, en font une voix atypique et provocatrice dans le paysage littéraire français.
Citations de Marcelle Tinayre
Marcelle Tinayre,
La Douceur de vivre
(1911)
“ Isabelle est si bouleversée qu’elle ne trouve pas de réplique. Elle s’affaisse contre un fauteuil, sur le tapis, et son émotion dégénère en crise nerveuse. Elle soupire et pleure à gros sanglots comme une petite fille.—O Marie, que tu es dure, que tu es impitoyable!... Je comprends ton indignation, et toi, tu ne comprends pas ma peine... Tu me regarderas toujours comme une vilaine femme, et tu ne penseras jamais que j’ai peut-être des excuses...—Des excuses, toi? Une chrétienne, une mère!...Isabelle soulève sa tête et, toujours pleurante, écarte de ses joues ses cheveux mouillés. ”
“ J’avais tenté un renoncement que la foi seule, ce puissant levier des volontés humaines, m’aurait permis d’accomplir. La nature m’a tendu son piège éternel dans la beauté de Jacqueline. Ai-je été lâche ? Je ne le crois pas. J’ai été faible seulement. Et puis est-il deux absolus ? Ce qu’on appelle sensation, plaisir, tendresse, forme un tout indivisible : l’Amour. Le mutiler, n’est-ce pas l’abolir ? L’âme simple de Jacqueline a senti le leurre de l’idéal platonique. « Mettons tout l’amour dans notre amour. Qu’il soit complet ou ne soit pas. » ”
