“ Étienne, comme je l’aimerais ! — Ma bien-aimée, c’est toi qui parles ainsi, toi, la coquette et craintive Jacqueline, toi qui redoutais tant... — Étienne, je ne connaissais pas l’amour. Je comprends maintenant cette suprême joie de sentir vivre en soi celui qu’on aime. Un enfant de toi, un enfant de nous, un enfant qui aurait ces yeux, ces cheveux, cette bouche... — Ah ! pauvre petite, dit-il attendri, ne souhaite pas ce malheur. Tu es mariée, tu ne dois pas imposer à ton mari l’enfant d’un autre... Hélas ! je ne serais pas le père de ce fils qui naîtrait de nous, de nos furtifs baisers... ”
Marcelle Tinayre
Résumé
"La Rançon", de Marcelle Tinayre, explore les tensions entre amour, devoir et amitié à travers les destins de Jacqueline, Étienne et Chartrain. Ce roman, publié en 1903, dépeint des relations complexes entre les personnages, oscillant entre tendresse et culpabilité, comme en témoignent les dialogues chargés d'émotion.
Les thèmes de la passion secrète, de la fidélité et des conflits éthiques animent cette œuvre, où les liens familiaux et amicaux sont mis à l'épreuve. L'œuvre, marquée par des réflexions sur l'amour et ses conséquences, s'inscrit dans la lignée des récits de la fin du XIXe siècle traitant des enjeux féminins et sociaux.
Citations de La Rançon (Marcelle Tinayre)
“ Tous deux s’accoudèrent à la fenêtre. Un parfum de violette tiède émanait des vêtements de Jacqueline, de ses cheveux, de sa chair. Cette odeur amoureuse qui flotte autour de la femme, l’ombre de la chambre, le mystère de la lune errant sur les trembles d’argent émurent Étienne. Il murmura : — Comme on est bien ici. Ah ! je n’oublierai pas cette journée délicieuse... — Vous reviendrez... — Je n’ose m’imposer à vous, ici, dans le tête-à-tête... Il ne faut pas abuser des libertés que me donne l’amitié de Paul. Songez que les amis les plus bienveillants trouveraient étrange cette intimité. ”
Marcelle Tinayre,
La Rançon
(1894)
“ Elle pensait : « J’aime Paul comme une sœur, comme la meilleure des amies. Il ne souffrira jamais. Il ne soupçonnera rien. » Un mot tintait le glas dans son âme : « C’est fini ! c’est fini ! » Ses yeux se reportèrent sur sa mère, sur cette jolie femme à cheveux blancs, si gaie, si optimiste, si frivole, qui l’avait tenue tout enfant dans ses bras et s’était si vite désintéressée d’elle. Madame Aubryot, vertueuse sans effort, incapable de sentiments profonds, comprendrait-elle le cœur tourmenté de Jacqueline ? Pas plus qu’elle n’eût excusé sa faiblesse, ni admis son amour pour Chartrain. ”
