“ Toute passion s’esmeut sur l’apparence et opinion ou d’un bien ou d’un mal : si d’un bien, et que l’ame le considere tel tout simplement, ce mouvement s’appelle amour ; s’il est present et dont l’ame jouysse en soy-mesme, il s’appelle plaisir et joye ; s’il est à venir, s’appelle desir : si d’un mal, comme tel simplement, c’est hayne ; s’il est present en nous-mesmes, c’est tristesse et douleur ; si en autruy, c’est pitié ; s’il est à venir, c’est crainte. ”
Pierre Charron
Résumé
De la sagesse de Pierre Charron, publié au début du XVIIe siècle, est un traité philosophique qui examine la nature des passions, la relation entre esprit et corps, ainsi que les vertus indispensables à une vie équilibrée. L'auteur démontre que la sagesse s'appuie sur le contrôle des émotions, la valeur de la santé et la différenciation entre les plaisirs naturels et artificiels.
À travers des réflexions sur la tempérance, la justice et la prudence, Charron souligne l'importance de l'harmonie intérieure, en s'appuyant sur des exemples tirés de la vie quotidienne et des textes anciens. Ce texte, proche des Essais de Montaigne, révèle une réflexion profondément humaniste sur l'art de vivre.
Citations de De la sagesse (Pierre Charron)
“ La santé est le plus beau et le plus riche que nature nous sache faire, preferable à toute autre chose, non seulement science, noblesse, richesses, mais à la sagesse mesme, ce disent les plus austeres sages. C’est la seule chose qui merite que l’on employe tout, voire la vie mesme, pour l’avoir ; car sans elle la vie est sans goust, voire est injurieuse, la vertu et la sagesse ternissent et s’esvanouissent sans elle. Quel secours apportera au plus grand homme qui soit, toute la sagesse, s’il est frappé du haut mal, d’une apoplexie ? ”
“ Les coups sont pour les bestes, qui n’entendent pas raison ; les injures et crieries sont pour les esclaves. Qui y est une fois accoustumé ne vaut plus rien : mais la raison, la beauté de l’action, la ressemblance aux gens de bien, l’honneur, l’approbation de tous, la gratification qui en demeure au dedans, et qui au dehors en est rendue par ceux qui la sçavent ; et leurs contraires, la laideur et indignité du faict, la honte, le reproche, le regret au cœur et l’improbation de tous, ce sont les armes, la monnoye, les aiguillons des enfans bien nez, et que l’on veust rendre honnestes. ”
