Michel de Montaigne

Michel de Montaigne

Résumé

Portrait de Michel de Montaigne Michel de Montaigne Essais/exemplaire de Bordeaux, 1588-1592 (1595)

CIcero dit que Philosopher ce n’est autre chose que s’aprester à la mort. C’est d’autant que l’estude et la contemplation retirent aucunement nostre ame hors de nous, et l’embesongnent à part du corps, qui est quelque aprentissage et ressemblance de la mort ; ou bien, c’est que toute la sagesse et discours du monde se resoult en fin à ce point, de nous apprendre à ne craindre point à mourir. De vray, ou la raison se mocque, ou elle ne doit viser qu’à nostre contentement, et tout son travail tendre en somme à nous faire bien vivre, et à nostre aise, comme dict la Saincte Escriture.
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Portrait de Michel de Montaigne Michel de Montaigne Essais/exemplaire de Bordeaux, 1588-1592 (1595)

Les yeux humains ne peuvent appercevoir les choses que par les formes de leur cognoissance. Et ne nous souvient pas quel sault print le miserable Phaëthon pour avoir voulu manier les renes des chevaux de son pere, d’une main mortelle. Nostre esprit retombe en pareille profondeur, se dissipe et se froisse de mesme, par sa temerité. Si vous demandez à la philosophie de quelle matiere est le Soleil, que vous respondra elle, sinon, de fer, et de pierre, ou autre estoffe de son usage ? S’enquiert-on à Zenon que c’est que nature ? Un feu, dit-il, artiste, propre à engendrer, procedant reglément.
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Portrait de Michel de Montaigne Michel de Montaigne Essais/exemplaire de Bordeaux, 1588-1592 (1595)

Nature mesme nous preste la main, et nous donne courage. Si c’est une mort courte et violente, nous n’avons pas loisir de la craindre ; si elle est autre, je m’apperçois qu’à mesure que je m’engage dans la maladie, j’entre naturellement en quelque desdein de la vie. Je trouve que j’ay bien plus affaire à digerer cette resolution de mourir quand je suis en santé, que quand je suis en fiévre. D’autant que je ne tiens plus si fort aux commoditez de la vie, à raison que je commance à en perdre l’usage et le plaisir, j’en voy la mort d’une veue beaucoup moins effrayée.
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