Résumé

Camille Bellaigue Revue musicale - 14 juin 1897

Le Vaisseau Fantôme n’est pas seulement le premier opéra où domine un sentiment cher à Wagner : la pitié ; c’est aussi le premier qui soit une œuvre de sentiment pur, une œuvre toute psychologique et morale, strictement conforme à l’idéal que Wagner venait d’apercevoir et de faire sien à jamais. En nul autre de ses drames Wagner n’a réduit ainsi l’intérêt aux plus secrets mystères de l’âme ; jamais il n’a conçu d’action aussi intérieure, aussi indépendante des causes et des influences du dehors. Les raisons de ce cœur de femme sont bien de celles que la raison ne connaît pas.
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Camille Bellaigue Revue musicale - 14 juin 1897

Non pas que dans le Vaisseau Fantôme il soit question pour la première fois en musique de dévouement et de sacrifice ; mais je ne vois pas qu’un autre drame musical ait eu comme celui-ci pour sujet ce que notre époque a nommé la religion de la souffrance humaine.
Bien que nul aujourd’hui ne soit plus censé ignorer Wagner, il n’est peut-être pas superflu de rappeler la légende du Hollandais maudit. Errant à jamais sur les mers, une fois tous les sept ans, — et pour un seul jour, — il aborde, et demande à de nouveaux rivages la vierge dont l’amour doit le sauver.
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Camille Bellaigue Revue musicale - 14 juin 1897

Longtemps avant le Vaisseau Fantôme, une Alceste, un Fidelio avaient déjà glorifié l’héroïsme féminin poussé jusqu’à la mort, jusqu’à la mort bravée sinon subie pour le salut d’un être aimé plus que la vie. Mais, dans l’un et l’autre chef-d’œuvre, il semble qu’on trouve quelque chose de plus particulier et de plus concret que dans l’œuvre de Wagner. Léonore, Alceste, sont des créatures de chair et de sang ; Senta nous apparaît plutôt comme un fantôme de mystère et de rêve.
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