Résumé

Portrait de Marguerite Audoux Marguerite Audoux Les Cahiers d’aujourd’hui

Quand il marche, son corps se tient droit, et ses pieds touchent légèrement la terre. Il fait penser à un grand oiseau qui saurait mieux voler que marcher. Parfois ses épaules se haussent et il porte la tête en avant d’un air assuré, comme s’il s’apprêtait à vaincre un ennemi. Mais s’il se promène dans les allées pleines de fleurs de son jardin, ou le long des pelouses unies, sa haute taille se courbe à tout instant pour redresser avec le même soin la tige d’une petite herbe ou celle d’une fleur rare.
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Mais c’était surtout vers les fleurs rares que Mirbeau s’attardait pour m’expliquer leur origine. Je ne pouvais retenir leurs noms compliqués, pour la plupart. Il s’en étonnait :
— C’est que vous n’aimez pas les fleurs, disait-il.
Et il souriait avec une indulgence pleine d’ironie.
Quand fleurirent les pavots, ce fut comme une plus grande fête dans le jardin. Il n’y en avait que quelques pieds, mais ils étaient si hauts et si touffus qu’ils paraissaient garnir à eux seuls toutes les plates bandes.
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Selon lui, son jardin manquait d’étendue, et sa maison était beaucoup trop resserrée. Parfois lorsqu’il y entrait, il avait un mouvement violent des épaules, comme s’il eût voulu, d’un seul coup, en reculer les murs.
Dans les derniers temps de sa vie il ne put résister au désir de la faire agrandir. Et comme je m’en étonnais en disant qu’elle était déjà très grande, il me répondit bourru et comme en colère :
— Une maison n’est jamais trop grande.
La laideur lui apportait la même souffrance que l’injustice.
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