Résumé

Emmy Dawson Revue des Deux Mondes

Après un long temps, il alla vers Isaure ; j’entendis le sifflement de sa voix, car il parlait bas, très vite et loin de moi. Isaure s’éloigna de lui en répétant les mots de la vieille Mose : « Le pauvre innocent ! » Sans me rendre un compte exact de sa pitié plus vivement exprimée, mon cœur palpita dans ma poitrine de façon à se briser, et, dans une prière instante, je tendis les bras vers elle comme un mourant qui demande la vie. M. Evens lui parlait toujours ; je l’entendis l’appeler comtesse, et je vis à ce mot le visage d’Isaure se colorer et briller d’une lueur que je ne compris pas.
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La vieille Mose resta immobile, son regard fixé, immuablement fixé sur moi. Je joignis les mains et me mis à la prier en mon cœur, sans remuer les lèvres, mais comme si mon âme sortait de mon sein par un jet de flamme.
Mes yeux se lassèrent-ils, ou mon âme en effet s’échappa-t-elle momentanément de sa prison ? Je ne le sais pas, je le crois. Une sorte de voile ou de vapeur m’enveloppa, je ne vis plus que par de rares accidens son visage bien-aimé ; il me parut s’éloigner, s’éloigner ; l’ombre le couvrit, les ténèbres envahirent tous les objets. Je sentis mon corps inerte attaché à la terre.
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Comme j’y arrivais, l’encens montait vers la voûte, les cierges étaient allumés. Je devinai que la vieille Mose était étendue sous les voiles noirs que je voyais au bas des degrés de l’autel. Je savais bien qu’elle était étendue là, parce qu’elle était lasse de marcher dans la vie ; mais je sentais aussi qu’elle n’était point absente, qu’elle entendait mieux que moi ces chants que j’essayais vainement de répéter, et que ses yeux, fermés pour toujours, voyaient désormais sans obstacle l’immensité ; son âme, dégagée de tout lien, se répandait, selon sa volonté, sur toutes choses.
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