“Le Naufrage sans péril, ou l'Invention d'une machine qu'on peut porter à la poche, qui nous fait passer les rivières tous vestus, et estre plusieurs jours sur la mer sans aucun péril pour nostre vie, et sans mouiller nos armes ni nos habits.”
“Legrand ufage qu’on peut faire de mon Invention, &: qui eft le principal motif qui me le fait produire, c’eft pour fervir dans les oçcafions de la Guerre, qui eft proprement le Champ del’Honneur, comme cer Juy de Mars. L’Honneur eft l’objet de tous les hon-neftes Gens, qui nè font pas difficulté d^ex-pofer mil fois leur vie pour tâcher d*en acquérir: c’eft un bien qui, au contraire des autres, nous accompagne dans le tombeau, &; pour lequel on façrifie tout, Ma Machine ne fert pas feulement pour augmenter nos biens & conferyer nos vies, mais aufty pour nous faire acquérir de l’honneur.”
“Je crois que Dieu me l’a infpiré, par l’ufage de ma Machine, qui: peut dans un naufrage non feulement conferyer nos vies, mais aufly nos richefles nos niarchandilès.; . - Sfon attache aux Paquets, pour pefans qu’ils foientj une de mes Machines*& qu’on les mette dans des Sacs faits de là matière de ma Manufacture, ils ne s’enfonceront jamais dans la Mer, ils feront jettez aut bord • 6c quand ils feront dévelopez , les niarchandifes ne feront point rhoiiifiees.”
“J’en ay faie de cruelles épreuves durant vingt^huitans, fur tout dans le Siégé d’EIvas en Portu-^àl, où en mefme temps nous eftions ex-pofez à toutes les rigueurs de la Guerre, de la Pefte, ôc de la Famine j fî bien qu’il y eut deux Regimens dont pas.un feul Soldat ne pût fe làuver} êcdu noftre^qüi avoit douze cens Hommes, il n’y euft que ceqt quatre^- yihgts qui furveeuflent à leurs Camarades? Ç’eft la douleur que ces fortes de maux m’ont fait reflentir, qui a obligé mon efprit d-y chercher des remedes par le moyen de mes Machines qui font impénétrables 4 seau ôc au froid.”
“Il y a cent in-conveniens de cette force aufquels on remédié par ma Machine j on applique aifé - ment le Mineur , qui va fans peine & fans dan ger j ufques aux pieds des B allions i l’e-' xecution en eft plus prompte 6c fans perte; une Place fe trouve en état d’ellre prife avant qu’elle fe croye bien affiegée î,: Ne doit-on pas fefervirde ces avantages?”
“Ces avantages font deus a ma Machine • on n’a qu*à fe couvrir des Habits de ma manufadtire, fe charger de Bifeuits pour douze ou quinze jours, ôcfe jetter fans crainte fur les ondes ÿ on y dort, on y mange fort commodément, leBifcuit n’ên eft point moüillé, ôe on tâche d’aborder la Terre, bu d’eftre rencontré par quelque Baftiment. ^ - i Les Naufrages fe font ordinairement près de Terre 5 les çcüeils,ny les bancs de fable où l’on échouë, n’en font pas éloignez • 5c le vent qui y pouffe le Navire, vous y pouffe vous-mefme, èc ainfy on fe peut aifément fauver”
“Je ne laifseray pas de parler à Monfieur le Marefchal de Bellefonds de voftre Mémoire £ mais il vaut mieux que vous veniez, jinfin, mon cher Monfieur, confeillez-vous avec mon Frere, & afsurez-vous que vous ne rçauriez tomber en de meilleures mains quelesnoftres, tant pour la fidelité, que pour faire valoir vos Secrets, Adieu. Je fuis toujours de tout mon cteur.”
“Je me contente donc de faire ÏÇâ* voir à ceux qui voudront fe 1èrvir de mes Machines, qu’ils n'ont qu’à me venir trouver, je promets de leur donner en mefme temps mes Machines, 6c le fecret pour s’en fervir; L’ufage en eft aifé, 6c les comme-direz très-grandes; Mais pour faire voir atout le monde que je ne travaille que pour l’utilité d’un chacun , je luy veux faire voir en public une partie de l’ufage que je faits d’une de mes Machines. Apres en avoir fait les épreuves en préfence de mon Roy, il m’a permis de donner la mefme fatisfaétion a fes Sujets”
“Il n’en efi: pas de mefine des Arts, leur gloire eft dans l’action, éc le repos fait leur fuplicé. On petit dire que les S ciences font des Arguselles n'ont que des yeux pour regarder j U les Arts fônt des Briareus,> qui pour toutes parties n’ont que dés iuairis pour s’appliquer au travail.”
“Ce ne fèrôit donc pas allez d’avoir donné une idée de l’invention de mes Machines, & de futilité qu’on en peut tirer, fi jene parloîs encor de l’ufâge qu’il m’en faut faire, poinmej’ay déjà dit que le fcul but que je me fuis propofé dans eet Ouvrage, n etc que le fervice de mon Roy, 6c futilité de fes Sujets mes Compatriotes, il ne faut pas que je déclaré mon Secret d’une maniéré qui| contre mon deflein, puifle fervir aux Ennemis de l’Etat} il n’eft pas Julie de fe Faire battre de fes propres Armes, 6e d’employer pour fon fuplice les Inftrumens de fa gloire.”
“Pour ce qui regarde vos Secrets, il faut que vous preniez garde que plufieurs Perfonnes très éclairées ont fait de femhlablcs propofitions qui avaient en vérité quelque chofe d’engageant ôç d’inuentif-, mais aü fait Sc au prendre elles ont toutes échoué. J’en ay veu pluheurs exemples, parce que nous nous paffionnons trop pour nos propres productions, & n’en voyons pas le defaut: Ç’eft pourquoy vous devez, avanc que de rien'prQ-. pofer au Roy, inftruire quelque Perfonne de toute fonfiance, & qui foit intelligente, pour en fçavoir Tés fentîmens.”
“Or dans quel, que état qu’une Armée puifle eftre, mes Machines Sc ies Ouvrages de ma Manufacture luy font de la derrûere utilitç. S’il faut camper, la plus grande incom-rnodité que reçoivent les Soldats, c’dlpar l’humidité des pluyes fîc des eaux. Pour y remedier, je fais faire des Bas, Pantalons* Cafaques, Manteaux, Bonnets, Couvertures de Chevaux 6c Mulets, Tours de Lit* 6c des Tentes impénétrables à l’eau 6c au froid.”
“Le Deflein de la Repréfentation n’eft autre que l'attaque d'une Place qui eft dans l’eau. On verra en premier lieu un Caporal François pofer une Sentinelle, & fe retirer â ion Corps*de- Garde. Ün moment apres on fait une Sortie de la Place j un Officier, 6c douze Soldats, pafient tous veftus dans l’eau , ils tirent de leurs Machines leurs Moufquets, leurs Epées, & leurs Hardes, tn prefence de tout le monde , fans eftre mouillez j ils serment, Ôc apres avoir laifi$ d*éux èn ièntinelle, ils vont enPartÿ”
“Machines pendant ledit temps, fous prétexte d’augmentation, changement, ou autrement, en quelque forte & maniéré que ce puifse çftre* à peine de confilcation defdites Machines, $c de quinze cens livres d’amende, applicable moitié u Nous, l’autre moitié audit Manquer.' SI vous mandons que ces Préfentes vous ayez a faire regiA trer, & du contenu en icelles faire jouir & ufcr ledit JLanqtier pleinement & paifiblement, cefsans & fair fans cefser tous troubles & empefchemens : Car tel eft nbftre plaifir.”
“LhinEiüuliltf dont? j’ay fait les Epreuves à Rochefoxt par l’ordre du Roy, en prefence de plufîeùrs Offi** çiers} en fuite dequoy Sa Majefté m’a donné le Privilège dedes conftruire^ à rex-clufion de tout autrerjedis donc que je fuis tres-afTuré que les efforts de tous les Py-rates feroient vains contre les Marchands; leurs Biens feroient en feiirté du coftcde la Mer, Sc les Nçgocians attendroient fans inquiétude les Vaiffeaux qui enferment leur fortune. Nous trouvons àuffy la con-feryation de la vie par le ininiftcre de mes Machines.”
“J’ordonne pareillement au Meftre- de Camp Général, au Général de la Cavalerie,& autres O fficiers Majors de ladite Armée, qu’ils le tiennent Sc recon-noifsent pour Capitaine de Cavalerie ; 3ç aux OfH-tiers Jk Soldats de ladite Compagnie , qu'ils luy obéïfsent ôc pbfervent ponctuellement fes Ordres sommeils doivent &-font obligez ^ & fondit Solde fera regiftré dans les Livres des Offices de ladite Armée,: pour luy eflrepayé à fon temps. En fcy dequoy.je luy ay fait pafser cette Lettre fignee pat tftoy, Sc fcellée du Grand Sceau de tries Armes.”