Résumé

Portrait de André Theuriet André Theuriet Les Paysans de l’Argonne

Les plus braves soldats tombaient dans le ravin,
Fous de peur, et mouraient avec un cri sauvage,
En songeant au clocher lointain de leur village.
Les rouges coups de feu se croisaient ; les blessés
Râlaient en se tordant au revers des fossés...
« Et maintenant, mes fils, marchons à l’arme blanche ! »
Dit un vieux paysan...
Dit un vieux paysan...Et comme une avalanche
De démons, dans la gorge on les vit se ruer,
Pour armes ayant pris tout ce qui peut tuer :
Le hoyau du sarcleur, le fléau de la grange
Et la serpe...
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Portrait de André Theuriet André Theuriet Les Paysans de l’Argonne

Mais nous savons que les enfants sont à leurs mères,
Que nos champs sont à nous, que le sang veut du sang,
Et nous nous soulevons comme un flot menaçant...
Les paysans, avec des pleurs dans les paupières,
Demeurèrent longtemps au milieu des bruyères.
Tout à coup, brandissant leurs faux, mêlant leurs voix,
Ils jetèrent un cri qu’au loin l’écho des bois
Répercuta comme un tonnerre, et, l’œil farouche,
La rage dans le cœur, la vengeance à la bouche,
Ils bondirent parmi les ronces des halliers
Comme un fauve troupeau de rudes sangliers.
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Portrait de André Theuriet André Theuriet Les Paysans de l’Argonne

Dans la roche un ravin s’ouvrait, et d’un seul bond
Descendait brusquement au fond d’une clairière.
Un torrent s’y creusait un étroit lit de pierre,
Et la route longeait à pic le cours de l’eau.
Du creux de ce couloir au sommet du plateau,
Selon l’effort du vent, la voix d’une cascade
Arrivait jusqu’aux gens placés en embuscade,
Tantôt comme un fracas de chevaux au galop,
Et tantôt comme un faible et limpide sanglot.
Les paysans avaient barricadé la route.
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