Charles Cros

Charles Cros

Le fleuve (1874)

Résumé

Portrait de Charles Cros Charles Cros Le fleuve (1874)

Les coteaux abaissés , le ciel agité , l' air murmurant et salé , proclament que la mer est là , terme implacable à la folle équipée de l' eau , qui vers le ciel chaud s' était échappée .
La mer demande tout , fantasque , et puis , parfois refuse les tributs du Fleuve , limon , bois , cadavres , rocs brisés qu' aux montagnes lointaines , aux terres grasses , aux hameaux , aux vertes plaines , il a volés , voulant rassasier la mer .
Et tout s' entasse , obstacle au Fleuve . L' homme fier trouve ici les débris distincts de chaque année , aux temps obscurs où sa race n' était pas née .
Source : Gallica

Portrait de Charles Cros Charles Cros Le fleuve (1874)

Le lit de pierre plate finit brusque , et le flot , pesante nappe , éclate en un rugissement perpétuel . En bas , les rocs éparpillés comme après des combats de titans , brisent l' eau sur leurs arêtes dures . Au loin , tout est mouillé . L' audace des verdures plantureuses encadre et rompt souvent l' éclat de la chute écumeuse .
Ici le pays plat étale encor ses prés , ses moissons . Des rivières , venant on ne sait d' où , capricieuses , fières , courent les champs , croyant qu' elles vivront toujours dans la parure en fleur de leur jeune parcours .
Source : Gallica

Portrait de Charles Cros Charles Cros Le fleuve (1874)

Mais , rapprochés , maintenant les coteaux s' élèvent . Des rochers interrompent souvent les cultures en pente .
Tout le pays pierreux , où le Fleuve serpente , nourrit , pauvre et moussu , la ronce et le bandit . Le courant , étranglé dans les ravins , bondit sur les roches , ou bien dort dans les trous qu' il creuse .
Mais l' eau n' interrompt pas sa course aventureuse , malgré tant de travaux et de sommeils . Voici la brèche ouverte sur l' horizon obscurci
par la poussière d' eau .
Source : Gallica

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