Résumé

Portrait de Jean Ray Jean Ray Le Gardien du cimetière

Ils boivent ! Ils boivent ! Et j’ai du soleil dans l’âme.
Ossip s’est endormi le premier. Velitcho m’a regardé avec un étonnement immense, puis une lueur féroce a passé dans ses yeux et sa main a cherché son revolver, mais il n’a pu achever le geste. Il est tombé endormi sur la table.
J’ai pris les clefs d’Ossip, mais comme j’ouvrais la lourde porte du cimetière, l’idée m’est venue que ma tâche n’était pas finie, qu’il y avait derrière moi une énigme à résoudre et huit morts à venger, que, les gardiens vivants, je serais peut-être en butte à d’infernales persécutions.
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Portrait de Jean Ray Jean Ray Le Gardien du cimetière

Parfois, haut dans le ciel, des rapaces nocturnes crient à la mort et, lorsque la lune se tient, petite et brillante, dans le coin de la plus haute vitre, j’entends les pierres se fendre sous l’effet du gel.
Vers minuit, Ossip nous prépare une boisson chaude qu’il appelle « chur » ou « skur ».
C’est un breuvage presque noir, fleurant bon les plantes étranges. J’en bois avec un plaisir extrême ; à peine la dernière gorgée est-elle avalée qu’une exquise chaleur me pénètre ; j’éprouve un sentiment de bien-être inouï ; je voudrais rire et parler, ne fût-ce que pour demander une seconde tasse.
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Portrait de Jean Ray Jean Ray Le Gardien du cimetière

On dirait que tout le cimetière de Saint-Guitton crie son horreur.
Velitcho est resté immobile comme une statue, le cornet de cuir des dés aux doigts ; Ossip, avec un cri sourd, s’est rué vers le réchaud où le « chur » chauffait. Il m’a vraiment poussé la tasse dans les doigts, et j’ai vu que sa main tremblait...
Oh ! comme j’ai mal ! La boursouflure rose derrière mon oreille, s’est agrandie. Au centre, la petite plaie, plus profonde, saigne.
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